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Écrans: pitié pour les bébés!

Tablettes, smartphones, consoles de jeu ont envahi les foyers. De récentes études montrent que les bébés sont aussi concernés. Conseils pour les parents, les éducateurs et les éducatrices.

Les appareils interactifs mobiles sont en train de révolutionner l’expérience médiatique des très jeunes enfants. Une récente étude nous apprend que deux tiers des bébés âgés d’une année, jouent, utilisent des applications, ou encore regardent des vidéos sur tablette ou smartphone quotidiennement. La plupart (97%) ont commencé à utiliser des appareils mobiles avant l’âge d’un an. Presque tous (84%) regardent quotidiennement la télévision avant leur premier anniversaire. Les applications Youtube et Netflix sont très populaires pour regarder des vidéos. Deux tiers des parents les mettent devant un écran pour les faire tenir tranquille (65%), principalement lorsqu’ils font le ménage. C’est pourquoi sans doute les bambins ont appris à se débrouiller seul: la plupart des enfants de 3 et 4 ans utilisent des appareils mobiles sans aide.

Ce n’est pas une galéjade. Ce sont quelques-uns des résultats d’une très sérieuse étude effectuée en octobre et novembre 2014 à Philadelphie (Pennsylvanie) qui viennent d’être publiés dans la revue de l’Académie américaine de pédiatrie (lire l’article).

Cela nous concerne pas, les Américains sont connus pour leurs excès, diront certains. Ne sont-ils pas déjà les plus grands consommateurs de télévision au monde! Voire. Une autre étude très fouillée récente réalisée en Belgique (Office de la Naissance et de l’Enfance, ONE et Conseil supérieur de l’éducation aux médias, CSEM) met en évidence que l’usage des écrans par les enfants dès le berceau est une tendance lourde en Europe aussi (lire l’étude). A l’âge d’un an, un tiers des poupons en Wallonie-Bruxelles regardent la télévision ou des vidéos enregistrées. Les usages se répandent rapidement à mesure qu’ils grandissent. Dans leur troisième année, 53% regardent la télévision, 82% des vidéos, 32% jouent à des jeux sur écran. A l’âge de six ans ces pratiques sont installées chez environ 80% des enfants…

Conséquences de la consommation non maîtrisée d’écrans de toutes sortes. Exposer les nourrissons quotidiennement à des images vidéos et à l’usage d’appareils multimédias interactifs aura des conséquences sur leur développement cognitif, émotionnel et social. Un usage intense est susceptible de causer des effets sur l’humeur, le comportement et les apprentissages qui n’ont pas encore été suffisamment étudiés. Sans parler des effets pernicieux possibles sur leur développement physique. Des professionnels s’en inquiètent (lire l’article). A l’école, de sérieuses répercussions sont à craindre dans les classes qui accueilleront les enfants qui auront été exposés durablement. Leurs habitudes de consommation des médias aussi bien que leurs goûts vont perdurer et il sera difficile de les infléchir. Pensons aux problèmes d’attention qui perturbent déjà grandement le travail scolaire. Il faut donc agir en amont déjà.

Les parents et professionnel-le-s de la petite enfance interrogé-e-s en Belgique considèrent l’usage des écrans par les jeunes enfants comme globalement défavorable à leur épanouissement. Cependant, ces parents ont manifesté leur désir d’accompagner leurs enfants plutôt que les éloigner des écrans, mais peinent à identifier les conduites positives à adopter.

Que peuvent faire les parents, les éducateurs et les éducatrices? Le psychiatre et psychologue Serge Tisseron, qui a consacré une grande partie de sa carrière aux relations que nous entretenons avec les images et aux bouleversements psychiques et sociaux entraînés par le numérique, a élaboré quelques repères simples synthétisés dans la règle des «3-6-9-12» (voir l’affichette). Soit les comportements à adopter avec des enfants de moins de 3 ans, de 3 à 6 ans et ainsi de suite. Les principes de portée générale concernent les enfants de tout âge. Ils portent sur la limitation du temps d’écran et l’apprentissage de l’autorégulation, le choix des programmes, l’invitation à parler de ce qu’ils ont vu ou fait et la stimulation de leur créativité. Pour chaque âge des conseils spécifiques sont proposés. Avant 3 ans, Serge Tisseron recommande d’éviter l’exposition des enfants à la télévision et de favoriser les jeux traditionnels ainsi que les activités ludiques qu’ils inventent, quitte à ce qu’ils s’ennuient parfois. La tablette numérique n’est pas totalement proscrite, mais seulement dans le cadre d’une activité de jeu avec un adulte. Cela semble aller de soi.

Un nouveau champ de l’éducation aux médias s’ouvre pour les tout-petits. Epargnons les bébés!

(Source: Blog de Jean-Claude Domenjoz)

Théorie du complot, intox … J’éduque mes élèves à discerner les vraies infos sur le net

Alors qu’internet et les nouvelles technologies occupent de plus en plus de place dans nos vies, ne faudrait-il pas enseigner des compétences supplémentaires aux enfants? Par exemple, apprendre à coder. Ou encore savoir faire le tri parmi tout ce que l’on trouve sur le web. C’est l’atelier pédagogique qu’a monté pour ses élèves Rose-Marie Farinella Elkabbach, enseignante. Elle raconte.

Apprendre à se repérer sur la toile avec un esprit critique pour devenir des e-citoyens avertis, qui consomment et produisent des informations de manière responsable, sans se faire berner ni manipuler : tel est l’enjeu d’un projet inédit d’éducation aux médias que je viens d’expérimenter auprès d’enfants de 10-11 ans.

 

Jeudi dernier a eu lieu une cérémonie de remise des diplômes « d’apprenti hoaxbuster« . Une première en son genre. Des élèves de CM2 de l’école primaire de Taninges ont prêté serment sur la tête de la souris de leur ordinateur : « Avant d’utiliser ou de transmettre une information, toujours, je la vérifierai ». Une attestation largement méritée.

Au cours des huit séances de 1h30, ils se sont tous, sans exception, donnés à fond dans mon projet « info ou intox sur internet, comment faire la différence ? ». […]

Les résultats concluants des évaluations prouvent que l’on peut aborder cette problématique avec des enfants aussi jeunes. En témoignent également les bilans détaillés des séances avec photos et enregistrements sonores ainsi que l’exposition d’affiches réalisées par les élèves sur « les règles et conseils de prudence pour naviguer sur internet et les réseaux sociaux ». Des documents en ligne sur le site de l’inspection de l’Education Nationale de Cluses.

Pour reconnaître une « fausse information », il a d’abord fallu comprendre ce qu’est une « vraie » info. Comment elle est traitée, mise en page, diffusée.

Observer la différence entre publicité et rédactionnel. Explorer les différents médias et le métier de journaliste. Une profession qui exige un travail scrupuleux de collecte, de vérification, de tri, d’analyse et de synthèse des faits.

Pour appréhender les notions d’objectivité et de subjectivité, les élèves ont fait des jeux de rôles, inventé des situations, se sont mis dans la peau de reportersEn couvrant une manifestation contre la chasse, ils ont su qui interroger – des chasseurs aux écologistes,  en passant par le maire et même le ministre de la défense des animaux – et quelles questions pertinentes poser.

Ils ont découvert l’importance de confronter les différents points de vue, souvent contradictoires, des protagonistes concernés par un événement, ainsi que la difficulté d’être impartial.

Pas facile de rendre compte avec neutralité d’un match de foot Taninges/Saint Jeoire quand son cœur penche pour une équipe. Distanciation et esprit critique sont nécessaires pour aborder une information et se forger sa propre opinion. Un esprit critique qui doit être d’autant plus aiguisé pour se repérer dans le dédale de la toile, où n’importe qui peut écrire et publier n’importe quoi, sans être soumis à aucune règle déontologique.

 

Alors, infos ou intox, comment faire la différence ? La mise en page des vrais et faux sites d’informations est très similaire. En comparant les « unes » du « Figaro » et du « Gorafi », les enfants ont compris combien sur le net l’apparence est trompeuse.

Parfois le mensonge saute aux yeux, comme par exemple ce groupe d’élèves qui a trouvé un document traitant des guerres napoléoniennes contre… Vercingétorix. Mais malheureusement, faire le tri entre le bon grain et l’ivraie n’est pas toujours aussi aisé.

Certains se laissent tenter par la première info qui leur tombe sous la main et le résultat est plus qu’aléatoire. Un exposé à faire sur l’égalité, et la première ressource proposée par votre moteur de recherche est le site « Egalité et Réconciliation ». Pour l’instant, les robots des moteurs de recherche se contrefichent de la qualité ou de la validité d’une information. A l’internaute de se débrouiller tout seul.

Une information n’est fiable qu’à la condition que sa source soit sûre. Pour vérifier sa véracité, les élèves ont pénétré au cœur de l’information en la disséquant méthodiquement : qui en est l’auteur, à quelle date, dans quel média, sur quel site est-elle parue, le site est-il fiable, sérieux ? De quel événement est-il question ? Où, quand, avec qui, comment, pourquoi a-t-il eu lieu ?

Quand ils ont présenté aux camarades des autres classes, « Les infaux du Haut Giffre », leur journal truffé de fausses infos, qu’ils venaient de rédiger, ils ont été sidérés de constater la crédulité de leur auditoire.

Personne ne s’était posé de questions sur la véracité des infos lues. Ils se sont transformés en petits détectives pour démasquer les hoax sur le web  en traquant les indices, identifiant les sources, croisant les informations et décortiquant textes et photos pour évaluer leur fiabilité. Ils étaient très fiers de connaître des astuces de vrais hoaxbusters telles que cliquer sur l’onglet « A propos », « Qui sommes-nous ? » ou « Mentions légales » pour démarrer leur investigation.

Ou encore uploader une photo dans Google image pour retrouver où et quand elle a été postée, une méthode de vérification efficace dont Ségolène Malterre, journaliste à France 24 fait la démonstration dans son excellente enquête « info ou intox, comment déjouer les pièges« , avec une photo ayant fait le buzz sur Twitter d’une fillette recouverte de boue, serrant son ours en peluche contre son cœur, photographiée pendant la guerre en Ukraine, alors que le cliché avait été pris en Australie, quatre ans avant le conflit.

Pour prouver qu’on peut facilement inventer une légende, les élèves se sont amusés à en imaginer à leur tour : « petite fille prisonnière des services secrets retrouvée en France » ou « fillette maltraitée par son père, battue tous les jours avec un fouet »…

 

Beaucoup de fous-rires pendant les séances, surtout quand on a surfé sur les sites parodiques. Les « One Direction » faisant allégeance à l’Etat Islamique du « Gorafi » et le lancer de pitbull du « Courrier des Echos » ont fait un tabac dans la classe.

Idem lorsqu’on a observé des photos retouchées. Lady Gaga avant et après Photoshop a fait un malheur. Mais la gravité était également au rendez-vous pour aborder des sujets aussi sérieux que les rumeurs, le racisme, la xénophobie, le conspirationnisme, distillés sur le web.

Ils étaient abasourdis quand ils ont su que certains adultes croyaient à des balivernes, telles que les chemtrails ou autres délires. « Peut-être que nous aussi, si on n’avait pas fait tout ce travail sur les médias, on aurait pu croire à toutes ces bêtises », a dit un jeune garçon (enregistrement N°19 /bilan de la séance 6).

Les élèves ne se sont pas contentés de mener des recherches, ils se sont également posé des questions sur les raisons qui poussent certains internautes à diffuser des fake sur le net. Telle la photo d’une piscine bondée, prise au Sénégal, avec une légende mensongère indiquant qu’elle avait été shootée à Créteil. Pas un blanc en train de nager.

« Pourquoi mentir ? », se sont-ils demandé. Ne pas nuire, ni blesser autrui, respecter les autres, tel est l’un des messages clé de la séquence. Comme quoi, éducation aux médias et initiation à la citoyenneté sont intimement imbriquées.

Fantastique outil d’information et de communication, internet comporte des risques et des dangers qu’il est important de connaître pour devenir des cyber-citoyens responsables, soucieux de respecter l’éthique et les valeurs de la république. Et tenter de remédier à l’effrayant constat de notre ministre de l’Education nationale « un jeune sur cinq croit à la théorie du complot« .

(Source: L’Obs)

Éducation médias 101

Les éducateurs en médias fondent leur enseignement sur ​​les concepts clés de l’éducation aux médias, qui fournissent une base pratique pour examiner les médias et la culture populaire. Ces concepts clés agissent en tant que filtres au travers desquels les créations médiatiques doivent passer afin que nous puissions y réagir.

Afin d’aider les enseignants et enseignantes à présenter ces concepts clés aux élèves du primaire, HabiloMédias a établi un partenariat avec Entreprises pour l’essor des enfants ayant pour but de développer une série de vidéos sur chacun des concepts clés. Chaque vidéo est accompagnée d’un plan de leçon qui répète les idées principales des vidéos et qui aide les élèves à développer et à appliquer ce qu’ils ont appris. (Source: habilomedias)

Les médias, qu’est-ce que c’est?

Les médias sont des constructions

Les médias ont des implications sociales et politiques

Les médias ont des implications commerciales

Différentes personnes réagissent différemment à différentes constructions médiatiques

Chaque média a une forme artistique unique

Faut-il prescrire des comportements aux élèves en matière d’éducation aux médias?

[…] Depuis sa création, l’approche de Child Focus est celle d’une approche «vaccinatoire» qui vise à protéger les jeunes des risques et dangers des nouveaux médias. La Fondation s’intéresse à la question d’Internet et des réseaux sociaux en publiant des études ou en diffusant des spots, radio ou télé, destinés à mettre en garde les jeunes contre les dangers du Web. La Fondation prodigue une série de conseils à respecter pour éviter les pièges et ainsi « protéger » ceux qu’elle considère comme fragiles par rapport à ces médias : les jeunes. Il s’agit donc d’une éthique normative, prescriptive. […]

Ce virage sécuritaire a corollairement développé un autre problème : celui du risque éminent, développé par Isabelle Stengers, qui consiste à penser à la place des jeunes ce qui est bon ou mauvais pour eux, limitant ainsi leur liberté et leur esprit critique.

Depuis lors, l’association s’intéresse aux activités sur la toile en partant du principe qu’Internet présente un danger pour les jeunes : celui de tomber sur des pervers, sur les pédophiles qui peuplent le réseau. Elle estime que les jeunes ne sont pas assez armés, pas assez responsables et critiques pour se protéger eux-mêmes. Les adultes doivent donc les encadrer et leur apprendre les bons et mauvais comportements sur la toile.

Mais le danger décrit par Child Focus est-il avéré ? Devons-nous vraiment protéger nos enfants des nouveaux médias ? Quels sont réellement les dangers et les risques ? Les jeunes sont-ils à ce point vulnérables ? N’y a-t-il pas d’autres possibilités de développer une autonomie et de responsabiliser les jeunes sans leur dicter des comportements ? Apprendre et éduquer pour rendre autonome.

De ce point de vue, on peut reprocher à Child Focus de ne développer qu’un seul point de vue : Internet constitue un danger. Une vision quasi dogmatique qu’elle cherche d’ailleurs à certifier par des études sur l’état de la prostitution infantile sur Internet (« Sur la corde raide du Net, étude exploratoire sur les jeunes, Internet et le sexe payant », Child Focus, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, novembre 2008).

Une approche pluraliste et perspectiviste permettrait de relativiser cette position alarmiste. Pluraliste par la diversité des éclairages tant philosophiques, psychologiques, sociologiques, économiques, sémantiques, que juridiques. Les études sociologiques, les analyses psychologiques, le questionnement philosophique ou l’apprentissage des règles juridiques permettent de relativiser les risques et les dangers que représenteraient les nouveaux médias et surtout de découvrir qu’il existe d’autres réalités « positives » sur Internet. Cet outil n’est pas qu’une source de dangers. L’interdisciplinarité offre des grilles de lecture différentes qui montrent différentes réalités, moins effrayantes car les points de vue sont multiples et variés. Ils ont l’avantage de permettre une mise à distance, ils encouragent la dialectique et le développement d’une pensée critique.

Qu’en est-il des usages par les jeunes ? Sont-ils souvent confrontés à des pédophiles sur Internet ? Ont-ils vraiment des comportements qui visent à rencontrer des étrangers sur la toile ? Une analyse plus socioconstructiviste, qui tient compte des usages, permettrait également de relativiser l’approche de Child Focus. Les études existantes et les chiffres de criminalité ne démontrent pas pour l’instant une augmentation de la pédophilie infantile sur Internet. Quant aux usages, les jeunes ont plutôt tendance à fermer leurs cercles d’amis, à ne pas inviter d’étrangers et ont plutôt tendance à être naturellement prudents et méfiants. Le danger existe mais laisser croire qu’Internet ne se limite qu’à un espace dangereux est une vision réductrice de la réalité.

Éduquer aux médias, ce n’est pas que décrire, c’est aussi prescrire. Mais quelle posture adopter ? Une approche protectionniste ou une approche plus autonome basée sur un pluralisme des points de vue. Toutes les approches sont prescriptives et sont liées aux à priori et postulats moraux. Si l’enseignant est persuadé qu’Internet représente un danger, il aura tendance à transposer son idéologie aux apprenants et, par exemple, à n’utiliser en classe que les outils proposés par Child Focus (cf. Clicksafe.be). D’un côté, ces outils sont utiles pour délimiter un cadre d’actions notamment pour les plus jeunes. Ils leur donnent des conseils pour surfer « responsables » et en toute sécurité.

Mais d’un autre côté, est-ce que cela suffit pour développer l’acquisition d’un esprit critique tel que souhaité dans l’enseignement en Belgique ? Comment développer cet esprit critique si cela passe uniquement par l’apprentissage d’interdits et d’obligations ? Pour faciliter cette autonomie, il importe de croiser et multiplier les approches (au niveau du contenu et des méthodes) et de tenir compte du public à qui on s’adresse. […]

L’idée est de partir des situations vécues pour lentement amener d’autres visions, d’autres points de vue et tenter de faire évoluer la posture de chacun. Il est utile de protéger dans certains cas, mais il est aussi utile de faire confiance aux ados dans d’autres situations. La tension entre déontologisme et conséquentialisme prend ici tout son sens. Tous leurs comportements sur Internet ne sont pas bons ou mauvais « en soi » (déontologisme). On peut faire de bonnes rencontres même en parlant à des étrangers ; on peut s’ouvrir l’esprit en partageant avec des inconnus. Bref, si les conséquences de l’action sont bonnes, alors l’action peut être justifiée (conséquentialisme).

Le contenu des normes, leur utilité et l’obéissance à ces règles vont largement dépendre des utilisateurs eux-mêmes et de leur degré d’autonomie. C’est ce que j’appellerais la métaphore de « la rue à traverser ». En dessous d’un certain âge, un enfant ne doit pas traverser la rue tout seul s’il n’est pas capable d’évaluer le danger avant de s’engager (le sens de circulation, d’où viennent les voitures, le temps nécessaire pour traverser, la vitesse des voitures à cet endroit, l’interdiction de traverser ou non à cet endroit, la présence de feux de signalisation…). Il convient donc d’apprendre les règles de sécurité routière (approche normative, déontologiste) mais également d’adapter son comportement à la situation (conséquentialisme). Si je traverse au « vert », mais qu’en même temps un chauffard brûle le feu rouge, il faut adapter son comportement et ne pas traverser. Il importe donc de tenir compte du contexte, d’adopter une attitude réflexive et de s’interroger sur le sens et le pourquoi de nos actions. […]

Une méthode pédagogique pourrait consister à proposer des normes qui font l’objet d’un consensus tant de la part des parents que des adolescents. Car une norme qui n’est pas admise par la majorité de ceux à qui elle s’applique n’a aucune chance d’être respectée. Et si c’est le cas, c’est la norme qui doit être changée. Ce consensus suppose un dialogue entre les communautés et une approche réflexive. Il implique également une remise en question et l’acceptation d’une pensée évolutive puisque la révolution numérique n’est pas terminée et continue de produire des effets inattendus.

C’est finalement ce qu’Hannah Arendt appelle l’habitude à exercer son jugement. C’est une attitude évolutive, qui n’est pas figée et qui consiste à questionner régulièrement ses présupposés. C’est également une attitude proche de la pensée critique telle que Jacques Piette la préconise.

Dans ce domaine comme dans d’autres, il importe de partir du vécu, des représentations existantes pour faire évoluer la pensée. Que savons-nous d’Internet et des nouvelles technologies, comment les utilisons-nous, sommes-nous seuls pour les découvrir, y a-t-il des interdits posés par les parents ?

Ce constat de départ permet d’adapter sa pédagogie. Ensuite, combiner plusieurs pédagogies permettra de varier les approches. Jacques Gonnet dans son ouvrage  Éducation et médias met d’ailleurs l’accent sur ce pluralisme des méthodes pédagogiques. Jouer, analyser, théoriser, faire parler les émotions, créer sont autant de possibilités offertes à l’enseignant pour éduquer aux médias sans adopter une posture de « gendarme ». Chaque élève peut ainsi apprendre, décrire des comportements (bons ou mauvais) en fonction de différentes situations et décider d’adopter de manière argumentée, ceux qui lui semblent les plus appropriés. Cela suppose aussi une certaine maturité dans la pensée critique. L’âge des apprenants sera donc aussi un facteur à prendre en compte. Il peut être utile, dans un premier temps, d’imposer certains comportements, pour ensuite découvrir d’autres pratiques qui laisseront plus tard le choix aux apprenants d’assouplir leurs propres règles ou de les durcir.

Reste que l’éducateur aux médias poursuit toujours un objectif. Il doit être conscient de ses préjugés et de ses croyances ainsi que de son processus de jugement au risque de véhiculer lui-même certaines idéologies qui ne susciteraient pas le développement chez les apprenants d’une pensée critique. Il pose le postulat que les élèves doivent apprendre à analyser, comprendre, décoder et se servir des médias pour s’émanciper dans la société de demain. Cela se traduit par une approche tant descriptive que normative, dans la mesure où elle implique des droits, des devoirs et des interdits. Une approche évolutive et réflexive qui doit conduire les citoyens à être actifs, critiques, autonomes et responsables.

[1] Cette question part d’un premier postulat : celui de l’existence d’une éducation aux médias dont la finalité est de développer la citoyenneté critique des élèves. Nous partons donc sur un présupposé, initié par les instances européennes, selon lequel l’éducation aux médias recouvre un savoir qui vaut la peine d’être enseigné. (Source: Nathalie Papleux)