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Miroir des réseaux, que dis-tu sur moi?

La récente étude JAMES indique que «89% des jeunes ont un profil en ligne» et que «78% se rendent sur les réseaux sociaux tous les jours». De plus, le désir d’obtenir des likes pour leurs selfies est particulièrement marqué chez les filles. Les garçons y sont aussi sensibles.

Lors d’un atelier «Star retouchée» organisé durant un camp d’hiver en montagne, trois garçons ne parvenaient pas à se concentrer sur la séance de portraits entre camarades. C’est pourtant un moment qui les absorbe d’habitude encore davantage que la partie «retouche selon les codes du masculin et du féminin des médias». La classe a commencé à les taquiner, tout en m’expliquant que ce trio ne pouvait plus vivre sans vérifier à tout moment le nombre de like récoltés par les images d’eux qu’ils avaient postées. Pro Juventute témoigne que «l’estime de soi et l’apparence sont des thèmes importants lors des consultations de jeunes» qui téléphonent plusieurs fois par jour au 147 à ce sujet. Par ailleurs, une de leurs enquêtes représentatives «confirme que les images de corps parfaits véhiculées (par les médias) exercent une forte pression psychologique, qui peut être accentuée par les médias sociaux». Or, «52% des jeunes indiquent qu’ils se comparent sur Facebook, 41% sur internet en général, 37% sur Instagram et seulement 28% à la télévision, 20% dans les magazines, 12% dans les journaux». Selon quels codes nous mettons-nous le plus souvent en scène? Dans nos ateliers, le constat se répète depuis de nombreuses années. Malgré nos invites à créer des portraits autant souriants que sérieux, en variant l’angle de l’appareil photo, les garçons se photographient souvent en contre-plongée – avec des attitudes imposantes –, les filles essaient volontiers la plongée avec un air tout gentil. Bien sûr, chacun déclare ne pas être influencé par les modèles des médias… Portrait, autoportrait ou selfie, quels sont les enjeux pour nous? L’artiste qui s’implique dans un autoportrait – peint ou photographié – interroge son enveloppe charnelle, son devenir. L’introspection prend place dans un processus de dialogue entre intérieur et exté- rieur, entre visible et invisible. Le résultat peut être torturé. Les selfies participent davantage d’une façon de (se) rappeler qu’on y était. On fige un instant comme pour prolonger un présent que nous peinons à vivre sur le moment, et nous cherchons à multiplier l’expérience furtive, en partageant la preuve par l’image.

Le «réflexe selfie» nous pousse parfois à nous photographier même lors d’un enterrement, dans l’intimité, ou quand nous nous trouvons témoin d’une agression ou d’un accident. Nous cherchons sans doute aussi à apprivoiser ce regard extérieur sur nous-mêmes. L’historien d’art John Berger tout comme le sociologue Erving Goffman rappellent, chacun à sa façon, que le plus souvent, les hommes regardent et les femmes (se) voient à travers le regard des hommes qu’elles ont intériorisé. Toutefois, entourés de miroirs et de smartphones, nous sommes de plus en plus nombreux à dépendre du regard des autres au point de nous voir avec un regard aliéné. C’est ainsi que nous perdons le contact avec notre être pour nous focaliser sur le paraître. Se vivre de l’intérieur est pourtant essentiel et se comparer constamment à des modèles médias impossibles – ou à des collègues mis en scène – nuit gravement à notre santé, en troublant l’estime et l’image de soi. En novembre dernier, une jeune blogueuse australienne a secoué les réseaux sociaux en racontant l’envers du décor de ses selfies «parfaits». Sa démarche dé- nonce la superficialité et la malhonnêteté des clichés mis en ligne par les «stars du net», qui ne correspondent pas à ce qu’elle appelle «la vraie vie». Outre la mise en scène des photos et le parrainage par les marques, elle explique le mal-être qu’elle ressentait à être «accro aux réseaux sociaux, à l’approbation des autres, aux statuts, et à son apparence physique». «Le respect dans un monde numérique» est la thé- matique de la Semaine des médias qui se tient du 7 au 11 mars 2016. L’occasion pour les élèves de différents âges d’interroger leurs pratiques en matière de selfie ou d’avatar. Au-delà de la dimension jouissive de la mascarade, comment nous mettons-nous en scène et selon quels canons esthétiques intériorisés? Jusqu’où aller au quotidien? Se modifier constamment pour ressembler à une célébrité ou se tourner vers des soins qui révèlent le meilleur de soi?

Sources «A 19 ans, ce mannequin dévoile la vérité cachée derrière ses photos Instagram», Nouvel Obs, 3.11.2015 Un test pour l’estime de soi: www.ciao.ch/f/estime_de_soi/infos/ 21b6a0f0bb4011df90eadfa10c9bb08cb08c/5-2-apprendre_a_s-accepter/ Deux fiches pour la Semaine des médias avec les études citées dans cet article: www.e-media.ch/documents/showFile.asp?ID=7714 pour la fiche destinée au primaire et www.e-media.ch/documents/showFile. asp?ID=7715 pour le CO et PO (rev. formulation)

La fondation images et société organise des ateliers de décod’image en soutien aux objectifs du PER, en particulier dans les domaines MITIC, FG, CT. Le but est de multiplier les éclairages sur les images médias pour mieux cerner leur impact sur nous à tout âge et renforcer notre espace de choix. Des personnes de l’éducation et de la santé peuvent également être formées à notre approche. Voir www.imagesetsociete.org

Eva Saro et son équipe, fondation images et société

(Source: Revue L’Educateur, 19 février 2016)

Ecole romande: la peur des médias sociaux

La formation générale MITIC du Plan d’étude romand (PER) pourrait bénéficier de l’exploitation pédagogique des médias sociaux en classe.

Savez-vous que les deux tiers des enfants de treize ans utilisent tous les jours ou presque un réseau social pour s’informer et communiquer avec leurs pairs?

Les jeunes vivant en Suisse sont toutes et tous équipé-e-s d’un smartphone utilisé intensément pour communiquer et s’informer. Selon l’étude JAMES près de 90% des jeunes ont un compte sur un réseau social. A treize ans, la moitié interviennent quotidiennement ou plusieurs fois par semaine sur Facebook. Les 18-19 ans sont 91%. Instagram a aussi la cote pour poster des photos de même que Google+ qui est en forte progression. La plupart ont plusieurs comptes, ce qui signifie que le pourcentage des jeunes qui font un usage intense des médias sociaux est bien plus élevé.

L’audience de la presse diminue. L’audience du journalisme d’information diminue tandis qu’augmente la consommation de contenus d’info-divertissement à forte charge émotionnelle et sans mise en perspective, révèle la dernière étude sur la qualité des médias de l’Université de Zürich (étude fög). La part de jeunes adultes qui s’informent régulièrement par les journaux imprimés payant, la télévision et la radio diminue. Simultanément on observe que croît la part des jeunes qui cherchent à s’informer par des canaux alternatifs aux médias traditionnels, avant tout par les médias sociaux.

La propagation des nouvelles par bouche à oreille augmente. Un nouveau phénomène se fait jour chez les adolescent-e-s et les jeunes adultes: le partage d’information sur le mode de la propagation virale par les réseaux sociaux. Voie royale pour la diffusion de rumeurs et la désinformation. D’un clic on retransmet ou on «like» l’information, avant même d’avoir envisagé les conséquences de son action.

Par ailleurs, les stratégies marketing des marques exploitent les réseaux sociaux pour communiquer directement, librement, avec les jeunes en les incitant par des contenus attractifs ou des jeux à se faire leurs agents auprès de leurs ami-e-s ou contacts. Or distinguer information et publicité ne semble pas aller de soi. Une récente étude réalisée en Grande-Bretagne révèle que 60% des jeunes âgé-e-s de 12 à 15 ans n’identifient pas les liens sponsorisés qui résultent d’une recherche avec Google comme de la publicité (lire l’article). Pour les plus jeunes, c’est encore pire!

Suspicion vis-à-vis des écrans. En quelques années, les réseaux sociaux se sont répandus dans le grand public. Dans le même temps où les pratiques culturelles et les habitudes de vie des jeunes ont profondément changé consacrant les écrans comme support privilégié de la communication et de l’accès à l’information, on constate que les milieux de l’éducation les considèrent avec suspicion. Entre l’école et les jeunes, il y a un grand fossé numérique (lire l’article «L’école et les jeunes, le grand écart du numérique»).

En Suisse romande, les discours dominants sur les réseaux sociaux sont focalisés sur les risques et les dangers. Bien réels, certes, mais ceux qui tiennent ces propos ne s’intéressent que peu aux aspects positifs comme le fait que ces nouveaux moyens permettent de favoriser les échanges et la collaboration. Des journées cantonales, des conférences, des ateliers, des sites et des pages web, des guides, des flyers, des bandes dessinées, des albums illustrés, des jeux vidéo, des fil Twitter, des pages Facebook ont pour leitmotiv la prévention et la promotion de la santé vis-à-vis des écrans en général et de l’usage des réseaux sociaux en particulier. Offices fédéraux, cantons, communes, établissements scolaires, associations de parents, ONG proposent des mesures de prévention et communiquent à ce sujet. C’est une véritable croisade!

Et la pédagogie des médias dans tout cela? Elle y tient une place secondaire ou est simplement totalement ignorée. Peut-on raisonnablement développer les compétences médiatiques des jeunes comme le prévoit le Plan d’étude romand (PER), en particulier vis-à-vis de cette nouvelle espèce de média, sans les utiliser dans un cadre éducatif. En Suisse romande, on semble le croire tant sont rares les propos qui envisagent les usages scolaires des réseaux sociaux. Pourtant les digital natives ont appris à utiliser les médias sociaux par eux-mêmes et avec leurs pairs. Quel danger y aurait-il à s’en servir en classe, puisqu’ils/elles les utilisent déjà massivement?

Outre la prévention qui pourrait bénéficier de conseils donnés en situation par les pédagogues, les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme outils au service d’objectifs pédagogiques les plus variés. Par exemple, en diffusant des contenus informatifs par le truchement d’un journal de classe ou d’établissement. La communication avec les parents pourrait aussi en bénéficier.

Renforcer les compétences de l’ensemble des élèves de chaque classe d’âge à utiliser les médias numériques de façon responsable est une mission fondamentale de l’école publique pour éviter la fracture numérique entre jeunes provenant de milieux sociaux différents.

Peut-on en attendre des plus-values pédagogiques des médias sociaux?Oui, bien sûr: développer l’esprit critique, favoriser l’autonomie, entretenir la motivation, développer la collaboration, enrichir les moyens d’expression (écrite et audiovisuelle), développer les compétences communicationnelles. En Belgique, on l’a bien compris. La Fédération Wallonie-Bruxelles communique pour montrer tous les bénéfices que l’on peut tirer des usages scolaires des réseaux sociaux. Une brochure vient de paraître: A la conquête des réseaux sociaux dans l’enseignement: usages professionnels et pédagogiques (lire la brochure). Tout un programme!

La ministre de l’éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles déclare dans son introduction: «À l’heure d’une transition vers le numérique annoncée, le défi est lancé: exploiter les réseaux sociaux pour en faire un usage pédagogique et offrir ainsi une plus-value à tous les enseignements!». Voilà qui tranche avec les discours timorés de Suisse romande.

(Source: blog de Jean-Claude Domenjoz)


Références

Formation générale MITIC, Plan d’étude romand (PER), Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Isabel Willemse et al, JAMES – Jeunes, activités, médias – enquête Suisse, Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Zurich, 2014.

Qualité des médias, Forschungsinstitut Öffentlichkeit und Gesellschaft (FOEG), Universität Zürich, 2015.

Henry Mance, «Young ‘digital natives’ naive about internet advertising», Financial Times, 20 November 2015.

A la conquête des réseaux sociaux dans l’enseignement, Cellule Projets TICE, Fédération Wallonie-Bruxelles, septembre 2015.

L’école et les jeunes, le grand écart du numérique

L’étude JAMES 2014 vient de paraître: 97% des jeunes vivant en Suisse possèdent leur smartphone. Cet appareil qui se glisse dans la poche peut emporter nombre de ressources et d’applications pour apprendre et communiquer. Mais à l’école les téléphones portables restent habituellement interdits.

Selon l’étude JAMES 2014 (Jeunes activités médias – enquête Suisse) réalisée par la Haute école zurichoise en sciences appliquées (ZHAW), 97% des jeunes vivant en Suisse possèdent leur smartphone; 87% l’utilisent pour surfer sur Internet, 88% pour écouter de la musique, 68% pour prendre des photos ou filmer, 61% pour échanger des courriels, 53 pour jouer à des jeux. Près de 90% des jeunes ont un compte sur un réseau social quel que soit leur âge.

L’étude JAMES est réalisée depuis 2010 auprès de 1000 adolescent-e-s de 12 à 19 ans des trois régions linguistiques. Elle porte sur les activités de loisirs avec ou sans médias. Cette étude, effectuée pour la troisième fois en 2014, permet donc de faire des comparaisons et de mettre en évidence des tendances. Parmi celles-ci, on peut relever que les smartphones sont de plus en plus utilisés pour d’autres fonctions que téléphoner. La plus importante évolution constatée concerne l’utilisation de l’Internet mobile: 87% des jeunes surfent quotidiennement avec leur smartphone, alors qu’ils/elles étaient seulement 16% en 2010.

Les jeunes utilisent en masse les terminaux de téléphonie mobile ainsi que les ordinateurs, tablettes et autres appareils numériques dont leurs foyers sont équipés. La variété de l’utilisation des appareils et de leurs activités préférées témoigne de l’aisance technique avec laquelle les jeunes vivant en Suisse s’adaptent à l’évolution extrêmement rapide des moyens et applications numériques. Cependant les savoirs et les compétences que les adolescentes et adolescents ont acquis essentiellement pas des activités de loisirs restent limitées et doivent être approfondies et développées.

Il faut cependant constater en revanche qu’à l’école les smartphones restent interdits! A l’exception de rares projets pilotes menés ici ou là.

Voici, à titre d’exemple, les règles édictées dans un établissement public du secondaire II du canton de Genève qui accueille des élèves se destinant à des professions commerciales et qui pour partie préparent la maturité professionnelle commerciale:

«Les téléphones portables, appareils et autres gadgets électroniques doivent être éteints durant les cours et rangés dans le sac (y compris les écouteurs).  Ils ne peuvent pas être utilisés comme agenda, calculatrice, écran télévisuel, vidéo ou montre. Leur utilisation (sous toutes ses formes) est strictement INTERDITE dans toutes les salles de classe. Les appareils des contrevenants peuvent être confisqués.»
Ecole de Commerce Aimée-Stitelmann, Guide de l’élève, sept. 2014 (en ligne, consulté le 20.2.2015)

Comme souvent dans le monde scolaire, les téléphones portables sont assimilés à des objets ingénieux, futiles, qui plaisent plus par leur nouveauté que par leur utilité. Une affaire de mode, donc. Au lieu de s’en servir comme des outils pour s’informer, apprendre, communiquer, expérimenter…

Pourtant les usages du numérique se multiplient dans la vie quotidienne aussi bien que professionnelle. L’essor des technologies numériques et de l’Internet bouleverse notre société. De nouvelles compétences numériques et médiatiques sont nécessaires pour travailler et tout simplement agir dans la vie quotidienne.

Comment l’école publique pourrait-elle rester en dehors de cette dynamique? C’est un défi et une chance de permettre notamment aux élèves d’être plus actifs et autonomes dans leur travail et leurs apprentissages. Comment l’école pourrait-elle développer efficacement la réflexion sur les applications, les services, les contenus, les technologies de la communication et un regard critique sur leurs usages tout en interdisant l’utilisation?

Pourquoi ce qui est possible à l’école primaire communale d’Arth-Goldau (Schwytz) avec de jeunes enfants ne serait-il pas possible dans d’autres établissements? Les enfants y apprennent à utiliser leur appareil personnel (smartphone, tablette) tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’école comme un outil de travail et d’apprentissage, tout en développant un point de vue critique. Le Gymnase intercantonal de la Broye, à Payerne, développe et encourage aussi depuis plusieurs années l’usage des ordinateurs des élèves.

Ce n’est pas simple d’intégrer ces «nouveaux» outils en classe… Certes. Mais il faut aller de l’avant. Former le corps enseignant et les cadres du système éducatif. Un recyclage est à prévoir. Vite.

Le coût ? Ah, le coût ! C’est le motif habituellement donné pour être sûr de maintenir le statu quo. Mais si les élèves apportent leur propre équipement, l’argument tombe!

Un concept a été forgé pour cela, le «Bring Your Own Device» (BYOD), soit «apportez vos appareils personnels». Une pratique qui consiste à utiliser en classe ou dans un contexte professionnel son équipement personnel (téléphone, ordinateur portable, tablette) comme à Arth-Goldau.

Comme le disait une institutrice de cette école: «Il vaut mieux avoir les portables sur la table qu’utilisés en cachette sous la table!»

(Source: Blog de Jean-Claude Domenjoz)

L’école face à la fureur des écrans

Ce n’est pas un scoop, les écrans, tactiles ou non, colonisent notre quotidien Celui des jeunes en particulier. La quasi-totalité des adolescents suisses possèdent un smartphone. D’après la dernière étude James, publiée tout récemment, ces appareils sont avant tout utilisés comme portes d’accès à internet et aux réseaux sociaux. Impossible d’ignorer cette réalité, qui comporte des risques de dérives. Pour ne pas rester les bras croisés, une journée cantonale de prévention intitulée « Les jeunes et les écrans » a attiré mercredi 150 professionnels de l’éducation à Neuchâtel.

« Les médias sociaux ont envahi nos vies, il ne serait pas raisonnable de lutter contre », a souligné la conseillère d’Etat en charge de l’Education, Monika Maire-Hefti. « Mais nous sommes responsables de prévenir les risques. »

Inscrite dans un programme d’action qui se met en place dans les écoles neuchâteloises […], cette journée avait pour objectif de réfléchir à l’influence des technologies d’information et de communication sur la vie et le développement des jeunes, ainsi que sur l’impact de ces processus sur l’école. Des usages irraisonnés, non cadrés, de ces technologies peuvent entraîner des lacunes de sommeil, des difficultés relationnelles. Ils peuvent aussi attiser la violence, verbale et non verbale.

Aussi, pour les adultes, il s’agit de s’informer et de comprendre comment fonctionnent ces nouveaux médias, pour accompagner les jeunes usagers. Lorsqu’on leur explique les enjeux, « les jeunes sont capables de comprendre » , souligne, pour dédramatiser, Sébastien Gendre, responsable de la prévention et de la formation pour l’ONG Action Innocence. La preuve? « 84% des jeunes membres des réseaux sociaux utilisent les paramètres de protection de la sphère privée et limitent l’accès à leur profil » , signale le travailleur social, constatant qu’il y a eu une énorme évolution.

Il s’agit d’entrer dans une ère d’éducation numérique, plutôt que de résister, remarque Sébastien Gendre. Pour le sociologue Olivier Glassey, il s’agit de remettre chacun à sa place: « On parle de ce que font les jeunes en ligne, mais ce sont les adultes qui ont créé ces outils. » A eux d’endosser leur rôle de référents et de montrer l’exemple.

Pour commencer, les adultes seraient bien inspirés d’appliquer eux-mêmes les règles qu’ils imposent aux jeunes. Il est par exemple absurde d’interdire aux adolescents d’employer leur portable à table si on bondit soi-même sur son téléphone lorsqu’il sonne en plein repas.

Par ailleurs, pour les parents et les professionnels de l’éducation, il est indispensable de comprendre pourquoi la plupart des adolescents passent des heures sur les réseaux sociaux. De tout temps, les jeunes ont cherché « des terrains éducatifs désertés par les adultes » , note Sébastien Gendre. Des espaces de liberté nécessaires à leur développement. A ce propos, il est intéressant de constater que « seuls » 59% des 12-13 ans ont un compte Facebook, alors qu’ils sont 82% sur Instagram. Cette migration, explique Sébastien Gendre, est due au fait que les parents et grands-parents sont désormais eux aussi actifs sur Facebook, qui n’est plus réservé aux jeunes.

Les réseaux sociaux semblent aujourd’hui répondre à un réel besoin. L’identité numérique joue un rôle dans la réalisation de soi, l’estime, l’appartenance à un groupe, constate Sébastien Gendre. On se construit une identité en ligne. De là, naît une peur d’être déconnecté, de rater quelque chose. Au lieu d’interdire, il s’agit d’expliquer les enjeux, la nécessité de se protéger, de rappeler que les règles de la vie réelle s’appliquent aussi sur la Toile et que chacun de nos actes laisse des traces en ligne. (Source: Arcinfo)