Archive de novembre, 2015

De gros nuages à l’horizon des médias suisses

Les Suisses consomment toujours plus d’informations en ligne, au détriment des médias traditionnels que sont les journaux, radios et chaînes de télévision.

Cette tendance de fond est confirmée par l’Institut de recherche Fög de l’Université de Zurich. Son sixième rapport annuel à l’origine de ce constat ne surprend pas et il suscite comme chaque fois des interrogations, voire des controverses, au sujet de l’évolution de la qualité des médias en Suisse.

On y apprend en particulier que les jeunes adultes de 16 à 29 ans s’informent de moins en moins à travers les médias classiques: presse imprimée, radio et télévision. Entre 2009 et 2015, la proportion de jeunes adultes consultant régulièrement les journaux imprimés par abonnement est passée de 44% à seulement 26%. Pour la télévision, cette part est passée de 65% à 39% et pour la radio, de 66% à 43%.

Autre fait significatif chez les jeunes adultes: le recul de leur intérêt pour l’information proposée par les médias classiques n’est pas pour autant compensé par une utilisation accrue des médias en ligne; car l’information qu’ils consomment sur les réseaux est souvent de qualité médiocre, chargée d’émotion, événementielle et sans mise en perspective. Donc, l’attrait de l’information pour cette catégorie de jeunes adultes est en baisse de manière générale, quels que soient les vecteurs utilisés.

L’Institut Fög étudie aussi l’évolution des médias helvétiques en examinant le type d’information proposé aux consommateurs. Il en ressort que la tendance générale est à l’augmentation des soft news au détriment des hard news. Autrement dit les nouvelles de divertissement se développent beaucoup plus rapidement que les nouvelles considérées comme plus sérieuses. Ceci surtout à cause des réseaux sociaux principalement, mais aussi des journaux gratuits, qui dominent le marché des deux côtés de la Sarine. Et ces derniers ne sont pas sans influencer indirectement les choix rédactionnels des autres quotidiens, qui craignent de perdre des lecteurs en n’offrant pas aussi de l’info-divertissement. […]

La numérisation du paysage médiatique helvétique se poursuit et affaiblit financièrement les médias classiques. Pour lutter contre l’érosion, les journaux ont développé en parallèle des sites web. Cependant, le succès n’est pas pour autant au rendez-vous. La propension à obtenir des informations en ligne sur des sites payants reste faible et les recettes publicitaires sont loin de correspondre aux attentes.

Ces difficultés structurelles conduisent à multiplier les synergies et les fusions dans la presse. Et, aujourd’hui, on constate ainsi qu’en Suisse romande, près de 80% de la presse est contrôlée par deux groupes seulement: Tamedia et Ringier. L’institut Fög ne cache pas qu’il déplore cette forte concentration de la presse dans notre pays.

Mais peut-on renverser cette tendance de fond? Cela paraît bien utopique. Car les changements brutaux à l’œuvre dans le paysage médiatique s’expliquent à l’évidence par la modification de paradigmes fondamentaux.

Pour Emily Bell, professeure à l’Université de Columbia à New York et spécialiste reconnue des nouveaux réseaux numériques, on doit prévoir le pire (Das Magazin n° 44, 30 octobre 2015). Les journaux imprimés sont encore solides. Mais ils meurent lentement, affirme-t-elle. On se trouve au début d’une seconde révolution industrielle.

La plus grande faute des éditeurs de journaux, selon elle, est de vouloir garder des liens rédactionnels et budgétaires entre les entités de l’écrit et du numérique. Ce sont deux mondes totalement différents qui ne peuvent fonctionner de concert. Chacun a sa propre spécificité. Le journaliste web travaille avec d’autres outils et standards. On parle déjà de robot-journaliste, de journaliste-analyste des données et il n’est pas impossible qu’on en vienne bientôt à ce que des algorithmes établissent un nouvel art pour cette profession.

Pour l’instant, chaque jour ou presque des nouveautés techniques émergent du paysage numérique, plus ou moins innovantes et excitantes. Relevons à ce propos que les journalistes romands ne sont pas à la traîne, du moins au niveau de l’intérêt. On peut s’en rendre compte, par exemple, en participant au groupe fermé Etre journaliste au 21e siècle sur Facebook. Il est animé par Magali Philip, journaliste férue de data-journalisme et au courant des nouveautés qui fusent à jet numérique continu. […]

De plus, les géants de l’Internet que sont Google, Apple, Facebook et d’autres lorgnent de plus en plus du côté de l’information et développent déjà des partenariats avec des éditeurs classiques. Ces gigantesques forces de frappe, appuyées sur des capacités financières incomparables, risquent de faire très mal et de laisser pas mal de cadavres au sein des groupes de presse traditionnels. […]

La presse helvétique arrivera-t-elle à jouer un rôle sur une scène mondialisée occupée par des protagonistes hyper-puissants? Les acteurs les plus entreprenants auront sans doute plus de chance de s’en sortir. Mais à quel prix? La qualité de l’information va-t-elle encore chuter? Questions pour l’instant sans réponse.

Aujourd’hui, ce sont surtout les incertitudes qui dominent sur ce que deviendra la presse dans notre pays et ailleurs.

(Source: Domaine public)

Les normes PEGI ne sont pas là pour faire joli sur la boîte!

Pan European Game Information (PEGI) est un système d’évaluation européen des jeux vidéo fondé pour aider les consommateurs européens à s’informer de chaque type de jeux vidéo à l’aide de différents logos exposés sur leur boîte d’origine. Ce système a été fondé par Interactive Software Federation of Europe (ISFE) et utilisé pour la première fois en avril 2003. Il est désormais utilisé dans plus d’une trentaine de pays. Il est composé de cinq catégories d’âge et de huit descriptions qui informent du contenu d’un jeu. (Source)

Et les jeux en ligne?

Un jeu en ligne est un jeu numérique qui nécessite une connexion active à un réseau. Il s’agit non seulement des jeux sur Internet, mais également des jeux en ligne via des consoles, téléphones portables ou réseaux P2P. Un jeu mobile est un jeu vidéo utilisé sur téléphone portable, smartphone ou ordinateur portable.

A l’heure actuelle, il existe quatre principaux types de jeux en ligne.

1. Mini-jeux / Jeux par navigateur. Il s’agit de versions en ligne des jeux classiques d’arcade, de plateau ou numériques. Ils sont généralement gratuits et souvent disponibles sur des sites web et portails de jeux dans un cadre publicitaire. Ces jeux sont essentiellement destinés à un seul joueur et n’impliquent aucun monde virtuel descriptif. Spacewar, PacMan, de même que les jeux de carte tels que le Solitaire et Blackjack sont des exemples très répandus et constituent la majeure partie des jeux en ligne.

2. Les jeux vidéo publicitaires sont destinés à promouvoir un produit spécifique, une société ou un projet politique. Ces jeux caractérisent généralement de façon bien visible le produit d’une société et seront utilisés en ligne sur le site web de la société ou mis à disposition pour être téléchargés. Ils sont étroitement liés à des campagnes marketing virales, les jeux s’efforçant de diffuser le produit et la connaissance de la société par le bouche à oreille, les e-mails et les blogs.

3. Les jeux en réseau sont généralement utilisés en ligne avec un PC, mais de plus en plus de joueurs ont recours à des consoles de jeu avec une connexion Internet. Leur succès a augmenté avec l’accès Internet forfaitaire et une technologie à large bande que l’on peut aisément se procurer. Ils couvrent la majorité des types de jeux, mais il s’agit principalement de jeux de combat tactique tels que les jeux de tir subjectif dans le cadre desquels le joueur voit l’environnement à travers les yeux du personnage. Ces jeux se jouent à deux ou en équipes. Call of Duty est l’un des jeux les plus populaires de cette catégorie. Les jeux de stratégie en temps réel ayant recours à des plans tactiques sont un développement informatisé des jeux de guerre traditionnels, alors que les jeux en réseau multi-joueurs sont également très répandus dans différents domaines sportifs tels que la course automobile et le football.

4. Les jeux massivement multi-joueurs diffèrent des autres jeux en ligne par le nombre important de joueurs qui participent simultanément à un même jeu et par la nature persistante des jeux (ils continuent indépendamment du fait qu’un joueur spécifique participe ou non). Ces jeux offrent un vaste univers en trois dimensions peuplé de milliers de joueurs. Le jeu World of Warcraft de Blizzard Entertainment/Vivendi compte plus de 6 millions d’abonnés (1 million en Europe et plus de 1,5 million en Chine). Everquest, longtemps réputé leader sur le marché, a environ 500 000 abonnés, et Ultima Online en compte 250 000. Cette catégorie est dominée par les jeux de rôle où les participants endossent les rôles de personnages fictifs et créent ou suivent ensemble une histoire. Leur approche ludique est généralement moins directive et ils se distinguent par les aspects sociaux et collectifs mis à disposition par le biais de ce service.

Un grand nombre de jeux en ligne favorisent la constitution de communautés virtuelles. Au sein de ces communautés, les joueurs communiquent en temps réel, généralement sans se connaître, d’où certains risques du fait que l’évolution du contenu n’est pas contrôlable, le comportement des joueurs peut ne pas convenir à des mineurs, des données personnelles peuvent être échangées. PEGI Online vient compléter le système PEGI. Il vise à améliorer en Europe la protection des mineurs contre les jeux au contenu inapproprié et à aider les parents à mieux comprendre les risques et les effets nocifs potentiels de cet environnement. Le logo PEGI Online figurera sur l’emballage des jeux vendus sur CD/DVD ou directement sur le site de jeu. Le logo indiquera si le jeu convient à une utilisation en ligne et si le jeu ou site concerné est contrôlé par un opérateur qui veille à la protection des mineurs.

Conseils

  • Il ne faut PAS accepter un mauvais comportement, un langage grossier ou la tricherie ! Vous pouvez bloquer l’accès du joueur, en faire part au fournisseur du jeu ou en parler à vos parents.
  • Si quelque chose vous rend mal à l’aise, parlez-en immédiatement à vos parents.
  • Ne communiquez jamais vos coordonnées personnelles telles que votre adresse, n° de téléphone ou votre photo.
  • N’acceptez jamais de rencontrer une personne avec laquelle vous jouez en ligne sans en parler d’abord à vos parents. (Source)

Questions – cycle 2 et 3

  1. Est-ce que tu es tenté de jouer à des jeux indiqués pour un âge plus élevé que le tien? Pour quelles raisons? Qu’attends-tu de ces jeux? Qu’y as-tu trouvé (si tu y as joué)?
  2. Joues-tu en ligne? Communiques-tu avec d’autres joueurs? Est-ce que te parents t’ont fixé des règles? Lesquelles? Sinon, t’es-tu fixé tes propres règles? Lesquelles?

 

Questions – cycle 3

  1. Pour quelles raisons les diffuseurs de jeux indiquent-ils des recommandations concernant l’âge du joueur?
  2. Connais-tu le travail d’un concepteur de jeux vidéos? Quels sont ses objectifs? Penses-tu qu’il tienne compte de l’âge des joueurs dans son travail de création?
  3. Est-ce que tu visionnes des tutoriels de jeux vidéo? S’agit-il de jeux indiqués pour ton âge?
  4. Qui fixe les normes PEGI? Quelles sont leur valeur légale? Peut-on être puni si on vend un jeu inadapté à un enfant?

 

Les commentaires sont modérés avant leur publication. Pour être approuvés, ils doivent être en accord avec la Charte RPN.

Cet article en pdf.

 

Voir aussi:

Pourquoi certains jeux vidéo sont-ils déconseillés aux enfants? (sudouest.fr)

Sport TV sur la signalétique jeux vidéo PEGI (NetPublic)

Écrans: pitié pour les bébés!

Tablettes, smartphones, consoles de jeu ont envahi les foyers. De récentes études montrent que les bébés sont aussi concernés. Conseils pour les parents, les éducateurs et les éducatrices.

Les appareils interactifs mobiles sont en train de révolutionner l’expérience médiatique des très jeunes enfants. Une récente étude nous apprend que deux tiers des bébés âgés d’une année, jouent, utilisent des applications, ou encore regardent des vidéos sur tablette ou smartphone quotidiennement. La plupart (97%) ont commencé à utiliser des appareils mobiles avant l’âge d’un an. Presque tous (84%) regardent quotidiennement la télévision avant leur premier anniversaire. Les applications Youtube et Netflix sont très populaires pour regarder des vidéos. Deux tiers des parents les mettent devant un écran pour les faire tenir tranquille (65%), principalement lorsqu’ils font le ménage. C’est pourquoi sans doute les bambins ont appris à se débrouiller seul: la plupart des enfants de 3 et 4 ans utilisent des appareils mobiles sans aide.

Ce n’est pas une galéjade. Ce sont quelques-uns des résultats d’une très sérieuse étude effectuée en octobre et novembre 2014 à Philadelphie (Pennsylvanie) qui viennent d’être publiés dans la revue de l’Académie américaine de pédiatrie (lire l’article).

Cela nous concerne pas, les Américains sont connus pour leurs excès, diront certains. Ne sont-ils pas déjà les plus grands consommateurs de télévision au monde! Voire. Une autre étude très fouillée récente réalisée en Belgique (Office de la Naissance et de l’Enfance, ONE et Conseil supérieur de l’éducation aux médias, CSEM) met en évidence que l’usage des écrans par les enfants dès le berceau est une tendance lourde en Europe aussi (lire l’étude). A l’âge d’un an, un tiers des poupons en Wallonie-Bruxelles regardent la télévision ou des vidéos enregistrées. Les usages se répandent rapidement à mesure qu’ils grandissent. Dans leur troisième année, 53% regardent la télévision, 82% des vidéos, 32% jouent à des jeux sur écran. A l’âge de six ans ces pratiques sont installées chez environ 80% des enfants…

Conséquences de la consommation non maîtrisée d’écrans de toutes sortes. Exposer les nourrissons quotidiennement à des images vidéos et à l’usage d’appareils multimédias interactifs aura des conséquences sur leur développement cognitif, émotionnel et social. Un usage intense est susceptible de causer des effets sur l’humeur, le comportement et les apprentissages qui n’ont pas encore été suffisamment étudiés. Sans parler des effets pernicieux possibles sur leur développement physique. Des professionnels s’en inquiètent (lire l’article). A l’école, de sérieuses répercussions sont à craindre dans les classes qui accueilleront les enfants qui auront été exposés durablement. Leurs habitudes de consommation des médias aussi bien que leurs goûts vont perdurer et il sera difficile de les infléchir. Pensons aux problèmes d’attention qui perturbent déjà grandement le travail scolaire. Il faut donc agir en amont déjà.

Les parents et professionnel-le-s de la petite enfance interrogé-e-s en Belgique considèrent l’usage des écrans par les jeunes enfants comme globalement défavorable à leur épanouissement. Cependant, ces parents ont manifesté leur désir d’accompagner leurs enfants plutôt que les éloigner des écrans, mais peinent à identifier les conduites positives à adopter.

Que peuvent faire les parents, les éducateurs et les éducatrices? Le psychiatre et psychologue Serge Tisseron, qui a consacré une grande partie de sa carrière aux relations que nous entretenons avec les images et aux bouleversements psychiques et sociaux entraînés par le numérique, a élaboré quelques repères simples synthétisés dans la règle des «3-6-9-12» (voir l’affichette). Soit les comportements à adopter avec des enfants de moins de 3 ans, de 3 à 6 ans et ainsi de suite. Les principes de portée générale concernent les enfants de tout âge. Ils portent sur la limitation du temps d’écran et l’apprentissage de l’autorégulation, le choix des programmes, l’invitation à parler de ce qu’ils ont vu ou fait et la stimulation de leur créativité. Pour chaque âge des conseils spécifiques sont proposés. Avant 3 ans, Serge Tisseron recommande d’éviter l’exposition des enfants à la télévision et de favoriser les jeux traditionnels ainsi que les activités ludiques qu’ils inventent, quitte à ce qu’ils s’ennuient parfois. La tablette numérique n’est pas totalement proscrite, mais seulement dans le cadre d’une activité de jeu avec un adulte. Cela semble aller de soi.

Un nouveau champ de l’éducation aux médias s’ouvre pour les tout-petits. Epargnons les bébés!

(Source: Blog de Jean-Claude Domenjoz)