Archive de mars, 2015

Réseaux sociaux: la pub sans foi ni loi

Café scientifique

Mercredi 20 mai 2015, de 18h à 19h30 à la cafétéria du bâtiment principal UniNE Av. du 1er-Mars 26, Neuchâtel

Les réseaux sociaux offrent aux publicitaires un champ de créativité sans scrupules. En octobre 2014, l’acteur Mathieu Kassovitz usurpait les comptes Facebook de critiques de cinéma pour la promotion d’un film dans lequel il incarne… un usurpateur d’identité. En plein dans le mille, mais à la limite de la légalité ! Plus léger, le hashtag #FindSandra de l’automne dernier a piégé bon nombre d’internautes. Ce n’était pas une histoire d’amour, mais un coup de pub pour un chocolat suisse. Il a fait de nombreux déçus, trompés par une intention qu’ils croyaient sincère. Mais les messages ambigus ne se rencontrent pas seulement sur les réseaux sociaux. Les média traditionnels expérimentent sur internet des formes de publireportage qui ressemblent de plus en plus à des éditoriaux. Que penser de toutes ces actions ? Comment les cadrer juridiquement et surtout dans la pratique?

(Source: unine.ch)

Faut-il interdire les téléphones et tablettes des élèves dans les écoles comme le demande des députés jurassiens?

Certains souhaitent interdire les appareils personnels numériques des élèves en classe. C’est un non-sens. Une brochure de l’OFAS explique les enjeux du numérique pour l’école.

Téléphones portables et tablettes doivent être bannis des écoles primaires demandent des députés du Parlement jurassien. […] Motif: «prévenir les phénomènes de harcèlement et de violence liés à une utilisation abusive des portables». Les députés mentionnent le filmage à leur insu des enseignant-e-s pendant les cours, l’enregistrement d’images dans les vestiaires des douches et les pratiques consistant à filmer la victime d’une agression physique («happy slapping» ou «vidéoagression»). Tout en mentionnant que la violence n’est pas en augmentation dans les écoles, ils disent leur souci des graves répercussions sur les victimes de telles pratiques.

Cette initiative fait suite à la décision prise par les autorités de Moutier d’obliger les élèves des écoles primaires de la ville de remettre leurs téléphones portables avant d’entrer en classe (article du Matin).

Certes, ces appareils peuvent être utilisés à mauvais escient, mais l’interdiction n’est pas une solution. Si l’on suit ce raisonnement, les compas utilisés pour dessiner des constructions géométriques auraient dus être proscrits en classe depuis longtemps! Ne présentent-ils pas des risques évidents de se blesser, ou pire…

Les risques liés à l’usages des appareils numériques connectés, tels que smartphones et tablettes par les enfants et les adolescents préoccupe. Certains organismes non gouvernementaux en font leur fonds de commerce. C’est aussi un des arguments présentés par celles et ceux qui ne veulent pas que l’école bouge. Pourtant, notre société est en mutation rapide, les médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) sont omniprésents tant dans notre vie quotidienne qu’au travail.

Interdire les appareils numériques à l’école est un non-sens. Au contraire, l’école doit profiter de l’équipement personnel des élèves (97% possèdent un smartphone) pour développer leur usage éclairé des MITIC (lire mon article L’école et les jeunes, le grand écart du numérique). Savoir se servir des médias numériques de manière appropriée en faisant preuve de responsabilité est indispensable aujourd’hui. Le développement des compétences médiatiques des élèves est inscrite dans le Plan d’étude romand.

L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a publié récemment une brochure intitulée Compétences MITIC à l’école (document au format pdf) à l’intention du corps enseignant, des directions et des responsables d’établissement. Il fournit des conseils et des pistes d’action pour développer les compétences médiatiques des élèves à l’école. Ce document explique les enjeux de l’usage des MITIC dans le cadre scolaire et propose de nombreuses ressources pour le développement des usages des outils et médias numériques dans le cadre scolaire. La problématique de la sécurité y est amplement abordée. […]

(Source: Blog de Jean-Claude Domenjoz)

Les jeunes Américains suivent avant tout l’actualité sur les réseaux sociaux

Selon une étude, une majorité des jeunes Américains s’intéresse quotidiennement à l’actualité. Ces jeunes privilégient cependant les réseaux sociaux, et particulièrement Facebook, pour s’informer.

Des jeunes adultes peu intéressés par ce qui se passe autour d’eux, voire totalement insensibles à l’actualité? Une étude américaine vient de démontrer que cette idée reçue était fausse. Au contraire: selon l’American Press Institute et l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs, 85% des Américains de 18-34 ans déclarent que se tenir informé de l’actualité est quelque chose d’important à leurs yeux. Concrètement, 69% d’entre eux consultent les nouvelles au moins une fois par jour.

Toutefois, ces jeunes sont nombreux à «tomber» sur des informations sans forcément l’avoir voulu, notamment en consultant les réseaux sociaux, Facebook en premier lieu. Ainsi, pas moins de 88% des jeunes interrogés trouvent de l’information sur Facebook. A l’inverse, une infime minorité des jeunes Américains achète encore des journaux papier. […]

«Les médias sociaux me tiennent plus informés que d’autres sources d’information», explique Elese, 25 ans, citée dans l’étude. «En parcourant rapidement mon fil d’actualités, je peux voir passer les infos majeures. Si j’ai besoin d’approfondir un sujet, je peux aller sur un site web spécialisé en actualité». S’informer ne résulte donc pas forcément d’une démarche proactive de la part des 18-34 ans.

L’étude affirme que 40% de ces 18-34 ans paient pour obtenir de l’information, notamment sous forme d’applications payantes. Mais beaucoup de jeunes déclarent souhaiter que l’accès à l’information soit gratuit. «Je ne voudrais vraiment pas payer, pour quelque type d’informations que ce soit», estime Sam, 19 ans, «parce qu’en tant que citoyen c’est mon droit de connaître l’actualité».

(Source: etudiant.lefigaro.fr)

Mythes associés aux médias: les médias numériques n’apportent aucune valeur ajoutée pédagogique

La question de la valeur ajoutée pédagogique des médias numériques est en soi justifiée. Il y a en effet des situations dans lesquelles la forme numérique n’apporte aucune valeur ajoutée pédagogique par rapport aux outils classiques : par exemple jouer aux cartes avec des partenaires virtuels plutôt qu’en famille, écrire un courriel plutôt qu’une lettre ou projeter un texte au lieu d’utiliser le tableau. Mais les médias numériques offrent aussi de nombreuses possibilités d’utilisation avec une valeur ajoutée indéniable. Nous vous en donnons quelques exemples ci-après. […]

Par rapport aux médias classiques, les médias numériques ont l’avantage que les utilisateurs peuvent être à la fois consommateurs et acteurs. Ils créent des contenus et donnent leur avis. Dans les jeux vidéo, ils résolvent des problèmes. Des processus d’apprentissage favorisant la créativité, l’habileté, la logique et l’expression sont ainsi activés. […] D’une manière générale, les études montrent que les jeux vidéo sont efficaces en tant qu’outils d’apprentissage. […]

A l’école également, les médias numériques ont des avantages, par exemple pour effectuer des recherches, collecter et traiter des données, faire des exercices, apprendre et présenter des contenus. Les médias numériques permettent par exemple des processus d’apprentissage individualisés et autonomes. Les programmes d’apprentissage sous forme de services web ou d’applications permettent de donner un feedback direct à l’élève et d’adapter les exercices. Les vidéos d’instruction (tutoriels) ou les simulations ouvrent des possibilités didactiques qui seraient difficilement réalisables sans médias numériques. Les médias numériques et mobiles favorisent en outre l’apprentissage coopératif, car ils se prêtent bien au travail de groupe. C’est pourquoi les écoles utilisent de plus en plus de tablettes et de smartphones, ces derniers pouvant servir d’appareil photo ou de caméra pour des projets […].

Les plateformes comme WhatsApp et YouTube peuvent aussi être utilisées pour apprendre pendant le temps libre. Ce sont des canaux qui permettent aux élèves d’échanger les contenus qu’ils créent et d’en discuter. Utiliser les médias pour développer ses compétences médiatiques Au final, la meilleure manière d’acquérir des compétences médiatiques est d’utiliser les médias numériques et de faire ses propres expériences. Aujourd’hui, les compétences médiatiques sont une nécessité, et les parents et les écoles se doivent de les encourager. Pourtant, certains parents et enseignants ne sont toujours pas convaincus des bénéfices de l’utilisation des médias numériques en classe. Nous avons rassemblé les principaux arguments avancés et des exemples ainsi qu’une série de contre-arguments les réfutant. Les centres TIC des cantons soutiennent et conseillent les enseignants et les écoles pour l’intégration des médias numériques dans les cursus d’enseignement et d’apprentissage. La responsable du service imedias nous a parlé de son expérience : >>lire l’interview de Claudia Fischer

(Source: Jeunes et Médias)

Doc : Bien chercher l’information sur Internet

En 6 points, Thierry Karsenti propose une fiche efficace pour utiliser de façon efficace un moteur de recherche sur Internet. Cela démarre par la gestion de l’information, continue par l’utilisation des réseaux sociaux pour aller jusqu’à l’évaluation de l’information.

La fiche

(Source: Le café pédagogique)

 

De la face au profil : l’aventure numérique des visages

Index : je te googlise, tu me googlises…

Au commencement était l’index. Pour nous renseigner sur une personnalité publique, mais aussi dans nos relations professionnelles, académiques ou même privées, nous avons pris l’habitude de consulter Google en amont de toute rencontre et prioritairement à toute autre source.  Dans des rapports sociaux de plus en plus quadrillés par les logiques informationnelles, chacun est aujourd’hui précédé par les traces numériques qu’il a secrétées et que le moteur de recherche donne à voir, après que son algorithme les a captées et répertoriées. Insensiblement, nous nous faisons à cette idée que les périmètres de l’identité coïncident avec ces « pages de résultats », qui dressent de chaque individu un portrait composite où la pertinence remplace la ressemblance. Destiné à nous documenter plus qu’à nous figurer, l’index tend cependant de plus en plus à nous tenir lieu de visage, parce qu’il est devenu un opérateur relationnel. […]
En utilisant le service Images que Google propose depuis 2000, la recherche renvoie non plus une liste d’en-têtes de pages web, mais une mosaïque de vignettes correspondant aux fichiers visuels trouvés sur le réseau. L’effet vitrine produit par ces visages démultipliés et exposés aux yeux de tous est saisissant. Mais ce qui frappe surtout, c’est la présence de résultats apparemment non congruents, mélangés à des images reconnaissables de la personne recherchée. C’est que la pertinence est en fait évaluée non pas de manière visuelle, mais en fonction des noms de fichiers et des contenus rédactionnels qui les environnent. Lorsque je me googlise, le « portrait » que l’algorithme me renvoie est donc une juxtaposition de visages – les miens et ceux d’autres individus –, mais aussi de divers documents graphiques et photographiques qui partagent les mêmes métadonnées que moi.
Résultat visible d’une opération de traitement documentaire, le visage qui se dessine ici est une stabilisation temporaire et artificielle d’une masse de données instables, toujours en mouvement, en expansion ou en voie de disparition (rappelons que la durée de vie moyenne d’un post sur les réseaux sociaux est de quinze heures et celle d’un site web d’environ trois ans). La succession des pages de résultats suggère qu’une même requête peut ramener un nombre quasi infini de réponses. Mais, on le sait, personne ne parcourt jamais la totalité de ces pages. […]
Pour être claire et distincte, l’image ainsi produite n’en comporte pas moins une marge d’erreur ou d’indétermination, liée aux jeux de l’homonymie ou à la coprésence aléatoire de contenus hétérogènes dans un même espace rédactionnel. Elle reste cependant largement crédible car elle bénéficie du crédit accordé à l’objectivité algorithmique. La somme ici rassemblée ne donne pas à voir la mémoire plus ou moins précise d’un sujet, ni même celle du web, mais celle d’une machine qui archive méthodiquement des traces. […]

Identités: de la reconnaissance faciale à la reconnaissance sociale

C’est donc d’abord par la question de la reconnaissance que le visage-index interroge l’identité. Cette question est celle qui marque le plus nettement l’existence d’une filiation entre les procédures d’identification numériques et celles mises en place par les premières applications photographiques au XIXesiècle. Comme Marion Zilio, nous pensons que « l’origine du visage est une invention récente née avec la photographie, en ce qu’elle permet d’offrir un visage à chacun quand, de même, elle les multiplie et permet leur diffusion rapide et en masse ». Cette technogénèse du visage l’inscrit dans une longue série de médias, qui externalisent notre appétence relationnelle en fonction des contraintes inhérentes aux dispositifs et aux rapports sociaux. Entre 1850 et 1890, la technique photographique est parvenue à un stade de perfectionnement qui permet de la mettre au service d’une double attente : celle d’une reconnaissance sociale et d’une identification policière des individus.
D’un côté, André-Adolphe Disdéri [photographe français, 1819-1889] développe son système de « portrait-carte », qui décline l’effigie en séries de figures correspondant à des situations types (chez soi, en visite de politesse, en tenue de sortie), en même temps qu’il exploite les vertus de l’image multiple. De l’autre, Alphonse Bertillon [criminologue français, 1853-1914] met au point sa méthode signalétique, qui dogmatise et normalise ce qui va devenir « la photographie d’identité ». Le premier assouvit la quête de légitimité d’une bourgeoisie en pleine ascension, qui imite le modèle aristocratique tout en s’en démarquant. Le second répond au désir de cette même classe desurveiller et punir toutes les formes de déviance qui pourraient la menacer. Dans les deux cas, un protocole méticuleux formate simultanément les images et les corps, dans des pauses standardisées par une contrainte aussi bien technique que sociale.
Dans l’atelier du photographe, le désir de reconnaissance dissout paradoxalement les individualités dans la norme, à l’instar de l’élimination typologique des singularités que la fabrique des faciès entreprend au même moment en ethnologie ou en psychiatrie. À la préfecture de police en revanche, la capture des visages glisse vers une obsession signalétique de l’identité. […]
Le bertillonnage préfigure ainsi toute une série de discrétisations qui aboutiront à la numérisation informatique. De la fiche anthropométrique au logiciel de reconnaissance faciale, en passant par le portrait-robot ou le photomaton réglé sur les prescriptions des pièces d’identité, le visage est dorénavant un jeu de données à calculer. Décomposé par ses médias, il devient lui-même programme, écriture, technique.
Les procédures de reconnaissance changent cependant de légitimation : dans les réseaux sociaux numériques, ce n’est plus le détachement du regard judiciaire qui les autorise, mais au contraire le cadre personnalisé d’une relation. Ainsi dans Facebook, le tagging des photos par les membres, associé au repérage machinique de récurrences visuelles, pourra m’assigner un visage que je ne me connais pas, avec ou sans mon consentement[+].
Plus que jamais, le visage devient donc lui-même une interface au sens technologique du terme, vecteur potentiel de logiques de surveillance – sociales, policières ou publicitaires. Le profilage ne vise plus tant à identifier un individu qu’un profil, c’est-à-dire une collection de traces interprétable en schème comportemental. La quête d’un invariant cède la place à une captation en temps réel des modulations de la personne, destinée à cibler toujours plus finement les opérations dont elle sera l’objet ou le destinataire. De la reconnaissance faciale à la reconnaissance sociale, « l’homme [devient] un document comme les autres », qu’on indexe, qu’on agrège et qu’on relie, au sein d’une sociabilité algorithmiquement assistée. Cette documentarisation des visages s’accentuera sans doute encore dans le monde des objets connectés, où toute perception se doublera d’une couche d’information personnalisée. Investissant les accessoires (Google glasses), les vêtements ou même le corps, la reconnaissance dépendra de plus en plus des interactions : sans la validation d’un réseau à un instant t, l’identification n’aura aucune valeur. […]

Avatars: rhétorique des visages-signes

Dans son expression la plus codifiée, le statut prend la forme de l’avatar. Comme son nom le laisse supposer, celui-ci manifeste à la fois les métamorphoses du sujet et leur stylisation en un système de visages-signes qui relèvent d’une rhétorique. Cette sémiotique instaure non pas la convention d’une correspondance stabilisée entre un signifié et un signifiant, mais une sémiose en acte, un faire-signe qui appelle toujours un interprétant. À l’opposé d’une grammaire faciale – comme celle que Duchenne de Boulogne avait tenté de formaliser en 1870 en stimulant électriquement les « mécanismes de la physionomie» –, l’avatar est toujours pris dans une relation. Il ne dit pas ce que je suis ou ressens, mais qui je veux être pour l’autre, dans un cadre de communication donné.
Face socialisée d’une diffraction logicielle du sujet, le visage-signe révèle et masque en même temps la décomposition informationnelle de l’identité. Sa confection suppose une maîtrise des dispositifs sociotechniques, assumée ou déléguée, mais désormais obligatoire. Le choix d’un avatar est en effet imposé par de nombreux sites ou services, si l’on veut prendre part à la sociabilité numérique. Deux options sont possibles : soit l’utilisateur dispose des compétences pour en fabriquer un, soit la plateforme lui en fournit un d’office. L’individu doit donc apprendre à décliner son identité, moins pour en fournir la preuve que pour montrer son aptitude à en produire des déclinaisons. Au-delà de leur diversité, il est possible de dresser une typologie de ces avatars. À côté des portraits photographiques qui visent une ressemblance, certains portent une énonciation ironique ou parodique qui détourne le principe d’identification, d’autres incarnent la personne dans des modèles auxquels elle s’identifie (star, célébrité), expriment ses goûts, ses humeurs, ses « styles de vie », ou questionnent enfin la réflexivité du dispositif en jouant de miroirs, d’images et d’écrans.
Cette rhétorique démultiplie les visages et les fait circuler dans tous les espaces d’information et d’échange, du réseau social à l’intranet d’entreprise, du forum au moteur de recherche, du cours à distance à la banque en ligne. Au point qu’à force d’être omniprésents, ils finissent par passer inaperçus. L’avatar marque cependant l’injonction qui est désormais faite aux individus de se médiatiser et de travailler le « design de leur visibilité ». Comme l’a montré Dominique Cardon, l’identité affichée relève aujourd’hui de tactiques relationnelles, adaptées aux règles et finalités de chaque service. Sur un site de rencontre, une plateforme de curation, un blog de fans ou un forum hébergé par un organe de presse, je ne montrerai pas le même visage et je ne réglerai pas ma visibilité de la même manière.
Dans ces jeux rhétoriques, il est moins question d’assigner une identité que de la canaliser par une image circulante, où le corps n’est plus enfermé dans une catégorie (comme l’était au XIXe siècle celui de l’ouvrier, du fou, de l’hystérique ou du criminel), mais catégorisé par des postures et des attentes d’interaction.

Graphes: le mapping des visages

On le voit, le visage-signe n’a de sens que dans un contexte réticulaire, qui en prescrit les règles d’usage et le connecte à d’autres signes. Un réseau social montre moins des personnes qu’un pêle-mêle d’actions et de traces, où les individus sont imbriqués les uns aux autres sans qu’il y ait nécessairement recouvrement exact entre le nom, l’image et l’action enregistrés. Par le jeu des conversations, citations, commentaires et recommandations, l’identité se diffracte dans l’espace du média, comme sur ces « murs » Facebook où les activités des membres connectés d’un même cercle se superposent. C’est la résonance multiple du comportement de chacun qui fait la trame et la dynamique du réseau. Sans elle, les données captées n’ont aucune valeur d’échange.
Dans cette trame, l’identité change de forme et passe du type au token. Au lieu de chercher une règle, une structure ou une routine derrière l’apparente diversité des phénomènes – comme l’ont fait toutes les sciences au XXe siècle –, on s’efforce désormais de pister et de corréler des singularités. Au sociotype succède ainsi le graphe, qui valorise des granularités d’information toujours plus fines, dynamiques et interconnectées. À l’instar de la friendwheel montrant la roue des connexions d’un individu avec ses amis Facebook, le visage se fait alors mapping : il cartographie des liens dont le sujet est le dénominateur commun.
Comme l’identité ne traduit plus une somme d’attributs stables et représentables, mais une position dans des communautés plus ou moins éphémères, le visage n’a plus le monopole de la visibilité identitaire. Celle-ci s’exprime désormais par des cartes, des graphes, des pêle-mêle, des albums, qui donnent à voir le degré de connexion de l’individu.
La trace numérique rompt ainsi avec l’empreinte photographique du sujet, telle que Barthes l’avait décrite. Loin de l’expérience tragique ou traumatique du ça-a-été, le visage numérique est par définition traitable, toujours en process et le sujet, s’il n’en contrôle jamais entièrement le périmètre (techniquement et socialement déterminé), peut du moins en devenir l’éditeur. Sélectionnant, agrégeant, diffusant ou archivant ses propres traces, l’internaute se redocumentarise à loisir. Il peut même prendre en charge l’enregistrement de ses propres données, comme dans la pratique du Quantified Self, où se combinent mesure de soi, récit de soi et partage de soi. Remplacé par des scores, des courbes, des coordonnées sur des échelles, le visage devient alors un portrait purement informationnel, qui renvoie à un individu-data.

Selfie: le visage-conversation

Si elle n’en a plus le monopole, la photographie bien sûr n’est pas restée à l’écart de cette réflexivité numérique, dans laquelle elle puise au contraire les ressources d’un nouvel essor. Cette deuxième histoire photographique commence avec l’installation d’un petit miroir en façade du camphone[camera phone] de Sharp en 1997, suivie de près par la sortie de l’iPhone d’Apple, pourvu d’une caméra frontale. À partir de 2007, s’opère ainsi un retournement optique généralisé, assorti de l’abandon progressif de l’appareil photo au profit du terminal. En relevant désormais de la téléphonie mobile, l’autoportrait sort de la pratique photographique marquée d’intentions plus ou moins explicitement esthétiques ou artistiques, pour devenir usage vernaculaire, geste quotidien effectuable en toute circonstance.
Le champ du photographiable comme ses conditions s’en trouvent élargis, tout en recentrant la photogénie numérique sur notre propre mobilité. L’image de soi relève alors moins de la prise que de l’envoi : elle est un acte communicationnel avant d’être la fixation d’une trace. Une photo qui ne circulerait pas, qui ne serait pas partagée, likée, commentée ou retweetée n’a plus de valeur. Les plateformes de réseaux sociaux deviennent ainsi les plus grandes bases d’images qui aient jamais existé, parce qu’elles servent de réserve à ces images communicantes qui prolifèrent.
Outre qu’elle reçoit un nom, la pratique du selfie devient alors, non pas un genre, mais un type de comportement communément partagé, qui invente rapidement ses propres codes. La propagation de ces visages conversationnels est telle qu’on ne saurait concevoir aujourd’hui un objet communicant dépourvu d’un dispositif d’autophotographie.
Étendue à la vie même, cette réflexivité devient quasiment pervasive [se diffusant partout] et notre environnement est désormais peuplé d’images de soi. Éphémère, anodines, insignifiantes, ces images n’ont de sens que dans le contexte de leur émission/réception. Souvent interprété comme l’ultime symptôme d’un égocentrisme narcissique, le selfie trouve au contraire sa légitimé dans le rapport à l’autre. Contrairement à l’autoportrait, il accueille d’ailleurs souvent des images peu avantageuses de soi où l’on ne « s’aime pas », mais qui disent la spontanéité d’une relation dans l’instant.
À ce titre, plus qu’avec le portrait, le selfie a à voir avec ces photos de plateaux repas qui s’échangent sur Flickr, par lesquelles les individus jouent à se documenter et se connecter, dans un espace simultanément intime et public. Items contextuels, ils sont néanmoins fortement redondants, au point d’élaborer une grammaire communicationnelle proche du mème [élément repris en masse sur Internet] : gestes et attitudes planétairement partagés, miroir d’une multitude qui doit s’individuer pour ne pas se dissoudre.
 Le selfie donne donc un visage au nous Plus qu’une image de l’individu, le selfie donne donc un visage au nous. C’est en couple ou dans une communauté que l’on s’échange ces clichés, et les selfies de groupe eux-mêmes se multiplient, comme l’atteste la récente mise sur le marché d’une canne éloignant le smartphone du sujet pour que plusieurs personnes puissent se photographier ensemble.

Faut-il voir dans cette nouvelle technique du nous une réponse à la difficulté que rencontre le collectif post-mass-media pour s’apparaître ? Certes, le selfie ne peut tenir lieu d’image du collectif au sens politique du terme, mais il en indique néanmoins peut-être le chemin.Le visage s’est lui-même converti en flux de données, à la fois occasionnelles et calculables, discrètes et relationnelles 

À l’heure où on ne peut plus ne pas laisser de traces, le visage s’est lui-même converti en flux de données, à la fois occasionnelles et calculables, discrètes et relationnelles. Entre surveillance et dissémination, l’individu-média doit sans cesse réinventer sa réflexivité, en exploitant aussi bien les dysfonctionnements que les performances de ses prothèses technologiques. Car le système de couverture médiatique produit aussi des marges d’incertitude, qu’il faut savoir saisir pour imaginer sa présence. C’est ce que de nombreux artistes explorent, en recherchant par exemple des « accidents visuels » dans Google Street View, en produisant de la fiction à partir de données prélevées, en poétisant le récit algorithmique que les moteurs enregistrent de nos vies. On peut aussi, plus simplement, évoquer ces pratiques qui font des images indéfiniment répétées des images adoptées. Objets d’une élection, d’une attention et d’une archive, elles redonnent alors un visage aux identités disséminées par les flux informationnels. Entre travail de deuil et collection, elles détachent le sujet de son identification, pour le faire exister pleinement comme image, dans une mémoire partagée.

(Source: Louise Merzeau sur Inaglobal.fr)

Je vous interdis de divulguer les informations confidentielles que j’ai déjà diffusées moi-même!

Il y a quelque temps est apparu (ou réapparu) sur les profils Facebook de beaucoup de nos amis un message rédigé dans une langue apparemment sérieuse et truffée d’expressions juridiques, témoignant de la volonté de son auteur de protéger ses données personnelles.

Un site très utile, spécialisé dans la détection de canulars et autres contre-vérités diffusées sur la toile, a examiné ces messages. Hoaxbuster (« chasseur de canulars », en anglais) met ainsi les pendules à l’heure avec une certaine ironie, mais en expliquant parfaitement l’absurdité de la démarche dans un texte que nous reprenons ci-dessous dans une version (légèrement) adaptée.

«Des dizaines de milliers d’internautes copient/collent sur leur mur un texte censé les protéger du grand méchant loup. Désormais, Facebook n’a qu’à bien se tenir… Depuis quelque temps, on voit fleurir en toutes langues tout un tas d’avertissements, sur les murs du monde entier.

« Veuillez prendre en compte ma déclaration suivante, le 05 décembre 2012: Conformément à la législation, à la réglementation (blablabla,…): J’INTERDIS FORMELLEMENT à toute personne physique, à toute personne morale, à toute institution ainsi qu’à toute agence de toute structure, (blablabla…), l’utilisation et la divulgation de tout ou partie des données me concernant.

J’AVERTIS toute personne physique, toute personne morale, (blablabla…), que VOUS N’AVEZ PAS MA PERMISSION d’utiliser la moindre des informations contenue et/ou liée à mon profil, ni aucun des contenus (blablabla…) postés sur mon profil par moi ou tout autre utilisateur de ce site Web.

Vous êtes avisé qu’IL VOUS EST STRICTEMENT INTERDIT de divulguer, de copier, de distribuer, de diffuser, ou de prendre toute autre action contre moi à l’égard de mon profil et le contenu des présentes, de quelques manières que ce soit (blablabla…). »

Nous pensions, un peu naïvement, que les pauvres internautes amnésiques finiraient par se rappeler qu’au moment de la création de leur compte Facebook ils avaient reconnu avoir lu et compris les conditions d’utilisation de Facebook:

ms

Lesquelles sont pourtant très claires au sujet des données utilisateur. Les types d’informations figurant ci-dessous sont toujours publics et sont traités de la même manière que les informations que vous décidez de rendre publiques.

  • Nom
  • Photos de profil et de couverture
  • Réseau
  • Sexe
  • Nom d’utilisateur et identifiant

Soyons clair: en créant un profil Facebook, on autorise directement (et sciemment) la société à utiliser ces données-là! Et pas la peine de crier ensuite sur son mur qu’on est contre… Il suffisait à l’origine de ne pas accepter lesdites conditions. La seule solution pour qu’aucune donnée ne soit utilisée: SUPPRIMER SON COMPTE!

Concernant les données publiées directement par l’utilisateur sur son mur, là non plus pas de surprise: c’est l’utilisateur lui-même qui décide comment sont gérées ses publications:

  • Public => le monde entier a accès à l’ensemble du profil et des publications et peut les réutiliser, les partager, en faire ce que bon lui semble
  • Amis seulement => seuls les amis peuvent voir le profil complet et les publications – et peuvent donc ensuite les partager, les réutiliser ou en faire ce que bon leur semble
  • Personnalisé => l’utilisateur décide de qui va pouvoir interagir avec ses publications, soit en fonction de listes préétablies, soit pour chaque publication.

Les textes que trop de gens copient/collent sont des aberrations juridiques, mais la bêtise moutonnière atteint son paroxysme quand on y lit:

« J’AVERTIS toute personne physique, toute personne morale,(…) qu’IL VOUS EST STRICTEMENT INTERDIT de divulguer, de copier, de distribuer, de diffuser, ou de prendre toute autre action contre moi à l’égard de mon profil et le contenu des présentes, de quelques manières que ce soit (…). Le contenu de mon profil est privé, contient des informations confidentielles et est protégé par la loi. Toute violation des droits, interdictions et restrictions ci-mentionnés est punie par la loi et fera l’objet de poursuites judiciaires. »

Le jour où un internaute a publié cet avertissement sur son mur, il est devenu IMPOSSIBLE à quiconque de le copier/coller pour le reprendre à titre personnel… Du coup, chaque utilisateur l’ayant publié sur son mur s’est automatiquement mis « hors-la-loi » au regard du texte en question.

(Source: Hoaxbuster)

Questions

  1. As-tu pris connaissance des conditions d’utilisation de Facebook? Si oui, as-tu noté que les données issues de tes publications pouvaient être utilisées par l’entreprise? Sinon, vas-tu le faire?
  2. Pourquoi, à ton avis, les conditions générales de FB changent-elles aussi souvent?
  3. Comment sélectionnes-tu ce que tu publies sur FB?
  4. As-tu réglé les paramètres de confidentialité de ton compte?
  5. En général, fais-tu confiance à tes «amis» FB pour t’informer sur le fonctionnement de FB?
  6. Si tu n’es pas utilisateur de FB, connais-tu d’autres services qui te demandent de livrer des données personnelles pour y avoir accès? Sais-tu comment celles-ci sont traitées?

 

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A propos de Hoaxbuster

Créé en 2000, HoaxBuster.com poursuit un objectif: mettre un terme à la propagation des hoax et des rumeurs en circulation sur le web francophone.

Loin de la terminologie spécifique à l’informatique, le terme «hoax» provient du langage courant et signifie «canular».

Démocratisation de l’informatique oblige, les canulars prennent aujourd’hui une forme électronique et se jouent des frontières et de la distance pour parvenir directement sur vos écrans. Fausses alertes aux virus; fausses chaînes de solidarité; fausses promesses; fausses informations; les hoax prennent toutes les formes.

Faites un tour dans la «hoax liste», vous y trouverez à coup sûr la reproduction exacte de certains messages que vous avez reçus. Lisez nos décryptages et les réponses des sociétés impliquées. Si vous avez reçu un message suspect qui ne se trouve pas dans notre liste, envoyez-le nous, nous entamerons les recherches et y apporterons des réponses claires.