L’école face à la fureur des écrans

Ce n’est pas un scoop, les écrans, tactiles ou non, colonisent notre quotidien Celui des jeunes en particulier. La quasi-totalité des adolescents suisses possèdent un smartphone. D’après la dernière étude James, publiée tout récemment, ces appareils sont avant tout utilisés comme portes d’accès à internet et aux réseaux sociaux. Impossible d’ignorer cette réalité, qui comporte des risques de dérives. Pour ne pas rester les bras croisés, une journée cantonale de prévention intitulée « Les jeunes et les écrans » a attiré mercredi 150 professionnels de l’éducation à Neuchâtel.

« Les médias sociaux ont envahi nos vies, il ne serait pas raisonnable de lutter contre », a souligné la conseillère d’Etat en charge de l’Education, Monika Maire-Hefti. « Mais nous sommes responsables de prévenir les risques. »

Inscrite dans un programme d’action qui se met en place dans les écoles neuchâteloises […], cette journée avait pour objectif de réfléchir à l’influence des technologies d’information et de communication sur la vie et le développement des jeunes, ainsi que sur l’impact de ces processus sur l’école. Des usages irraisonnés, non cadrés, de ces technologies peuvent entraîner des lacunes de sommeil, des difficultés relationnelles. Ils peuvent aussi attiser la violence, verbale et non verbale.

Aussi, pour les adultes, il s’agit de s’informer et de comprendre comment fonctionnent ces nouveaux médias, pour accompagner les jeunes usagers. Lorsqu’on leur explique les enjeux, « les jeunes sont capables de comprendre » , souligne, pour dédramatiser, Sébastien Gendre, responsable de la prévention et de la formation pour l’ONG Action Innocence. La preuve? « 84% des jeunes membres des réseaux sociaux utilisent les paramètres de protection de la sphère privée et limitent l’accès à leur profil » , signale le travailleur social, constatant qu’il y a eu une énorme évolution.

Il s’agit d’entrer dans une ère d’éducation numérique, plutôt que de résister, remarque Sébastien Gendre. Pour le sociologue Olivier Glassey, il s’agit de remettre chacun à sa place: « On parle de ce que font les jeunes en ligne, mais ce sont les adultes qui ont créé ces outils. » A eux d’endosser leur rôle de référents et de montrer l’exemple.

Pour commencer, les adultes seraient bien inspirés d’appliquer eux-mêmes les règles qu’ils imposent aux jeunes. Il est par exemple absurde d’interdire aux adolescents d’employer leur portable à table si on bondit soi-même sur son téléphone lorsqu’il sonne en plein repas.

Par ailleurs, pour les parents et les professionnels de l’éducation, il est indispensable de comprendre pourquoi la plupart des adolescents passent des heures sur les réseaux sociaux. De tout temps, les jeunes ont cherché « des terrains éducatifs désertés par les adultes » , note Sébastien Gendre. Des espaces de liberté nécessaires à leur développement. A ce propos, il est intéressant de constater que « seuls » 59% des 12-13 ans ont un compte Facebook, alors qu’ils sont 82% sur Instagram. Cette migration, explique Sébastien Gendre, est due au fait que les parents et grands-parents sont désormais eux aussi actifs sur Facebook, qui n’est plus réservé aux jeunes.

Les réseaux sociaux semblent aujourd’hui répondre à un réel besoin. L’identité numérique joue un rôle dans la réalisation de soi, l’estime, l’appartenance à un groupe, constate Sébastien Gendre. On se construit une identité en ligne. De là, naît une peur d’être déconnecté, de rater quelque chose. Au lieu d’interdire, il s’agit d’expliquer les enjeux, la nécessité de se protéger, de rappeler que les règles de la vie réelle s’appliquent aussi sur la Toile et que chacun de nos actes laisse des traces en ligne. (Source: Arcinfo)

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