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A l’école des élèves connectés – Assises romandes de l’éducation 2016

La huitième édition des Assises romandes de l’éducation se tiendra à  l’Amphimax de l’Uni de Lausanne le samedi  24 septembre 2016.

Au programme, le ressenti et le désarroi qui peuvent se faire jour dans le système éducatif qui est aux prises avec l’une des plus formidables évolutions de la société, celle des mutations technologiques. Toute la problématique se résume dans le titre retenu: «A l’école des élèves connectés». Le groupe d’organisation, dans lequel siègent des responsables du SER, de la CIIP, des HEP et des associations de directeurs et de parents d’élèves, vous concocte une magnifique manifestation, avec plusieurs intervenants de qualité, d’horizons différents, dont il sera question dans ces mêmes colonnes dans les prochains numéros.

Comme oratrice principale et grand témoin de cette journée, avec une forte interaction avec les participants, nous aurons le plaisir d’accueillir Mme Divina Frau Meigs, professeure à l’Université de Paris III et experte auprès de l’UNESCO, de la Commission européenne, du Conseil de l’Europe (entre autres). Auteure de multiples livres, rapports, articles touchant aux problèmes des jeunes, des médias et des technologies, Madame Frau-Meigs croit à la nécessité d’œuvrer à «un développement numérique durable». La magnifique phrase affichée en page d’accueil de son site résume bien le sens de son combat: «Il faut civiliser le numérique pour apprendre autrement et savoir-devenir». Les Assises l’interrogeront sur son souci de l’enfant connecté, les espoirs qu’elle met dans l’école, les qualités professionnelles qui lui semblent indispensables pour les enseignants du XXIe siècle et les perspectives qui peuvent nous attendre.

(Source: le-ser.ch)

Les réseaux sociaux et les portables comme moyens éducatifs

Le mobile allumé en classe et comme outil d’éducation, est-ce une bonne idée?

François Flückiger, enseignant passionné de réseaux sociaux, et Stéphane Koch, spécialiste de l’utilisation professionnelle des réseaux sociaux, discutent de cette question au micro de Xavier Bloch.

Ecouter l’émission.

(Source: RTS – On en parle)

Miroir des réseaux, que dis-tu sur moi?

La récente étude JAMES indique que «89% des jeunes ont un profil en ligne» et que «78% se rendent sur les réseaux sociaux tous les jours». De plus, le désir d’obtenir des likes pour leurs selfies est particulièrement marqué chez les filles. Les garçons y sont aussi sensibles.

Lors d’un atelier «Star retouchée» organisé durant un camp d’hiver en montagne, trois garçons ne parvenaient pas à se concentrer sur la séance de portraits entre camarades. C’est pourtant un moment qui les absorbe d’habitude encore davantage que la partie «retouche selon les codes du masculin et du féminin des médias». La classe a commencé à les taquiner, tout en m’expliquant que ce trio ne pouvait plus vivre sans vérifier à tout moment le nombre de like récoltés par les images d’eux qu’ils avaient postées. Pro Juventute témoigne que «l’estime de soi et l’apparence sont des thèmes importants lors des consultations de jeunes» qui téléphonent plusieurs fois par jour au 147 à ce sujet. Par ailleurs, une de leurs enquêtes représentatives «confirme que les images de corps parfaits véhiculées (par les médias) exercent une forte pression psychologique, qui peut être accentuée par les médias sociaux». Or, «52% des jeunes indiquent qu’ils se comparent sur Facebook, 41% sur internet en général, 37% sur Instagram et seulement 28% à la télévision, 20% dans les magazines, 12% dans les journaux». Selon quels codes nous mettons-nous le plus souvent en scène? Dans nos ateliers, le constat se répète depuis de nombreuses années. Malgré nos invites à créer des portraits autant souriants que sérieux, en variant l’angle de l’appareil photo, les garçons se photographient souvent en contre-plongée – avec des attitudes imposantes –, les filles essaient volontiers la plongée avec un air tout gentil. Bien sûr, chacun déclare ne pas être influencé par les modèles des médias… Portrait, autoportrait ou selfie, quels sont les enjeux pour nous? L’artiste qui s’implique dans un autoportrait – peint ou photographié – interroge son enveloppe charnelle, son devenir. L’introspection prend place dans un processus de dialogue entre intérieur et exté- rieur, entre visible et invisible. Le résultat peut être torturé. Les selfies participent davantage d’une façon de (se) rappeler qu’on y était. On fige un instant comme pour prolonger un présent que nous peinons à vivre sur le moment, et nous cherchons à multiplier l’expérience furtive, en partageant la preuve par l’image.

Le «réflexe selfie» nous pousse parfois à nous photographier même lors d’un enterrement, dans l’intimité, ou quand nous nous trouvons témoin d’une agression ou d’un accident. Nous cherchons sans doute aussi à apprivoiser ce regard extérieur sur nous-mêmes. L’historien d’art John Berger tout comme le sociologue Erving Goffman rappellent, chacun à sa façon, que le plus souvent, les hommes regardent et les femmes (se) voient à travers le regard des hommes qu’elles ont intériorisé. Toutefois, entourés de miroirs et de smartphones, nous sommes de plus en plus nombreux à dépendre du regard des autres au point de nous voir avec un regard aliéné. C’est ainsi que nous perdons le contact avec notre être pour nous focaliser sur le paraître. Se vivre de l’intérieur est pourtant essentiel et se comparer constamment à des modèles médias impossibles – ou à des collègues mis en scène – nuit gravement à notre santé, en troublant l’estime et l’image de soi. En novembre dernier, une jeune blogueuse australienne a secoué les réseaux sociaux en racontant l’envers du décor de ses selfies «parfaits». Sa démarche dé- nonce la superficialité et la malhonnêteté des clichés mis en ligne par les «stars du net», qui ne correspondent pas à ce qu’elle appelle «la vraie vie». Outre la mise en scène des photos et le parrainage par les marques, elle explique le mal-être qu’elle ressentait à être «accro aux réseaux sociaux, à l’approbation des autres, aux statuts, et à son apparence physique». «Le respect dans un monde numérique» est la thé- matique de la Semaine des médias qui se tient du 7 au 11 mars 2016. L’occasion pour les élèves de différents âges d’interroger leurs pratiques en matière de selfie ou d’avatar. Au-delà de la dimension jouissive de la mascarade, comment nous mettons-nous en scène et selon quels canons esthétiques intériorisés? Jusqu’où aller au quotidien? Se modifier constamment pour ressembler à une célébrité ou se tourner vers des soins qui révèlent le meilleur de soi?

Sources «A 19 ans, ce mannequin dévoile la vérité cachée derrière ses photos Instagram», Nouvel Obs, 3.11.2015 Un test pour l’estime de soi: www.ciao.ch/f/estime_de_soi/infos/ 21b6a0f0bb4011df90eadfa10c9bb08cb08c/5-2-apprendre_a_s-accepter/ Deux fiches pour la Semaine des médias avec les études citées dans cet article: www.e-media.ch/documents/showFile.asp?ID=7714 pour la fiche destinée au primaire et www.e-media.ch/documents/showFile. asp?ID=7715 pour le CO et PO (rev. formulation)

La fondation images et société organise des ateliers de décod’image en soutien aux objectifs du PER, en particulier dans les domaines MITIC, FG, CT. Le but est de multiplier les éclairages sur les images médias pour mieux cerner leur impact sur nous à tout âge et renforcer notre espace de choix. Des personnes de l’éducation et de la santé peuvent également être formées à notre approche. Voir www.imagesetsociete.org

Eva Saro et son équipe, fondation images et société

(Source: Revue L’Educateur, 19 février 2016)

Ecole romande: la peur des médias sociaux

La formation générale MITIC du Plan d’étude romand (PER) pourrait bénéficier de l’exploitation pédagogique des médias sociaux en classe.

Savez-vous que les deux tiers des enfants de treize ans utilisent tous les jours ou presque un réseau social pour s’informer et communiquer avec leurs pairs?

Les jeunes vivant en Suisse sont toutes et tous équipé-e-s d’un smartphone utilisé intensément pour communiquer et s’informer. Selon l’étude JAMES près de 90% des jeunes ont un compte sur un réseau social. A treize ans, la moitié interviennent quotidiennement ou plusieurs fois par semaine sur Facebook. Les 18-19 ans sont 91%. Instagram a aussi la cote pour poster des photos de même que Google+ qui est en forte progression. La plupart ont plusieurs comptes, ce qui signifie que le pourcentage des jeunes qui font un usage intense des médias sociaux est bien plus élevé.

L’audience de la presse diminue. L’audience du journalisme d’information diminue tandis qu’augmente la consommation de contenus d’info-divertissement à forte charge émotionnelle et sans mise en perspective, révèle la dernière étude sur la qualité des médias de l’Université de Zürich (étude fög). La part de jeunes adultes qui s’informent régulièrement par les journaux imprimés payant, la télévision et la radio diminue. Simultanément on observe que croît la part des jeunes qui cherchent à s’informer par des canaux alternatifs aux médias traditionnels, avant tout par les médias sociaux.

La propagation des nouvelles par bouche à oreille augmente. Un nouveau phénomène se fait jour chez les adolescent-e-s et les jeunes adultes: le partage d’information sur le mode de la propagation virale par les réseaux sociaux. Voie royale pour la diffusion de rumeurs et la désinformation. D’un clic on retransmet ou on «like» l’information, avant même d’avoir envisagé les conséquences de son action.

Par ailleurs, les stratégies marketing des marques exploitent les réseaux sociaux pour communiquer directement, librement, avec les jeunes en les incitant par des contenus attractifs ou des jeux à se faire leurs agents auprès de leurs ami-e-s ou contacts. Or distinguer information et publicité ne semble pas aller de soi. Une récente étude réalisée en Grande-Bretagne révèle que 60% des jeunes âgé-e-s de 12 à 15 ans n’identifient pas les liens sponsorisés qui résultent d’une recherche avec Google comme de la publicité (lire l’article). Pour les plus jeunes, c’est encore pire!

Suspicion vis-à-vis des écrans. En quelques années, les réseaux sociaux se sont répandus dans le grand public. Dans le même temps où les pratiques culturelles et les habitudes de vie des jeunes ont profondément changé consacrant les écrans comme support privilégié de la communication et de l’accès à l’information, on constate que les milieux de l’éducation les considèrent avec suspicion. Entre l’école et les jeunes, il y a un grand fossé numérique (lire l’article «L’école et les jeunes, le grand écart du numérique»).

En Suisse romande, les discours dominants sur les réseaux sociaux sont focalisés sur les risques et les dangers. Bien réels, certes, mais ceux qui tiennent ces propos ne s’intéressent que peu aux aspects positifs comme le fait que ces nouveaux moyens permettent de favoriser les échanges et la collaboration. Des journées cantonales, des conférences, des ateliers, des sites et des pages web, des guides, des flyers, des bandes dessinées, des albums illustrés, des jeux vidéo, des fil Twitter, des pages Facebook ont pour leitmotiv la prévention et la promotion de la santé vis-à-vis des écrans en général et de l’usage des réseaux sociaux en particulier. Offices fédéraux, cantons, communes, établissements scolaires, associations de parents, ONG proposent des mesures de prévention et communiquent à ce sujet. C’est une véritable croisade!

Et la pédagogie des médias dans tout cela? Elle y tient une place secondaire ou est simplement totalement ignorée. Peut-on raisonnablement développer les compétences médiatiques des jeunes comme le prévoit le Plan d’étude romand (PER), en particulier vis-à-vis de cette nouvelle espèce de média, sans les utiliser dans un cadre éducatif. En Suisse romande, on semble le croire tant sont rares les propos qui envisagent les usages scolaires des réseaux sociaux. Pourtant les digital natives ont appris à utiliser les médias sociaux par eux-mêmes et avec leurs pairs. Quel danger y aurait-il à s’en servir en classe, puisqu’ils/elles les utilisent déjà massivement?

Outre la prévention qui pourrait bénéficier de conseils donnés en situation par les pédagogues, les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme outils au service d’objectifs pédagogiques les plus variés. Par exemple, en diffusant des contenus informatifs par le truchement d’un journal de classe ou d’établissement. La communication avec les parents pourrait aussi en bénéficier.

Renforcer les compétences de l’ensemble des élèves de chaque classe d’âge à utiliser les médias numériques de façon responsable est une mission fondamentale de l’école publique pour éviter la fracture numérique entre jeunes provenant de milieux sociaux différents.

Peut-on en attendre des plus-values pédagogiques des médias sociaux?Oui, bien sûr: développer l’esprit critique, favoriser l’autonomie, entretenir la motivation, développer la collaboration, enrichir les moyens d’expression (écrite et audiovisuelle), développer les compétences communicationnelles. En Belgique, on l’a bien compris. La Fédération Wallonie-Bruxelles communique pour montrer tous les bénéfices que l’on peut tirer des usages scolaires des réseaux sociaux. Une brochure vient de paraître: A la conquête des réseaux sociaux dans l’enseignement: usages professionnels et pédagogiques (lire la brochure). Tout un programme!

La ministre de l’éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles déclare dans son introduction: «À l’heure d’une transition vers le numérique annoncée, le défi est lancé: exploiter les réseaux sociaux pour en faire un usage pédagogique et offrir ainsi une plus-value à tous les enseignements!». Voilà qui tranche avec les discours timorés de Suisse romande.

(Source: blog de Jean-Claude Domenjoz)


Références

Formation générale MITIC, Plan d’étude romand (PER), Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Isabel Willemse et al, JAMES – Jeunes, activités, médias – enquête Suisse, Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Zurich, 2014.

Qualité des médias, Forschungsinstitut Öffentlichkeit und Gesellschaft (FOEG), Universität Zürich, 2015.

Henry Mance, «Young ‘digital natives’ naive about internet advertising», Financial Times, 20 November 2015.

A la conquête des réseaux sociaux dans l’enseignement, Cellule Projets TICE, Fédération Wallonie-Bruxelles, septembre 2015.

De gros nuages à l’horizon des médias suisses

Les Suisses consomment toujours plus d’informations en ligne, au détriment des médias traditionnels que sont les journaux, radios et chaînes de télévision.

Cette tendance de fond est confirmée par l’Institut de recherche Fög de l’Université de Zurich. Son sixième rapport annuel à l’origine de ce constat ne surprend pas et il suscite comme chaque fois des interrogations, voire des controverses, au sujet de l’évolution de la qualité des médias en Suisse.

On y apprend en particulier que les jeunes adultes de 16 à 29 ans s’informent de moins en moins à travers les médias classiques: presse imprimée, radio et télévision. Entre 2009 et 2015, la proportion de jeunes adultes consultant régulièrement les journaux imprimés par abonnement est passée de 44% à seulement 26%. Pour la télévision, cette part est passée de 65% à 39% et pour la radio, de 66% à 43%.

Autre fait significatif chez les jeunes adultes: le recul de leur intérêt pour l’information proposée par les médias classiques n’est pas pour autant compensé par une utilisation accrue des médias en ligne; car l’information qu’ils consomment sur les réseaux est souvent de qualité médiocre, chargée d’émotion, événementielle et sans mise en perspective. Donc, l’attrait de l’information pour cette catégorie de jeunes adultes est en baisse de manière générale, quels que soient les vecteurs utilisés.

L’Institut Fög étudie aussi l’évolution des médias helvétiques en examinant le type d’information proposé aux consommateurs. Il en ressort que la tendance générale est à l’augmentation des soft news au détriment des hard news. Autrement dit les nouvelles de divertissement se développent beaucoup plus rapidement que les nouvelles considérées comme plus sérieuses. Ceci surtout à cause des réseaux sociaux principalement, mais aussi des journaux gratuits, qui dominent le marché des deux côtés de la Sarine. Et ces derniers ne sont pas sans influencer indirectement les choix rédactionnels des autres quotidiens, qui craignent de perdre des lecteurs en n’offrant pas aussi de l’info-divertissement. […]

La numérisation du paysage médiatique helvétique se poursuit et affaiblit financièrement les médias classiques. Pour lutter contre l’érosion, les journaux ont développé en parallèle des sites web. Cependant, le succès n’est pas pour autant au rendez-vous. La propension à obtenir des informations en ligne sur des sites payants reste faible et les recettes publicitaires sont loin de correspondre aux attentes.

Ces difficultés structurelles conduisent à multiplier les synergies et les fusions dans la presse. Et, aujourd’hui, on constate ainsi qu’en Suisse romande, près de 80% de la presse est contrôlée par deux groupes seulement: Tamedia et Ringier. L’institut Fög ne cache pas qu’il déplore cette forte concentration de la presse dans notre pays.

Mais peut-on renverser cette tendance de fond? Cela paraît bien utopique. Car les changements brutaux à l’œuvre dans le paysage médiatique s’expliquent à l’évidence par la modification de paradigmes fondamentaux.

Pour Emily Bell, professeure à l’Université de Columbia à New York et spécialiste reconnue des nouveaux réseaux numériques, on doit prévoir le pire (Das Magazin n° 44, 30 octobre 2015). Les journaux imprimés sont encore solides. Mais ils meurent lentement, affirme-t-elle. On se trouve au début d’une seconde révolution industrielle.

La plus grande faute des éditeurs de journaux, selon elle, est de vouloir garder des liens rédactionnels et budgétaires entre les entités de l’écrit et du numérique. Ce sont deux mondes totalement différents qui ne peuvent fonctionner de concert. Chacun a sa propre spécificité. Le journaliste web travaille avec d’autres outils et standards. On parle déjà de robot-journaliste, de journaliste-analyste des données et il n’est pas impossible qu’on en vienne bientôt à ce que des algorithmes établissent un nouvel art pour cette profession.

Pour l’instant, chaque jour ou presque des nouveautés techniques émergent du paysage numérique, plus ou moins innovantes et excitantes. Relevons à ce propos que les journalistes romands ne sont pas à la traîne, du moins au niveau de l’intérêt. On peut s’en rendre compte, par exemple, en participant au groupe fermé Etre journaliste au 21e siècle sur Facebook. Il est animé par Magali Philip, journaliste férue de data-journalisme et au courant des nouveautés qui fusent à jet numérique continu. […]

De plus, les géants de l’Internet que sont Google, Apple, Facebook et d’autres lorgnent de plus en plus du côté de l’information et développent déjà des partenariats avec des éditeurs classiques. Ces gigantesques forces de frappe, appuyées sur des capacités financières incomparables, risquent de faire très mal et de laisser pas mal de cadavres au sein des groupes de presse traditionnels. […]

La presse helvétique arrivera-t-elle à jouer un rôle sur une scène mondialisée occupée par des protagonistes hyper-puissants? Les acteurs les plus entreprenants auront sans doute plus de chance de s’en sortir. Mais à quel prix? La qualité de l’information va-t-elle encore chuter? Questions pour l’instant sans réponse.

Aujourd’hui, ce sont surtout les incertitudes qui dominent sur ce que deviendra la presse dans notre pays et ailleurs.

(Source: Domaine public)

Écrans: pitié pour les bébés!

Tablettes, smartphones, consoles de jeu ont envahi les foyers. De récentes études montrent que les bébés sont aussi concernés. Conseils pour les parents, les éducateurs et les éducatrices.

Les appareils interactifs mobiles sont en train de révolutionner l’expérience médiatique des très jeunes enfants. Une récente étude nous apprend que deux tiers des bébés âgés d’une année, jouent, utilisent des applications, ou encore regardent des vidéos sur tablette ou smartphone quotidiennement. La plupart (97%) ont commencé à utiliser des appareils mobiles avant l’âge d’un an. Presque tous (84%) regardent quotidiennement la télévision avant leur premier anniversaire. Les applications Youtube et Netflix sont très populaires pour regarder des vidéos. Deux tiers des parents les mettent devant un écran pour les faire tenir tranquille (65%), principalement lorsqu’ils font le ménage. C’est pourquoi sans doute les bambins ont appris à se débrouiller seul: la plupart des enfants de 3 et 4 ans utilisent des appareils mobiles sans aide.

Ce n’est pas une galéjade. Ce sont quelques-uns des résultats d’une très sérieuse étude effectuée en octobre et novembre 2014 à Philadelphie (Pennsylvanie) qui viennent d’être publiés dans la revue de l’Académie américaine de pédiatrie (lire l’article).

Cela nous concerne pas, les Américains sont connus pour leurs excès, diront certains. Ne sont-ils pas déjà les plus grands consommateurs de télévision au monde! Voire. Une autre étude très fouillée récente réalisée en Belgique (Office de la Naissance et de l’Enfance, ONE et Conseil supérieur de l’éducation aux médias, CSEM) met en évidence que l’usage des écrans par les enfants dès le berceau est une tendance lourde en Europe aussi (lire l’étude). A l’âge d’un an, un tiers des poupons en Wallonie-Bruxelles regardent la télévision ou des vidéos enregistrées. Les usages se répandent rapidement à mesure qu’ils grandissent. Dans leur troisième année, 53% regardent la télévision, 82% des vidéos, 32% jouent à des jeux sur écran. A l’âge de six ans ces pratiques sont installées chez environ 80% des enfants…

Conséquences de la consommation non maîtrisée d’écrans de toutes sortes. Exposer les nourrissons quotidiennement à des images vidéos et à l’usage d’appareils multimédias interactifs aura des conséquences sur leur développement cognitif, émotionnel et social. Un usage intense est susceptible de causer des effets sur l’humeur, le comportement et les apprentissages qui n’ont pas encore été suffisamment étudiés. Sans parler des effets pernicieux possibles sur leur développement physique. Des professionnels s’en inquiètent (lire l’article). A l’école, de sérieuses répercussions sont à craindre dans les classes qui accueilleront les enfants qui auront été exposés durablement. Leurs habitudes de consommation des médias aussi bien que leurs goûts vont perdurer et il sera difficile de les infléchir. Pensons aux problèmes d’attention qui perturbent déjà grandement le travail scolaire. Il faut donc agir en amont déjà.

Les parents et professionnel-le-s de la petite enfance interrogé-e-s en Belgique considèrent l’usage des écrans par les jeunes enfants comme globalement défavorable à leur épanouissement. Cependant, ces parents ont manifesté leur désir d’accompagner leurs enfants plutôt que les éloigner des écrans, mais peinent à identifier les conduites positives à adopter.

Que peuvent faire les parents, les éducateurs et les éducatrices? Le psychiatre et psychologue Serge Tisseron, qui a consacré une grande partie de sa carrière aux relations que nous entretenons avec les images et aux bouleversements psychiques et sociaux entraînés par le numérique, a élaboré quelques repères simples synthétisés dans la règle des «3-6-9-12» (voir l’affichette). Soit les comportements à adopter avec des enfants de moins de 3 ans, de 3 à 6 ans et ainsi de suite. Les principes de portée générale concernent les enfants de tout âge. Ils portent sur la limitation du temps d’écran et l’apprentissage de l’autorégulation, le choix des programmes, l’invitation à parler de ce qu’ils ont vu ou fait et la stimulation de leur créativité. Pour chaque âge des conseils spécifiques sont proposés. Avant 3 ans, Serge Tisseron recommande d’éviter l’exposition des enfants à la télévision et de favoriser les jeux traditionnels ainsi que les activités ludiques qu’ils inventent, quitte à ce qu’ils s’ennuient parfois. La tablette numérique n’est pas totalement proscrite, mais seulement dans le cadre d’une activité de jeu avec un adulte. Cela semble aller de soi.

Un nouveau champ de l’éducation aux médias s’ouvre pour les tout-petits. Epargnons les bébés!

(Source: Blog de Jean-Claude Domenjoz)

La Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) publie une première étude sur le comportement des enfants en matière d’utilisation des médias

Les enfants utilisent des médias quotidiennement dès l’école primaire et non, comme on le croit souvent, seulement à l’adolescence. Presque tous les ménages avec enfants possèdent un téléphone mobile ou un smartphone, une télévision et un ordinateur, ainsi qu’un accès à Internet. Pour la première fois, une étude menée à l’échelle nationale s’est penchée sur les expériences faites par les enfants avec les médias. La Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) publie aujourd’hui l’étude MIKE (Medien, Interaktion, Kinder, Eltern), qui a interrogé 1065 enfants de 6 à 13 ans et 641 parents provenant des trois grandes régions linguistiques du pays.

Malgré l’ampleur de l’offre numérique, le jeu demeure l’activité de loisir la plus pratiquée. Les enfants écoutent de la musique, regardent la télévision et lisent des livres, mais ne consacrent pas plus de temps aux médias qu’aux contacts avec leurs amis, à la pratique d’un sport ou aux activités en famille. Le comportement des enfants en matière d’utilisation des médias évolue au cours de l’école primaire et les plus âgés utilisent plus fréquemment le téléphone mobile et Internet.

52 % des enfants possèdent leur propre téléphone mobile et ils sont 69 % à en utiliser un au moins de temps en temps. Bien qu’ils soient encore nombreux à ne pas en posséder ni à en utiliser régulièrement, les enfants placent le téléphone mobile au premier rang de leurs préférences en ce qui concerne les appareils. 76 % des élèves du secondaire inférieur consultent au moins une fois par semaine YouTube, qui devance encore WhatsApp et Instagram dans la liste des applications préférées.

Pour ce qui est des contenus télévisuels ou de l’Internet, les enfants font nettement plus d’expériences positives que négatives. Les parents et les enfants s’influencent mutuellement dans leur utilisation des médias et se servent souvent des mêmes types de médias à la même fréquence, à l’exception des jeux vidéos. 25 % des enfants jouent quotidiennement ou presque à des jeux vidéos. 13 % des enfants, contre 33 % des 12-13 ans, avouent utiliser au moins une fois par semaine leur téléphone mobile à l’heure où ils devraient dormir. Les contenus médiatiques violents et pornographiques constituent les principales préoccupations des parents.

A propos de l’étude MIKE

(Source: Jeunes et Médias)

Le numérique ne fait pas de miracles à l’école

Selon une étude de l’OCDE, les pays qui ont investi massivement dans le numérique n’ont pas enregistré d’amélioration notable des résultats.

Il ne suffit pas d’équiper massivement les élèves et leurs classes d’outils numériques pour obtenir une amélioration des résultats, encore faut-il y former les enseignants et bien définir des finalités pédagogiques, selon une étude de l’OCDE […].

Les pays qui ont beaucoup investi dans le numérique n’ont pas enregistré d’amélioration notable des résultats en compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a étudié pour la première fois les compétences numériques des élèves de quinze ans, à partir des données recueillies lors de l’édition 2012 de son enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

Malgré l’omniprésence des nouvelles technologies dans notre vie quotidienne, elles ne sont pas encore largement répandues dans l’éducation, relève l’OCDE. Lorsqu’elles sont effectivement utilisées en classe, «leur incidence sur la performance des élèves est mitigée, dans le meilleur des cas».

«Ce n’est pas forcément parce qu’on utilise le numérique de façon intensive à l’école qu’on réussit bien aux tests numériques», explique Éric Charbonnier, analyste éducation à l’OCDE. Ces tests portent sur la compréhension de l’écrit électronique, mais aussi sur la «navigation ciblée», autrement dit la capacité à trouver la réponse à des questions en cliquant sur une succession de liens internet pertinents. […]

«Pour réduire les inégalités dans la capacité à tirer profit des outils numériques, les pays doivent avant tout améliorer l’équité de leur système d’éducation», estime donc l’OCDE. […]

«Ce n’est pas la quantité de l’utilisation» du numérique «qui compte, c’est la qualité», estime Francesco Avvisati, analyste à l’OCDE. L’exemple australien montre que le numérique à l’école apporte quelque chose si les professeurs sont formés ou ont de l’expérience.

En revanche, «les pays qui ont donné la priorité à l’équipement ont une tendance plus négative», comme la Pologne. Pour que les nouvelles technologies soient efficaces, «il faut partir des usages», «répondre à des finalités pédagogiques», selon Francesco Avvisati.

On a probablement surestimé les compétences numériques des professeurs et des élèves, souligne dans le rapport Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE. «Combien d’enfants choisiraient de jouer à un jeu vidéo s’il était de la même (mauvaise) qualité que les logiciels que l’on trouve dans des nombreuses classes?» relève-t-il aussi. […]

(Source: 24heures)

 

«Ne dites surtout pas aux jeunes que leurs amis Facebook sont virtuels!»

Loin d’être alarmiste, la sociologue genevoise Claire Balleys jette un regard nouveau sur l’ultra-connectivité des jeunes. Pour elle, sociabilité réelle et sociabilité virtuelle ne sauraient être mises en opposition.

Facebook, Snapchat, Whatsapp, jeux en réseau: les jeunes passent leurs journées les yeux rivés sur leur smartphone. De quoi s’inquiéter?

Nous vivons dans une société qui adore s’inquiéter, surtout pour les jeunes. Effectivement, ces outils occupent une grande place dans la vie des ados. Mais ils leur permettent de rester connectés entre eux, de construire, de maintenir les liens d’amitié, les premières relations amoureuses. Ils ne sont donc pas seuls avec leur machine, ils s’en servent pour communiquer avec les autres. Alors oui, ils y passent beaucoup de temps, trop certainement, mais si on pense qu’internet est juste dangereux, on passe à côté de tout ce qui compte dans la vie des ados…

Il s’agit tout de même de fixer des limites!

Bien sûr. D’autant que beaucoup de jeunes considèrent leur smartphone un peu comme un doudou, ils aiment l’avoir sous l’oreiller quand ils s’endorment. Or, s’ils y passent trop de temps au détriment de leur sommeil, leur santé peut en souffrir. C’est aux parents de poser un cadre, ce qui n’est pas forcément facile: ils n’arrivent pas toujours à prendre le téléphone à leur enfant au moment du coucher.

N’y a-t-il pas également un risque qu’ils passent trop de temps à tisser des liens uniquement virtuels?

Non, parce que ce qui les intéresse, c’est d’être connectés avec les gens qu’ils connaissent. Avec les amis les plus proches, les bandes de copains, les camarades de classe, les membres du club de foot, etc. Il n’y a donc pas d’opposition entre la sociabilité du monde réel et celle du monde virtuel. Cela fonctionne comme des vases communicants.

C’est-à-dire?

Il y a une continuité: tout ce qui se passe à l’école va être débattu le soir sur Whatsapp, et tout ce qui est échangé sur Snapchat va être sujet de discussion à l’école le lendemain. Il ne faut surtout pas dire aux jeunes que leurs amis Facebook sont des amis virtuels!

Mais que penser d’un ado qui préfère chatter une après-midi avec son pote sur Whatsapp alors qu’il aurait la possibilité de le voir?

Pour les jeunes, ces outils ont un facteur désinhibant. Ils osent dire plus de choses via un écran, et ce, pour le meilleur comme pour le pire, pour les insultes et les déclarations d’amour et d’amitié. Ils s’aventureront plus à se dire je t’aime sur les réseaux sociaux qu’en vrai. Il y a même un phénomène de surenchère dans ces déclarations. Cela dit, je ne pense pas que ça les empêche de se rencontrer, ce n’est en tout cas pas ce que montrent les études. A l’âge du gymnase notamment, ils sont moins connectés, ils ont davantage le droit de sortir, et peuvent donc se voir en vrai.

Même lorsqu’ils se voient, ils ont les yeux rivés sur leur smartphone…

Oui, mais c’est comme ça que ça marche aujourd’hui. Ils sont ensemble, ils communiquent, ils voient quelque chose qui les amuse, le montrent aux autres. C’est aussi un moment de partage, au service du lien social.

De quelle autre manière les réseaux ont-il influencé la sociabilité des adolescents?

Ce qui a le plus changé, c’est la visibilité. Aujourd’hui, tout se sait plus, et il y a une forme de matérialisation. Je m’explique: avant, on savait que deux adolescentes étaient meilleures amies lorsqu’elles passaient du temps ensemble. Ou alors on entendait la rumeur qu’un nouveau couple s’était formé. Tout cela circulait de manière orale, non figée, non matérielle. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, ce qui était de l’ordre de l’implicite devient explicite, tout existe sous forme écrite, tout est publié, accessible en ligne. Ce passage à l’écrit est très nouveau. Et cela implique un devoir de témoignage, il s’agit de tout documenter.

Par exemple?

Si une adolescente ne publie rien sur le mur Facebook de sa meilleure amie, si elle ne poste aucune photo d’elles deux sur Instagram, c’est louche. Cela veut dire que ce n’est pas une vraie relation, qu’elle n’est pas authentique. De même que si un garçon ne fait pas exister sa toute nouvelle histoire d’amour sur les médias sociaux, il y a suspicion: les autres se demandent s’il a honte, s’il n’assume pas son couple, s’il veut faire croire qu’il est toujours libre…

C’est une lourde pression, ce devoir de témoignage!

Oui, effectivement. D’autant que pour être visible sur les réseaux, il s’agit d’avoir une vie privée à valoriser. C’est une injonction sentimentale. Il faut avoir des amis proches. Ce n’est pas uniquement une question de quantité, mais aussi de qualité. Il faut montrer qu’on a des vrais amis, avec qui on partage quelque chose d’intime, d’exclusif. Ceux qui n’en ont pas sont désignés comme des sans-amis: c’est une figure de rejet total. Avoir des amis, des relations amoureuses, c’est aussi montrer qu’on est un grand: le principal souci des enfants qui sortent de l’école primaire.

Et les réseaux sociaux exacerbent tout cela…

Exactement. Mais la logique est la même qu’avant, lorsqu’on traversait le village avec sa copine sur sa mobylette. Les ados ont toujours eu une vision très collective du couple, de l’amitié, des liens sociaux. Ce n’est pas nouveau, de même que la pression de se soumettre au regard des autres.

Qu’en est-il de la tendance à se mettre en scène, notamment avec les selfies?

Cette théâtralisation est en effet très importante, mais elle a toujours existé. Il y a toujours eu les jeunes avec les bons looks, les bons habits. Bien sûr, les selfies ont renforcé cette mouvance, avec des effets de pose, de stylisation: les jeunes deviennent assez pros en la matière. Cependant, on a tendance à oublier que c’est un phénomène de société beaucoup plus large, qui ne touche pas uniquement les ados. Et il ne faut pas perdre de vue que ces enfants vivent avec un appareil photo braqué sur leur visage depuis leur premier jour. C’est facile de pointer les jeunes du doigt, les adultes l’ont toujours fait.

Vous parliez du facteur désinhibant des réseaux sociaux, pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Vous pensez au harcèlement?

Oui, exactement. Mais là encore, le phénomène n’est pas nouveau, il n’est pas né avec les réseaux sociaux. Le cyber-harcèlement est toujours le prolongement du harcèlement scolaire. Ce qu’il y a de nouveau, c’est que l’enfant est poursuivi jour et nuit, mais il a toujours la possibilité de se déconnecter. S’il a ce réflexe, les discussions à son encontre se tariront: elles n’ont lieu d’être que si elles peuvent l’atteindre.

Vous ne pensez pas que le cyber-harcèlement soit un réel problème alors?

Attention, je ne cherche pas à minimiser les choses, ce n’est pas mon intention. Mais c’est très important de distinguer ce qui est nouveau de ce qui ne l’est pas, afin de pouvoir agir efficacement.

Il y a aussi ces histoires de jeunes filles qui envoient à leur petit ami des photos intimes…

On est toujours dans cette logique de témoignage. Ce geste est perçu par l’adolescente comme un gage de confiance. De tout temps, les jeunes filles ont bravé des interdits par amour. L’élan n’est pas nouveau. C’est le risque de diffusion qui l’est. A l’époque, avec une photo imprimée, le garçon la montrait peut-être à quelques copains mais cela n’allait pas plus loin. Aujourd’hui le partage est beaucoup plus large, beaucoup plus rapide. Mais il faut savoir que la majorité des garçons gardent pour eux ces images. Ce n’est que quand il y a eu rupture de confiance qu’on en entend parler. Et ce genre de situation n’est pas propre aux ados: on a vu des politiciens se faire prendre au piège.

Au-delà des liens entre ados, on entend souvent des parents se plaindre qu’à la maison, leurs enfants passent tout leur temps sur leur smartphone…

Là encore, c’est aux parents de définir très tôt les contextes dans lesquels les smartphones, les tablettes sont à proscrire. Durant les repas pris en famille par exemple. Mais une certaine cohérence est indispensable: de nombreux papas gardent leur téléphone à table. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large d’individualisation de la société. Et la famille a énormément évolué.

Dans les années cinquante, les enfants n’avaient pas le droit de parler à table, sauf si on leur posait une question. Alors oui, les choses ont changé, mais l’erreur principale des adultes est d’enjoliver systématiquement le passé.

(Source: Migros Magazine)

 

 

Je le sais, je l’ai vu sur internet!

Internet et les réseaux sociaux ont changé la façon dont nous accédons à l’information et dont nous communiquons. Le schéma pyramidal traditionnel de diffusion de l’information et de l’opinion s’effrite et est remplacé petit à petit par un système inversé de libre accès pour tous.

L’un des effets de ce changement est la propension de certaines personnes à s’attribuer une expertise qu’elles n’ont pas après avoir été capable de faire une «recherche» sur internet. La démocratisation de l’information a conduit à une fausse impression de démocratisation de l’expertise.

Le résultat est «l’effet Jenny McCarthy», du nom d’une célébrité qui pense qu’elle peut substituer sa propre opinion de non-expert au consensus solide des experts sur la sécurité et l’efficacité de la vaccination au prétexte qu’elle a fait «ses propres recherches». Elle est un exemple patent de ce que la recherche d’informations sur le web peut conduire quelqu’un à une confiance infondée dans une opinion non scientifique.

Confiance en nos propres connaissances

Le premier écueil a fait l’objet de la publication récente d’une série d’expériences conduites par Matthew Fisher, doctorant en psychologie cognitive de l’université de Yale. Il a observé spécifiquement la recherche en ligne d’informations et la confiance accordée en nos propres connaissances sur le sujet recherché. Bien entendu, si nous cherchons et lisons des informations sur un sujet, notre confiance dans nos connaissances sur ce sujet augmente. Fisher a observé que le public avait une plus grande confiance en ses connaissances même quand il cherchait en ligne sur un sujet plutôt que d’obtenir ces informations directement, quand le sujet ne présentait pas d’informations pertinentes en ligne, quand les informations pertinentes étaient filtrées, ainsi que quand il lisait une information en ligne plutôt qu’en version imprimée. De fait, l’acte de chercher soi-même semblait augmenter la confiance du public dans ses propres connaissances.

Il semble donc que l’accès à une vaste somme de connaissances que l’on peut passer au crible augmente le degré de confiance que l’on accorde en ses propres connaissances, indépendamment de la pertinence de ces connaissances.

Biais de confirmation

La recherche internet est une mine d’informations dans laquelle on peut sélectionner (consciemment ou non) celles de ces informations qui confirment ce que l’on croit déjà ou ce que l’on veut croire. Faire une recherche en ligne sur la vaccination donnera des tonnes d’informations soutenant sa sécurité et efficacité, tandis que quantité d’autres informations rabaisseront la vaccination. Pour n’importe quel sujet polémique, le résultat sera le même.

Le biais de confirmation est puissant et dangereux, spécifiquement parce qu’il donne l’illusion que les données soutiennent nos croyances car nous ne percevons pas le point auquel nous avons filtrée et biaisée cette recherche.

La version extrême de ce phénomène est ce que nous appelons la «caisse de résonance». Le filtrage de l’information peut être formalisé en ligne au sein de communautés où une seule perspective est exprimée, et l’information soutenant cette perspective est partagée, alors que l’information opposée est filtrée ou directement contredite.

Confusion entre connaissance et expertise

Souvent, des personnes potentiellement très intelligentes, avec un gros bagage de connaissances factuelles, arrivent cependant à des conclusions absurdes dans lesquelles elles placent un haut degré de confiance. Le problème, c’est qu’elles ne s’engagent pas vraiment avec la communauté intellectuelle pertinente.

Il est crucial d’engager la communauté, spécialement pour des domaines de connaissance hautement techniques et complexes. Il peut être très difficile pour un individu de voir la complexité d’un problème sous tous ses angles et de considérer toutes les perspectives. Laissés seuls, nous aurons tendance à nous raconter des histoires satisfaisantes et à devenir de plus en plus confiants dans la véracité de ces histoires. Engager la communauté aura tendance à mettre à l’épreuve ces histoires, conduisant à une compréhension plus profonde et plus nuancée du sujet. C’est là le cœur de la véritable expertise.

Conclusion

Pour éviter qu’internet créée une armée de pseudo-experts bien trop confiants en eux-mêmes, il y a un certain nombre de parades:

  • L’humilité. Ne pensez pas qu’une petite somme de connaissances fasse de vous un expert. Respectez les opinions des vrais experts. (Vous n’avez pas à être d’accord, mais prenez les au moins au sérieux).

  • Comprenez l’avantage inhérent d’un consensus d’experts plutôt que l’opinion des individus.

  • Lorsque vous faites des recherches sur internet, cherchez également des informations allant à l’encontre de vos croyances ou conclusions actuelles. Suspendez votre jugement personnel jusqu’à ce que vous pensiez avoir entendu ce que chacun avait à dire.

  • Comprenez que la recherche en ligne est un piège à biais de confirmation. Google lui-même peut biaiser les résultats de votre recherche. Vous devez contourner cela.

  • Comprenez qu’en plus du biais de confirmation, il y a d’autres biais sur internet, comme les caisses de résonnance, la propagande publicitaire et politique, et les informations délibérément déformées pour soutenir une idéologie. Soyez sur vos gardes quant aux fausses informations, et examinez minutieusement une source avant de vous reposer dessus.

D’après Steven Novella, The Google University Effect; Traduction en français

Questions (cycle 3)

  1. Quels moteurs de recherche connais-tu?

  2. Comment fonctionnent-ils?

  3. Comment peux-tu évaluer la crédibilité d’une information trouvée sur internet?

  4. Dans quels cas et pour quelles raisons une information fausse peut-elle se trouver sur internet?

  5. Qu’est-ce qu’une connaissance scientifique?

  6. Est-ce qu’il t’arrive de diffuser de l’information sur internet? Dans l’affirmative, s’agit-il de connaissances, d’opinions, d’autre chose? Peux-tu citer des exemples?

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