Archive de octobre, 2015

«L’enseignant doit être exemplaire sur Facebook»

Le bon usage des réseaux sociaux peine à trouver sa place à l’école. Le Service écoles-médias (SEM) du Département de l’instruction publique a bien publié treize conseils destinés aux enseignants, mais l’utilisation des ces canaux reste peu maîtrisée. Prenons l’exemple de Sarah*, une enseignante de 26 ans. Elle n’a suivi aucune formation sur les réseaux sociaux, mais elle est catégorique: «C’est ma vie privée. Ça me dérangerait énormément que des élèves ou leurs parents puissent voir mes photos de soirées ou de vacances.» Et pourtant, en quelques clics sur son profil Facebook, n’importe quel utilisateur a accès à des clichés de ses vacances en bikini. Certains de ses élèves, âgés de 9 à 10 ans, ont déjà un profil sur Facebook. Elle l’avoue, elle n’a jamais fait attention aux paramètres de confidentialité. «Je n’ai pas pensé aux problèmes que cela pouvait poser dans mon métier, en fait. Je ne pense pas être la seule enseignante dans ce cas…»

Vie privée ou vie publique?

Comme l’indique Paul Oberson, directeur adjoint du SEM, les limites entre vie privée et vie publique sont floues sur Internet: «Un enseignant a évidemment les mêmes droits que tout le monde. Mais s’il publie quelque chose de compromettant et que les élèves peuvent y avoir accès, cela pourrait avoir un impact sur la relation pédagogique. Il y a une évolution de l’intimité avec les réseaux sociaux. Les attitudes qui relevaient à l’époque clairement du domaine privé peuvent aujourd’hui devenir publiques. L’enseignant doit donc être exemplaire sur Facebook.»

Comme Sarah, de nombreux professeurs ont un profil Facebook, conversent sur la messagerie Whats­App ou partagent des photos sur Instagram. Mais leur utilisation pose certaines questions. Un professeur peut-il accepter la demande d’ami d’un élève? Peut-il parler avec lui?

Pour y répondre, le SEM a ainsi publié treize conseils destinés aux enseignants. Les maîtres mots: comportement en ligne exemplaire, «amitiés sélectives» et sensibilisation. Paul Oberson explique cette initiative: «Dans nos formations, on sensibilise les enseignants au caractère indélébile de ce qui est mis en ligne. Mais on ne veut pas peindre le diable sur la muraille: on les incite aussi à utiliser les réseaux sociaux, qui peuvent avoir une plus-value pédagogique.»

Distance professionnelle

Chaque instituteur utilise les réseaux sociaux à sa manière. «Je n’accepte pas mes élèves sur Facebook, tant que je suis leur professeure, explique Salima Moyard, présidente du syndicat des enseignants du Cycle d’orientation. Par contre, il arrive que je les accepte quand ils quittent l’école.» Marzia Fiastri, enseignante au Collège André-Chavanne et membre de l’Union du corps enseignant secondaire genevois, parle exceptionnellement avec ses élèves sur Whats­App. «Je le fais si je suis leur maître de travail de maturité, par exemple. Des collègues ont accepté d’intégrer des groupes d’élèves sur WhatsApp, mais ils l’ont regretté, recevant des messages à 1 heure du matin, par exemple.»

Pour Sébastien, enseignant spécialisé, c’est avec les parents qu’il a parfois un contact rapproché: «Il m’arrive de leur parler sur Whats­App. Ça donne parfois des situations cocasses parce qu’on voit leurs photos et leurs statuts avec des petits smileys et des cœurs. On a l’impression d’entrer dans leur intimité, mais ça ne me dérange pas. Etant enseignant spécialisé, j’ai de toute façon un contact plus étroit.» Il n’a toutefois pas su quoi faire lorsqu’une maman d’élève l’a demandé en ami sur Facebook. «Est-ce que je refuse en expliquant que j’utilise mon compte à titre privé?» Dix jours plus tard, Sébastien n’a toujours pas répondu à sa demande.

Echanges et innovation

Si les réseaux sociaux peuvent être problématiques, ils sont aussi des lieux d’échanges utiles. Sur Facebook, un groupe rassemble par exemple plus d’un millier d’enseignants romands. On y échange des conseils, des idées de bricolage, des fiches scolaires. Plus de 300 documents ont été partagés sur ce groupe depuis le début de l’année.

Les nouvelles technologies donnent également lieu à des méthodes pédagogiques innovantes. Un professeur a par exemple demandé à ses élèves de créer la page Facebook de Charlemagne. D’autres utilisent Twitter pour des jeux de rôle ou des débats, afin d’exercer la capacité de synthèse. Des pratiques intéressantes, mais de loin pas généralisées. «On ne peut pas encore dire que les réseaux sociaux ont changé le métier d’enseignant, estime Paul Oberson. Par contre, Internet dans son ensemble, c’est certain.»

* Prénom d’emprunt (TDG)

(Source: Tribune de Genève)

Pourquoi interdire les téléphones portables à l’école?

Les téléphones portables sont interdits de séjour à l’école en France mais une recherche récente conduite en Angleterre dans 91 lycées de 4 grandes villes (qui ont des politiques différentes en la matière) montre que l’interdiction a un effet positif sur les résultats scolaires: les scores des élèves aux tests de fin d’année ont augmenté de 6,4 % quand l’interdiction a été scrupuleusement respectée. Il y a un effet différencié selon les élèves: les meilleurs sont peu sensibles à la présence ou non de téléphones dans les établissements, alors que les plus faibles voient leurs résultats s’améliorer (+ 14,2 %) quand l’interdiction est mise en place. Selon les auteurs, les premiers seraient capables de rester concentrés en toutes circonstances alors que les seconds seraient moins résistants face à la distraction occasionnée.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs soulignent l’intérêt de cette question. D’une part, l’interdiction des téléphones portables à l’école se révèle un moyen peu coûteux de réduire les inégalités scolaires ; encore faut-il pour cela réfléchir à la façon d’organiser efficacement cette interdiction. Les conclusions ne doivent pas, d’autre part, occulter totalement le fait que, utilisés dans le cadre d’une pédagogie adaptée, les téléphones pourraient s’avérer de bons supports d’apprentissage…

Louis-Philippe Beland et Richard Murphy, « Communication : technology, distraction and student performance », CEP Discussion Paper, n° 1350, mai 2015. (Source: scienceshumaines.com)