Archive de février, 2014

Gérald Bronner: Internet est un incubateur de mythologies contemporaines

Dans son dernier livre, La Démocratie des crédules (PUF), pour lequel il a reçu le prix Procope des Lumières 2014, [Gérald Bronner] met dans le même sac à rumeurs les astrologues, les conspirationnistes du 11 Septembre et ceux qu’il nomme les « précautionnistes », ces lanceurs d’alerte écologique dont il dénonce l’obscurantisme et les méthodes: Gérald Bronner sait choisir ses ennemis. Ce sociologue iconoclaste aime la science d’un amour qu’on peut juger immodéré, moins Internet, ce que deviennent les journalistes et, globalement, le « nouveau marché de l’information », qui, selon lui, pourrait à terme menacer notre démocratie.

Des rumeurs ont récemment amené certains parents à retirer leurs enfants de l’école, où, croyaient-ils, allait leur être enseignée la « théorie du genre« . Auraient-elles pu figurer dans votre livre?

Comme dans certains exemples que j’y relate, tout part d’un groupuscule très organisé et composé d’individus motivés, Egalité et réconciliation, qui diffuse son message bien au-delà de ses espaces de radicalité naturels – l’extrême droite. Il y a vingt ans, il aurait été publié dans un fanzine et serait resté confidentiel. Aujourd’hui, le blog d’où il est parti est l’un des plus consultés de France…  

On invoque souvent le terme de démocratie à propos d’Internet. C’est juste si l’on entend par là qu’en démocratie chacun doit avoir accès à l’information, pouvoir diffuser des informations et s’exprimer. Il est plus douteux de prétendre que ce que l’on peut lire sur Internet, sur un forum par exemple, serait représentatif de l’opinion publique. En effet, on constate que, même sur des médias très modérés, un groupe très structuré comme celui-là peut aisément et rapidement créer une « majorité illusoire », qui n’a plus rien à voir avec la démocratie. 

En l’espèce, le message a été diffusé par SMS et les distributions de tracts à la sortie des écoles ont, semble-t-il, eu sur les parents plus d’effet qu’Internet…

Il n’y a pas de raisons de faire d’Internet un objet particulier : ce n’est qu’un vecteur de diffusion de l’information. D’autres outils, plus anciens, sont toujours actifs. Mais le Web y ajoute sa rapidité. C’est grâce à elle que vous créez de brusques mobilisations. Surtout, la Toile permet de se sentir moins seul, de rendre publics des sentiments qui, auparavant, relevaient de l’intime. Savoir que d’autres partagent les mêmes craintes, les mêmes pensées…  

Rappelez-vous ce bijoutier de Nice qui a tué l’un de ses agresseurs, il y a quelques mois, et la page Facebook de soutien, qui a recueilli plus de 1,6 million de « j’aime ». Une approbation de la loi du talion : il a été attaqué, il s’est défendu,un certain nombre de nos concitoyens ont trouvé qu’il n’y avait là rien de scandaleux. Ce point de vue n’a pas atten du le Web pour être partagé, mais, grâce à Facebook, devient saillant dans l’espace public un sentiment, « c’est bien fait pour sa gueule », qui, sans Internet, serait resté de l’ordre de l’espace privé, de la conversation de comptoir. Là où cela devient pervers, c’est qu’une telle visibilité confère à cette indignation une forme de légitimité, une illu sion de majorité

Ces rumeurs existaient avant Internet… Qu’y a-t-il de nouveau?

L’accélération. C’est fondamental. Prenez la fameuse rumeur des disparues d’Orléans : elle a mis des années à se diffuser. Des embryons de rumeur, il y en a toujours eu. Mais les journalistes, notamment, jouaient le plus souvent leur rôle de « gatekeepers », ils empêchaient les ragots, les théories du complot, les calomnies de se répandre, de sorte que finalement, ces rumeurs, le temps qu’elles atteignent les gens, ne les intéressaient plus. Internet est ce que j’appelle un « incubateur de mythologies contemporaines », parce que de n’importe quel petit objet il fait naître, en quelques heures, une théorie du complot.  

Le jour même des attentats de Boston, on en a recensé quatre différentes ! Auparavant, les théories du complot portaient sur de grands événements historiques, l’assassinat de Kennedy, les premiers pas sur la Lune, Pearl Harbor… Aujourd’hui, n’importe quel micro -événement peut donner lieu à une théorie du complot, et ajouter une pièce de plus au gigantesque millefeuille conspirationniste.  

C’est aussi vrai pour les personnalités. Il fallait une certaine notoriété pour engendrer des croyances : Marilyn Monroe a été tuée, Elvis Presley est encore vivant… En 2012, dès que la mort de Richard Descoings, alors directeur de Sciences po Paris, inconnu du grand public, a été annoncée, des rumeurs ont commencé à circuler sur Internet sur les circonstances de son décès. Avec une bonne mise en scène de faits réels, n’importe qui peut attiser la suspicion. C’est l' »effet Othello », qui, manipulé par Iago, finit par croire, contre toute raison, que Desdémone l’a trahi… 

Vous dénoncez tout particulièrement dans votre livre les croyances des « précautionnistes », certains défenseurs de l’environnement et lanceurs d’alerte. Pourquoi eux et pas les lobbys industriels ou politiques, dont on pourrait penser qu’en matière de manipulation ils sont bien mieux armés?

J’ai vu récemment une publicité pour Greenpeace dans le métro, bien faite mais trompeuse. On y voyait un énorme paquebot et, dans son ombre, un tout petit esquif, avec un slogan qui ressemblait à ça : « Ils ont le pouvoir, nous avons la motivation. » Mais le pouvoir, sur le marché de l’information, c’est précisément la motivation ! Le pouvoir, sur Internet, c’est ça : quand vous tapez  » ondes danger  » sur Google, en majorité, les 30 premiers résultats renvoient à des ONG écologistes, alors que Bouygues Télécom a les moyens de payer des officines pour y figurer en bonne place – et le fait certainement, mais sans y parvenir.

Les journalistes ne sont pas aux ordres des intérêts économiques ou politiques, c’est la même chose pour le marché général de l’information. Cela ne veut pas dire que les entreprises ou les politiques ne cherchent pas à nous manipuler. Mais ils se font plus facilement prendre la main dans le sac, désormais. Témoin, l’intervention américaine en Irak. Dans des conditions aussi extrêmes qu’un conflit majeur dans ce pays lointain, avec des possibilités limitées de vérifier l’information, l’affaire a été éventée. Il a certes fallu pas mal de temps et une guerre, mais, alors qu’une partie de la presse américaine était au garde-à-vous, la vérité a fini par sortir. 

Vous n’êtes pas tendre non plus avec les journalistes, dont vous dites qu’en matière de rumeurs, ils ne jouent plus leur rôle de paratonnerre…

Les journalistes sont les victimes d’une structure de situation, le « dilemme du prisonnier » : dans l’ignorance de ce que vont faire leurs concurrents et par peur d’être devancés dans la course à l’information, ils sont forcés à une surenchère aveugle et irrationnelle. Je n’épargne pas plus les journalistes que je ne les attaque : j’analyse un système. 

Là encore, la concurrence dans la presse n’est pas née avec Internet…

La pression concurrentielle existait avant Internet, c’est vrai. Aux Etats-Unis, elle est à l’origine de la pipolisation de la vie politique, née des affaires Clinton. Avant, il y avait bien des rumeurs, mais elles transpiraient peu dans la presse. Et puis est apparue Fox News, et un regain de pression concurrentielle, plus de chaînes, le câble, et, parmi tous ces nouveaux acteurs, un qui ne joue pas le jeu. Les autres ont été obligés de suivre. On peut se justifier de toutes les manières possibles, avancer des arguments vertueux, dire qu’il ne faut pas cacher l’information au public, que François Hollande s’est mis en danger… La vérité, c’est qu’il y a une appétence du public pour ces questions, une demande et que, concurrence oblige, quand il y a demande, il y a offre. 

Vous défendez la démocratie représentative contre la démocratie participative ou ce que vous appelez la « démocratie cognitive », une société où la connaissance serait le fait de tous…

Je ne suis pas opposé à la démocratie participative ou délibérative. Mais elle suscite une telle adhésion inconditionnelle qu’elle en devient idéologique, notamment chez quelques-uns de mes confrères, les chercheurs en sciences sociales, et chez beaucoup de politiques. Certains processus collaboratifs sont bons pour l’intérêt général, comme Wikipédia. Faut-il pour autant rester béat devant tout phénomène de collaboration ? Vos lecteurs seraient-ils d’accord pour qu’on détermine la valeur du nombre pi à la majorité? Tout ne se décrète pas à l’applaudimètre. 

Mais n’est-il pas normal, puisque c’est un sujet qui vous tient à coeur, de demander leur avis sur des lignes à haute tension à ceux qui vont vivre dessous?

C’est effectivement légitime. Mais il y aurait une certaine naïveté à croire que les délibérations d’un groupe personnellement affecté par la présence de lignes à haute tension seraient nécessairement favorables à l’intérêt général. Tout le monde veut un téléphone portable, personne ne veut d’antenne relais; tout le monde veut de l’électricité, personne ne veut de ligne à haute tension ; personne ne veut du nucléaire… ni payer son électricité trop cher. Quel plus grand conflit d’intérêts que celui de ces riverains à qui on demande de se prononcer sur l’utilité collective d’infrastructures qui perturbent leur environnement?  

Il y a une forme de démission du politique dans ce genre de dispositif. Quand ces revendications sont d’ordre scientifique ou technologique, j’estime que nous nous mettons en danger collectif. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, je dis qu’il faut le faire avec beaucoup de précautions. Il n’est que de voir la façon dont le grand débat national sur la transition énergétique a été organisé… Une gabegie. Et une bien mauvaise utilisation de la démocratie participative. 

Vous allez jusqu’à parler de populisme. Qu’est-ce qui est le plus populiste aujourd’hui : chercher une alternative au pétrole et au gaz ou défendre l’industrie automobile? Faire du gaz de schiste une solution à la crise ou demander aux Français de réduire leur consommation d’énergie?

Le populisme, c’est le débouché politique donné aux pentes les moins honorables de notre esprit. C’est évident en matière de morale : la xénophobie, le sexisme, tout le monde comprend. Dans les cas de figure que vous me citez, le fait d’inciter à une consommation aveugle en faisant croire que les réserves énergétiques sont infinies est populiste. Mais c’est une autre forme de populisme que d’avancer des risques sismologiques ou de contamination des nappes phréatiques sans réalité scientifique à propos des gaz de schiste. Ce n’est pas parce que deux points de vue sont opposés qu’ils ne sont pas également populistes ; cela ne veut pas dire pour autant que dans tous les cas la voie du milieu est la plus sage. 

Comment ce discours est-il reçu par vos collègues?

Mon discours agace cette partie de la sociologie des sciences qui est relativiste, pragmatiste dans le meilleur des cas. J’essaie de penser les choses de façon méthodique, et c’est une position minoritaire dans l’espace des sciences sociales, globalement gouverné par une pensée dite critique, qui conçoit le système social comme un système de domination de certains groupes sur d’autres – ce qui peut être vrai, mais est souvent présenté de manière trop unilatérale pour être crédible. Elle en déduit que la sociologie doit être une sociologie de dénonciation, en fait un outil politique, ce que je récuse.  

On ne peut pas être neutre : ce serait naïf, l’objectivisme. Mais on peut essayer de penser ses propres positions pour prendre un peu de distance avec elles. Je ne crois pas que la sociologie soit un sport de combat. La sociologie a une vocation scientifique, mais elle s’égare parfois dans l’idéologie. Le problème, avec les idéologues, c’est que vous êtes avec eux ou contre eux.Comme je rejette professionnellement cette vision politique, je ne suscite pas toujours l’admiration de mes collègues. Qu’y puis-je ?  (Source: L’Express)

Lorsque la nostalgie s’empare du web romand

Les groupes faisant référence aux souvenirs liés à des villes fleurissent sur la toile depuis une semaine. Un succès étonnant.

«T’es de Nyon si… Tu as appris à conduire sur le parking de la piscine de Colovray», «T’es de Genève si… Tu allais dépenser tes pièces de 1.- pour faire des photos – qui sentaient l’oeuf pourri – à la gare routière». Depuis une semaine, les groupes «T’es de…» ne cessent d’animer la planète Facebook. Des milliers de personnes se sont prises au jeu de souvenirs en partageant anecdotes et autres photos.

Lancée à Delémont, la mode s’est rapidement emparée de l’entier de la Suisse romande, à commencer par le Jura bernois. «En voyant un groupe pour Moutier, d’où je viens, et habitant sur La Côte depuis 2003, j’ai trouvé l’idée excellente et décidé de faire de même pour Nyon, explique Cindy, qui a démocratisé le phénomène. Je suis contente d’y avoir pensé car le groupe dépasse toutes les attentes.» La page nyonnaise, qui comptait lundi soir plus de 4200 membres, rencontre en effet un succès monstre depuis son ouverture jeudi. Le syndic Daniel Rossellat a même posté un message de félicitations. Un événement qui réunirait tous les nostalgiques est par ailleurs en passe d’être organisé.

La fondatrice du groupe a également créé un alter ego genevois (plus de 6000 membres lundi soir). «Il est compliqué d’administrer ces pages, précise cette mère de deux enfants. Je n’ai plus une minute pour moi. La presse locale, à l’image de «La Côte», s’est d’ailleurs emparée du phénomène. Cindy a décidé de laisser le soin à d’autres de poursuivre le travail pour d’autres villes. Des pages existent pour Lausanne, Monthey, Payerne, Le Locle, Neuchâtel, Gland ou Morges. Avec souvent le même succès. Si des groupes du même genre ont déjà existé sur les réseaux sociaux, il n’ont jamais pris une telle ampleur. (Source: 20minutes)

« Récupérez votre vie privée! », un clip soutenu par la Quadrature du Net

Soutenu par la Quadrature du Net et financé par les internautes, le clip d’animation sur la vie privée réalisé par Benoît Musereau a été achevé ces jours-ci. Baptisée « Reclaim your privacy » (« récupérez votre vie privée »), la vidéo a été mise en ligne mardi soir et revient sur les menaces pesant sur les individus, l’importance de protéger sa vie privée et les moyens techniques pour en reprendre le contrôle. (Source: Numerama)

Facebook, les jeunes auraient tendance à passer à autre chose

Facebook a été un précurseur des réseaux sociaux en ligne, qui ont reçu un coup de « boost » grâce aux téléphones intelligents. Mais les jeunes semblent désormais se tourner vers d’autres plateformes.

A 16 ans, Owen Fairchild est moins souvent qu’avant sur Facebook: ses amis et lui n’ont pas totalement abandonné le premier réseau social mondial, mais ils passe aussi du temps sur d’autres plateformes comme Twitter, Snapchat ou Instagram.

« Je suis passé à autre chose », dit cet élève de l’Alameda Community Learning Center, dans la baie de San Francisco. « Je vais beaucoup plus sur (le site de blogs) Tumblr, il y a des tas de choses marrantes », ajoute-t-il. L’application de messages éphémères « Snapchat est super amusante aussi car on peut envoyer des photos où on est vraiment moche et elles s’effacent après quelques secondes ».

Facebook a été un précurseur des réseaux sociaux en ligne, lesquels ont reçu un coup d’accélérateur grâce aux smartphones. Ceux-ci permettent aux utilisateurs de partager n’importe quand des images, des vidéos ou des observations.

Le premier réseau social mondial, qui vient de fêter ses dix ans, est toutefois confronté au défi de conserver sa base originale de jeunes utilisateurs, alors que de nouveaux services rivalisent pour être les plus cools. Le succès de plateformes comme Snapchat, le site de micro-messages Twitter ou le tableau d’images Pinterest alimentent la crainte que Facebook séduise moins les adolescents. […]

Elle dit en revanche regarder « tout le temps » son fil Twitter, et trouver des choses plus intéressantes sur l’application de partage de photos Instagram, rachetée en 2012 par Facebook. « Facebook n’est pas fini », estime-t-elle toutefois. « Il y a juste des changements dans la façon dont les gens l’utilisent ». (Source: ATS par Arcinfo)

Un concours pour prendre conscience de nos responsabilités et de nos droits sur internet

Le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont radicalement changé notre façon de travailler, de vivre, et de communiquer. Ils touchent à tous les domaines de notre vie, créent des nouveaux débats de société et des défis au-delà des frontières nationales.

Internet apporte de nouvelles possibilités de développement, de coopération, de commerce, d’éducation et de participation citoyenne. Les réseaux sociaux et les communications mobiles ont ainsi pris le devant de la scène dans l’exercice de la liberté d’opinion et d’expression. Toutefois, l’augmentation de la participation citoyenne dans le cyberspace s’accompagne d’une recrudescence de la censure, du filtrage et de la surveillance.

Nous invitons les élèves du secondaire à réfléchir à un aspect primordial  de la société de l’information, celui du respect des droits de l’Homme sur Internet. […]

Les objectifs du concours sont de permettre aux élèves :
– de comprendre les enjeux qui sont liés à l’exercice d’un droit de l’Homme ;
– de découvrir une thématique de la coopération internationale ;
– de formuler une réflexion critique de l’actualité ;
– d’exprimer leur créativité et leur imagination.

Plus d’informations: Fondation Eduki.

(Source: Fondation Eduki par educa.ch)

Eloge de la retenue sur les réseaux sociaux

C’est la frange la moins visible de la France invisible. La majorité silencieuse qui ne réclame rien, sinon son droit à continuer de vivre sans bruit. Ces citoyens ne s’exhibent pas sur Facebook, ne diffusent pas leurs photos de vacances, se fichent d’être populaires sur Twitter. Ils sont juste discrets. Par nature ou par réaction, rétifs à l’actuelle « tyrannie du paraître » pour reprendre la formule du psychanalyste Gérard Bonnet […].

On ne les entend pas mais on les cerne de mieux en mieux. En 2012, la juriste Susan Cain a connu un grand succès aux Etats-Unis avec son livre Quiet – traduit La Force des discrets (éd. JC Lattès) –, un éloge des introvertis dans une société qui prime les grandes gueules, préfère l’esbroufe à la compétence feutrée. […]

Pour le philosophe israélien Carlo Strenger, notre société a été contaminée par le monde marchand, où la valeur se chiffre, se pèse et s’affiche. Avec des individus évalués au travail comme dans leur vie privée, sans cesse invités à la compétition, au dépassement, à l’épanouissement spectaculaire. « Just do it » (Nike), « Fais de ta vie un rêve » (Google), « Devenez qui vous voulez » (Bouygues)… Ces injonctions publicitaires ont pour « conséquence catastrophique de discréditer l’ordinaire, de dénigrer des carrières qui paraissaient naguère encore parfaitement respectables et représentaient une réussite dont on pouvait être fier, dans des domaines tels que le droit, la médecine, l’université ou l’ingénierie ». Pour réussir sa vie, il faudrait désormais que celle-ci soit visible, clinquante, au zénith de cette « Bourse globale du moi », dont la valeur monte ou descend comme une action cotée à Wall Street.

A chacun de communiquer sur ses accomplissements professionnels ou intimes, en se fabriquant une image plus ou moins embellie sur Facebook – 26 millions d’utilisateurs actifs en France –, en y exposant son quotidien comme si cela pouvait soudain lui donner du sens. A ce petit jeu de l’étalage de soi, on a vite fait de se sentir hors course. Une récente étude allemande indique qu’un tiers des utilisateurs de Facebook se sentent plus mal après s’être connectés au site, fatigués de guetter le nombre de « likes » que leurs propos ou leurs photos obtiennent – ou simplement honteux quand ils comparent leur vie à celle des autres. Dans son essai La peur de l’insignifiance nous rend fous (éd. Belfond), Strenger recommande donc une « acceptation active de soi » qui passe par la prise de conscience de ses limites et une forme nouvelle d’humilité, à rebours des obsessions contemporaines. […] (Source: Télérama)

Le racket de Facebook: pourquoi vous ne verrez plus le contenu qui vous intéresse

Facebook, connu pour ses méthodes cavalières, son attitude monopolistique, son usage moins que reluisant des données personnelles, vient de franchir un nouveau cap d’indécence. Lisez bien ce qui suit, car cela vous concerne, que vous soyez un utilisateur simple ou un communicant, dans votre droit à parler et à être entendu sur le premier réseau social mondial. Facebook abuse de sa position dominante en prenant ses utilisateurs en otage d’une façon proprement intolérable.

Autrefois (il y a un an), quand vous postiez une nouvelle sur votre mur ou votre page («Je me suis marié!» ou bien «J’ai publié un nouveau livre !»), tous vos amis, tous ceux qui s’étaient abonné à votre page, la voyaient. C’est normal : à la base, si vous êtes ami avec quelqu’un, ou si vous « aimez » sa page, c’est que vous être intéressé(e) par ce que la personne ou le groupe en face veut vous dire. Vous voulez l’entendre, ou du moins le savoir. Mettons, pour faire simple, que c’est une forme d’abonnement.

Sauf que non.

L’équation – calculée par Dangerous Minds dans cet article, sur lequel se fonde le présent billet et dont je ne fais que reprendre les conclusions – est d’une terrible et scandaleuse simplicité. Curieusement, depuis plusieurs mois, la portée des contenus baisse artificiellement – ceux-ci ne sont vus que par 15% des personnes qui vous suivent et amis. Comme par hasard, Facebook propose une solution : pour toucher les 85% restants… Payez.

Soit, payez pour parler à vos amis, vos clients, vos lecteurs, votre famille – ce que vous êtes censé faire naturellement sur un outil comme Facebook. Si vous publiez une nouvelle, un article sur votre mur ou votre page: vous pouvez payer Facebook pour «promouvoir» ce contenu et s’assurer qu’il soit davantage visible auprès de vos abonnés. Sinon… il a toutes les chances de tomber aux oubliettes. Tant pis pour vous.

En tant qu’utilisateur simple du réseau, cela signifie que vous ne verrez plus forcément le contenu qui vous intéresse, pour lequel vous avez accepté de recevoir des mises à jour: groupes de musique, écrivains, blogs… Mais aussi vos amis : votre soeur a perdu son chat, votre frère a eu un bébé, votre neveu a eu son bac, votre maman a organisé une sortie au musée – vous aurez de grandes chances de l’ignorer, à moins d’aller manuellement sur la page, de faire partie des 15%, ou que les personnes en question aient payé pour promouvoir leur statut…

Plus que ridicule : scandaleux, une véritable prise d’otage, un racket parfaitement mafieux. Se rendre indispensable en montrant (plus ou moins) patte blanche, puis, une fois la position dominante atteinte, dire « maintenant, pour continuer à utiliser dans des conditions normales un outil qui fait partie de votre vie, il va falloir passer à la caisse ».

«Facebook, est gratuit et le sera toujours»? Ben tiens. Pour un petit blog, un groupe de musique indépendant, un auteur comme moi, en plus d’être scandalisé par la pratique, cela ne vaut pas le coup. Payer 5$ par article de blog que je voudrais promouvoir? Je vais un salon, je devrais débourser 5$ pour que cette nouvelle puisse vous atteindre? Quel type de communication est-ce là ? Je n’ai pas 15$ par mois à mettre dans la poche de Zuckerberg. C’est déjà – quand ça marche convenablement – ce que je touche en droits d’auteur pour un salon littéraire entier! […] (Source: Lionel Davoust)

Les 10 ans de Facebook, l’indispensable réseau (anti)social

Le réseau social fondé par Mark Zuckerberg fête, mardi 4 février, ses dix ans d’existence. Le groupe, qui a publié, mercredi 29 janvier, un bénéfice net annuel de 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) en 2013, soit trente fois plus qu’en 2012 (53 millions), compte aujourd’hui plus d’un milliard d’utilisateurs.

Au début, le site était réservé aux étudiants de Harvard (Massachusetts), puis des établissements de l’Ivy League (grandes universités de l’Est américain), puis d’autres écoles et facultés à travers le monde. En 2007, il a ouvert ses portes à tous. Une histoire d’amour et de haine entre les internautes et le « site bleu » commençait.

Lemonde.fr a demandé à ses lecteurs de leur raconter comment leur relation à ce réseau avait changé au cours de la décennie et quel avenir ils envisageaient pour leur « profil » Facebook. Pour la majorité des internautes, le réseau est autant une source d’information, de partage et de communication qu’un facteur d’angoisse sociale et de dépendance.

« Facebook, ce sont les infos [politiques, internationales, people…], les photos des amis qui sont loin, souligne Steevy, 23 ans. J’ai déjà fermé mon compte une fois, mais cela donne l’impression d’être coupé du reste du monde. »

«Au début réservé aux informations personnelles, le réseau a peu à peu mué, grâce à des outils comme la « timeline », le fil d’actualités, et à la multiplication des pages de médias, d’entreprises, de personnalités, d’associations… en une agora où s’entrecroisent les conversations. Julia, 26 ans, estime à ce titre que la plate-forme permet « l’échange de savoirs, de savoir-faire, d’informations, d’événements, d’images, de textes, de débats… ».

La concentration des informations en un même lieu est appréciée de ceux qui voient en Facebook autre chose qu’un outil pour garder le contact avec ses connaissances : « J’utilise Facebook comme outil de diffusion culturelle, écrit Sébastien, 26 ans, être informé des concerts, suivre des artistes, rencontrer de nouveaux groupes (…). Cela évite d’avoir sa boîte mail remplie de newsletters et de devoir naviguer de site en site. »

L’outil est aussi vanté pour son rôle de « carnet d’adresses », notamment pour ceux qui sont loin et veulent garder le contact avec leur famille et amis : « Facebook est un magnifique moyen de garder un oeil en France et surtout le contact avec mes amis proches et les rencontres que je fais au cours de mon voyage », écrit Louise, 25 ans, en séjour d’études à l’étranger.

«La crispation autour de la frontière entre vie privée et profil Facebook est le facteur numéro un d’agacement chez les utilisateurs. Surtout les plus anciens. « Les premières années, raconte Chloé, 22 ans, le regard d’autrui n’avait aucun impact sur mes publications, et puis cela a changé (…). Une utilisation plus stratégique du réseau a émergé : créer une bulle du paraître, se taguer aux quatre coins du monde, le montrer et compter ses likes… En somme, prouver la valeur de sa vie », résume-t-elle, amère. « Et jauger celle des autres. »

La pression sociale inhérente au fait d’avoir constamment une fenêtre ouverte sur ce que les autres veulent bien montrer de leur vie est mal vécue par la plupart des membres du réseau. Ceux-ci pointent aussi la fameuse « Fear of missing out » (FOMO), ou « la peur de manquer quelque chose » (la fête où il fallait être, l’exposition dont tout le monde parle…) induite par leur présence sur un réseau « où tout le monde est ».

L’exhibitionnisme des membres leur fait lever les yeux au ciel. « J’ai de plus en plus de mal avec les gens qui exposent un peu trop leur vie », admet Raphaël, 23 ans. « J’avais l’impression de ne pas être à la hauteur de toutes ces personnes qui ont des vies palpitantes », regrette Hélène, 20 ans.

Certains, au contraire, considèrent que c’est un moyen de lancer le débat : « Je poste pour me faire remarquer, provoquer, critiquer, faire rire », justifie Cécile, 25 ans.

L’effet « toile d’araignée » reste en revanche très apprécié : Julia appelle « ficelles invisibles » les liens qui lui permettent d’entretenir ses contacts sur Facebook, mais aussi « d’en trouver d’autres » pour « nourri es passions » et « ouvrir des portes ». Avec, toutefois, un écueil, nuance Ollivier, 28 ans. « Le mélange d’amis, les collègues de boulot, les amis d’enfance, la famille, les copains, tous étaient mis dans le même panier. »

La question de la vie privée n’échappe pas non plus aux utilisateurs, qui se disent tous très prudents quant au réglage des paramètres de confidentialité liés à leur compte. « Je partage peu de contenus privés, souligne Max, 28 ans ; les problèmes de protection des données personnelles m’ont freiné dans mon utilisation. »

La hausse de la présence publicitaire sur le site irrite également beaucoup de membres, surtout qu’elle a progressé avec les années. « La publicité dans le flux est devenue envahissante », s’agace un dénommé Enikao.

Peu sont sortis du réseau, mais une grande partie a réduit la voilure, fermant leur profil aux inconnus et distillant peu d’informations. « Maintenant, je ne m’étale plus sur mon mur ou celui de mes amis », explique Sébastien, 26 ans.

Ceux qui ont claqué la porte sont en revanche ravis de leur choix : « Je suis fier de dire que je n’y suis plus, clame Olivier. Mon environnement social me semble beaucoup plus clair et sain ! »

Pierre-Yves, 38 ans, a fait de même. « J’avais l’impression de perdre totalement le contrôle de mon image, déplore-t-il, alors j’ai décidé d’abandonner le navire (…). Depuis, je ne regrette pas. »

Mais il reste des inconditionnels, qui ne songeraient pour rien au monde à quitter « The Social Network », en référence au film de David Fincher sorti en 2010.

Pour Kévin, 22 ans, le réseau lui a donné à ses débuts « une impression de plus grande proximité » avec ses amis. Et il le reconnaît : « Il est fort possible que, sans Facebook, certaines de mes relations se soient affaiblies. » (Source: LeMonde.fr)