Ecole de Coffrane
Nous vous souhaitons une cordiale bienvenue !

Vivre avec une différence

Une élève de notre classe souffre d’une maladie articulaire qui l’entrave dans sa vie quotidienne et l’empêche de vivre sa vie d’enfant comme les autres. Quand ces derniers courent, sautent, grimpent ou font des claquettes, elle les regarde. Elle aimerait les imiter mais elle ne peut pas. Les jours où la douleur est trop vive, marcher devient presque un exploit.

La vie de la classe tient compte de cette situation, s’adapte en conséquence. Mais au fil du temps, des tensions naissent.
« A cause de toi, on ne peut pas faire ça !  » ou « Ils m’écartent parce que je ne peux pas tout faire comme eux! »

Douleurs et frustrations entraînent des répliques peu aimables et tout s’enchaîne…

Pour tenter de mieux comprendre ce que vit cette camarade et désamorcer des situations de crise, Anita, une enseignante spécialisée itinérante est venue dans la classe à deux reprises.

Lors de sa première intervention, Anita a tout d’abord accueilli les enfants à l’extérieur du collège. Elle leur a présenté du matériel qu’ils allaient devoir utiliser pour effectuer un parcours dans la cour. L’objectif était d’entraver leurs mouvements, de rendre les déplacements plus difficiles que d’habitude.

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« Anita m’a mis un bandeau sur les yeux pour faire le parcours : monter la cabane, passer dans la cabane, aller au pont branlant, passer la barrière, grimper sur le banc, toucher le poteau du panier de basket et revenir au point de départ. »

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« Je devais escalader la cabane avec un bras. C’était hyper dur, alors j’ai demandé à Anita si je pouvais faire autre chose. Elle m’a dit oui, j’étais soulagée !

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« Je devais garder une jambe raide et je n’arrivais pas à la bouger pour grimper à la cabane. Je me demande comment fait N. tous les jours… »

 

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Nos dessins

 

La deuxième partie s’est faite en classe. Les enfants se sont assis en cercle. Anita a alors amené la discussion sur les ressentis (physiques) et les sentiments (colère, honte, peur, etc…) qui les accompagnent. Et pour terminer, elle a distribué à quelques élèves des cartes sur lesquelles étaient  inscrites des phrases qui font mal:

« Tu es trop nul », Tu es un bébé », « Je ne te veux pas dans mon équipe ».

Et là encore, ils ont parlé des sentiments que cela réveille en eux.

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Après la visite, les élèves ont répondu à un questionnaire individuel

Dehors, Anita t’a fait jouer à quoi ?

  • Elle m’a attaché les mains derrière le dos. Comme ça, j’avais pas de mains.
  • Anita a pris une corde. Elle me l’a attachée au bras droit.
  • À attacher des parties du corps comme un bras, la jambe et cacher les yeux…
  • À une gym spéciale.
  • Elle m’a fait jouer à avoir un rond sous le bras et à avoir les jambes collées ensemble.
  • Anita m’a fait faire un parcours avec un bras attaché et les deux jambes attachées, etc…
  • Anita m’a fait jouer à avoir la jambe tendue ; à mettre mes deux bras derrière mon dos ; à avoir un anneau et avec cet anneau on fait les menottes.
  • Anita m’a fait jouer à me déplacer comme une personne handicapée sur un parcours.
  • Anita nous a fait jouer à se bander les yeux, à se bander les mains et les pieds et à marcher que sur un pied.
  • À te bloquer quelque chose.
  • Elle a fait un parcours qu’on devait faire avec un bras en moins, une jambe en moins…
  • Anita m’a fait jouer à tenir une jambe, un bras, les mains derrière le dos et on doit faire des parcours avec ces choses-là.
  • Anita nous a montré ce que N. vit tous les jours.
  • On devait suivre un parcours avec des objets qui nous entravaient.
  • Qu’est-ce que N. fait.
  • Elle nous a fait jouer à un parcours avec des difficultés.

Qu’est-ce qu’il y avait de bizarre ?

  • Les positions pour qu’on ait des difficultés.
  • Les exercices que nous a montrés Anita étaient différents que ceux d’habitude.
  • Les exercices étaient un peu bizarres.
  • On avait une partie bloquée sur le corps.
  • Anita nous a accroché le bras le long du corps, etc…
  • De faire comme si on avait des handicaps.
  • La gym était bizarre. On a fait un parcours avec un bras attaché.
  • J’avais pas l’habitude de faire ça.
  • Tout le monde avait un truc qui allait pas bien.
  • Il y avait de bizarre qu’on marche pas comme ça nous !
  • De plus pouvoir bouger une articulation.
  • Avec plusieurs objets on ne pouvait pas monter à la cabane ni sauter.
  • On n’avait jamais essayé ça.
  • Qu’on ne puisse pas utiliser tous les membres.
  • Rien de spécial.
  • Comment on marche.
  • Les bras attachés, les yeux fermés.
  • On n’avait pas l’habitude d’être comme ça.
  • Les yeux fermés.

As-tu eu du plaisir à jouer ? Explique pourquoi.

  • Oui, j’ai eu du plaisir parce qu’il y avait de l’émotion mais si on avait ça tous les jours, ça serait pas drôle.
  • Oui, parce que je ne le fais pas tous les jours.
  • Oui, parce qu’elle nous faisait des jeux.
  • Oui, parce que c’était amusant de faire ça avec toute la classe.
  • Oui, parce que j’ai bien aimé.
  • Oui, parce que c’était drôle et bizarre.
  • Oui, j’ai eu du plaisir à jouer parce que j’ai appris à quel point c’est dur pour elle.
  • Oui, j’ai eu du plaisir à jouer mais avoir ça tous les jours, ça doit pas être rigolo.
  • Oui, parce que ça nous a montré comment les handicapés doivent faire.
  • Oui, parce que ça nous a appris à pas se moquer des gens.
  • Oui, j’ai eu du plaisir parce qu’on pouvait voir comment elle faisait.
  • Oui, parce que c’est rigolo et amusant.
  • Oui, on pouvait jouer d’une autre façon que d’habitude.
  • Non, parce que c’est ce que je vis tous les jours.
  • Parce que c’est une gym spéciale et on a jamais joué à ça.
  • Oui, parce que c’était une nouvelle expérience.
  • Oui, parce que c’est une gym spéciale.

Qu’as-tu ressenti en te déplaçant comme ça ?

  • Elle nous a fait ressentir les douleurs de N.
  • Que c’était difficile de faire des choses.
  • En laissant mon bras attaché, c’était comme s’il était pas là.
  • Ce serait très difficile de faire ça tous les jours.
  • Qu’on pouvait pas faire beaucoup de choses et que c’était dur de marcher.
  • Ça m’a pas fait du bien.
  • Que ça faisait mal.
  • J’ai ressenti qu’on faisait beaucoup d’efforts pour faire ce parcours.
  • Que N. n’avait vraiment pas de chance et qu’on devait pas être méchante avec elle.
  • Que N. a besoin qu’on soit avec elle et pas qu’on soit méchant.
  • Rien de spécial.
  • Ça faisait mal quand on marchait et quand on pliait la jambe et le bras.
  • Ça me faisait de la joie de jouer à ces jeux.
  • Que c’était difficile de se déplacer.
  • J’ai ressenti que j’étais handicapé.
  • À un moment ça faisait mal, très mal et que N. devait beaucoup souffrir.

Aimerais-tu toujours devoir te déplacer comme ça ? Explique pourquoi.

  • Non, parce que c’est pas marrant.
  • Non, parce que c’est difficile de faire des choses.
  • Non, on pourrait tomber, se faire mal. Pour moi, ça ferait pas plaisir.
  • Non, parce que ce serait compliqué et je suis contente comme je suis.
  • Non, parce qu’on arrive pas à tout faire normalement.
  • Non, parce que tu as toujours mal et pire encore.
  • Non, parce que ça devrait faire mal.
  • Non, parce qu’on peut pas beaucoup jouer.
  • Non, quand même pas toujours mais quelques fois oui.
  • Non, je ne pourrais pas jouer comme ça.
  • Non.
  • Parce qu’on peut pas faire de sport.
  • Non, parce que c’est difficile de faire ça tous les jours.
  • Non, au bout d’un moment, ça doit être énervant.
  • Non, parce que c’est difficile de se déplacer comme ça.
  • Pas du tout, ce n’est vraiment pas rigolo et tous les jours, tu dois avoir vachement mal.

Qu’as-tu pensé quand ça s’est terminé ?

  • J’aimerais bien continuer mais ce serait pas rigolo et pour N. non plus.
  • J’ai pensé à N. parce que c’est dur.
  • Ça doit être très difficile de faire ça tous les jours.
  • C’était drôle de faire une expérience comme ça mais je voudrais pas le faire tous les jours.
  • J’ai pensé que ça me faisait du bien.
  • Que c’était dur.
  • Rien de spécial.
  • Qu’il faut jouer avec N. simplement et pas méchamment.
  • Que N. devait vraiment avoir mal.
  • J’ai pensé que c’était vraiment pas facile d’être un peu handicapée.
  • Que ça faisait très mal.
  • Que c’était pas correct de penser que les gens handicapés faisaient exprès.
  • Que c’était dur d’être handicapé.
  • Moi, je voulais rester dehors.
  • J’aurais bien aimé continuer.

À quoi cela a-t-il servi de faire ces jeux ?

  • À ne pas se moquer des gens.
  • À ressentir ce que N. a.
  • Que les personnes qui ont des problèmes, c’est difficile pour eux.
  • Qu’on se rende compte comment sont les handicapés.
  • Pour voir comment la vie de N. était dure.
  • De voir comment N. vit.
  • À apprendre ce que N. ressent chaque jour.
  • Pour qu’on joue avec N.
  • À mieux respecter ceux qui ont des difficultés.
  • Pour voir comment N. se déplace.
  • De voir si ça serait cool de le faire tous les jours.
  • Que N. a pas de chance.
  • Ça m’a appris ce que N. vivait tous les jours.
  • Pour nous faire comprendre que la vie de N. n’est pas rigolote.
  • Pour imiter N.

Qu’as-tu appris lors de la discussion en classe ?

  • Que N. ne peut pas plier la jambe longtemps.
  • Et bien que lors des activités avec l’école, il y a des gens qui ne peuvent pas sauter par exemple.
  • Que N. ne peut pas tout faire.
  • Comment faire quand on est fâché et où aller par exemple.
  • J’ai appris que N. n’avait pas d’amortisseurs.
  • Que N. est en difficulté.
  • Que N. ne pouvait pas plier ses genoux, et quand elle était un peu méchante avec nous, c’était souvent parce qu’elle avait mal.
  • Que N. n’avait pas de chance d’avoir tout le temps ça.
  • Que N. ne peut pas sauter, courir…
  • De ne pas embêter, dire des méchancetés.
  • Qu’on ne doit pas dire des gros mots contre N.
  • Que les personnes qui ont un problème ne méritent pas d’être moquées.
  • Que N. a ne peut pas bien bouger.
  • Nous, elle nous faisait nous mettre accroupis, mais pas N.

Qu’est-ce que cela a changé pour toi ?

  • Rien.
  • Qu’il ne faut pas se moquer.
  • Que j’aimerais pas avoir un problème.
  • Je vais être plus gentille avec N.
  • Que maintenant, je serai plus souvent avec N.
  • Je vais être plus sympa avec elle.
  • Il y avait des choses que je ne savais pas.
  • Ce que N. ressent quand elle a mal.

Lors de sa deuxième intervention, Anita était accompagnée d’une  stagiaire, Nicoletta. La classe a été divisée en 5 groupes.

Chaque groupe a reçu un texte avec une petite histoire que les élèves ont dû  interpréter puis restituer à leur convenance sur un panneau. Ils pouvaient dessiner, coller, écrire, … Il était interdit de recopier le texte mais obligatoire de garder le titre ! Ces histoires étaient tirées du livre « Tel que tu es, tu es super !  Un livre pour les enfants qui se sentent différents ».

Les enfants ont eu beaucoup de plaisir à échanger entre eux pour confectionner ces panneaux. L’activité n’a pas pu être terminée…

Voilà ce qui a été « croqué » !

A venir…


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