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Les réseaux sociaux et les portables comme moyens éducatifs

Le mobile allumé en classe et comme outil d’éducation, est-ce une bonne idée?

François Flückiger, enseignant passionné de réseaux sociaux, et Stéphane Koch, spécialiste de l’utilisation professionnelle des réseaux sociaux, discutent de cette question au micro de Xavier Bloch.

Ecouter l’émission.

(Source: RTS – On en parle)

Miroir des réseaux, que dis-tu sur moi?

La récente étude JAMES indique que «89% des jeunes ont un profil en ligne» et que «78% se rendent sur les réseaux sociaux tous les jours». De plus, le désir d’obtenir des likes pour leurs selfies est particulièrement marqué chez les filles. Les garçons y sont aussi sensibles.

Lors d’un atelier «Star retouchée» organisé durant un camp d’hiver en montagne, trois garçons ne parvenaient pas à se concentrer sur la séance de portraits entre camarades. C’est pourtant un moment qui les absorbe d’habitude encore davantage que la partie «retouche selon les codes du masculin et du féminin des médias». La classe a commencé à les taquiner, tout en m’expliquant que ce trio ne pouvait plus vivre sans vérifier à tout moment le nombre de like récoltés par les images d’eux qu’ils avaient postées. Pro Juventute témoigne que «l’estime de soi et l’apparence sont des thèmes importants lors des consultations de jeunes» qui téléphonent plusieurs fois par jour au 147 à ce sujet. Par ailleurs, une de leurs enquêtes représentatives «confirme que les images de corps parfaits véhiculées (par les médias) exercent une forte pression psychologique, qui peut être accentuée par les médias sociaux». Or, «52% des jeunes indiquent qu’ils se comparent sur Facebook, 41% sur internet en général, 37% sur Instagram et seulement 28% à la télévision, 20% dans les magazines, 12% dans les journaux». Selon quels codes nous mettons-nous le plus souvent en scène? Dans nos ateliers, le constat se répète depuis de nombreuses années. Malgré nos invites à créer des portraits autant souriants que sérieux, en variant l’angle de l’appareil photo, les garçons se photographient souvent en contre-plongée – avec des attitudes imposantes –, les filles essaient volontiers la plongée avec un air tout gentil. Bien sûr, chacun déclare ne pas être influencé par les modèles des médias… Portrait, autoportrait ou selfie, quels sont les enjeux pour nous? L’artiste qui s’implique dans un autoportrait – peint ou photographié – interroge son enveloppe charnelle, son devenir. L’introspection prend place dans un processus de dialogue entre intérieur et exté- rieur, entre visible et invisible. Le résultat peut être torturé. Les selfies participent davantage d’une façon de (se) rappeler qu’on y était. On fige un instant comme pour prolonger un présent que nous peinons à vivre sur le moment, et nous cherchons à multiplier l’expérience furtive, en partageant la preuve par l’image.

Le «réflexe selfie» nous pousse parfois à nous photographier même lors d’un enterrement, dans l’intimité, ou quand nous nous trouvons témoin d’une agression ou d’un accident. Nous cherchons sans doute aussi à apprivoiser ce regard extérieur sur nous-mêmes. L’historien d’art John Berger tout comme le sociologue Erving Goffman rappellent, chacun à sa façon, que le plus souvent, les hommes regardent et les femmes (se) voient à travers le regard des hommes qu’elles ont intériorisé. Toutefois, entourés de miroirs et de smartphones, nous sommes de plus en plus nombreux à dépendre du regard des autres au point de nous voir avec un regard aliéné. C’est ainsi que nous perdons le contact avec notre être pour nous focaliser sur le paraître. Se vivre de l’intérieur est pourtant essentiel et se comparer constamment à des modèles médias impossibles – ou à des collègues mis en scène – nuit gravement à notre santé, en troublant l’estime et l’image de soi. En novembre dernier, une jeune blogueuse australienne a secoué les réseaux sociaux en racontant l’envers du décor de ses selfies «parfaits». Sa démarche dé- nonce la superficialité et la malhonnêteté des clichés mis en ligne par les «stars du net», qui ne correspondent pas à ce qu’elle appelle «la vraie vie». Outre la mise en scène des photos et le parrainage par les marques, elle explique le mal-être qu’elle ressentait à être «accro aux réseaux sociaux, à l’approbation des autres, aux statuts, et à son apparence physique». «Le respect dans un monde numérique» est la thé- matique de la Semaine des médias qui se tient du 7 au 11 mars 2016. L’occasion pour les élèves de différents âges d’interroger leurs pratiques en matière de selfie ou d’avatar. Au-delà de la dimension jouissive de la mascarade, comment nous mettons-nous en scène et selon quels canons esthétiques intériorisés? Jusqu’où aller au quotidien? Se modifier constamment pour ressembler à une célébrité ou se tourner vers des soins qui révèlent le meilleur de soi?

Sources «A 19 ans, ce mannequin dévoile la vérité cachée derrière ses photos Instagram», Nouvel Obs, 3.11.2015 Un test pour l’estime de soi: www.ciao.ch/f/estime_de_soi/infos/ 21b6a0f0bb4011df90eadfa10c9bb08cb08c/5-2-apprendre_a_s-accepter/ Deux fiches pour la Semaine des médias avec les études citées dans cet article: www.e-media.ch/documents/showFile.asp?ID=7714 pour la fiche destinée au primaire et www.e-media.ch/documents/showFile. asp?ID=7715 pour le CO et PO (rev. formulation)

La fondation images et société organise des ateliers de décod’image en soutien aux objectifs du PER, en particulier dans les domaines MITIC, FG, CT. Le but est de multiplier les éclairages sur les images médias pour mieux cerner leur impact sur nous à tout âge et renforcer notre espace de choix. Des personnes de l’éducation et de la santé peuvent également être formées à notre approche. Voir www.imagesetsociete.org

Eva Saro et son équipe, fondation images et société

(Source: Revue L’Educateur, 19 février 2016)

«L’enseignant doit être exemplaire sur Facebook»

Le bon usage des réseaux sociaux peine à trouver sa place à l’école. Le Service écoles-médias (SEM) du Département de l’instruction publique a bien publié treize conseils destinés aux enseignants, mais l’utilisation des ces canaux reste peu maîtrisée. Prenons l’exemple de Sarah*, une enseignante de 26 ans. Elle n’a suivi aucune formation sur les réseaux sociaux, mais elle est catégorique: «C’est ma vie privée. Ça me dérangerait énormément que des élèves ou leurs parents puissent voir mes photos de soirées ou de vacances.» Et pourtant, en quelques clics sur son profil Facebook, n’importe quel utilisateur a accès à des clichés de ses vacances en bikini. Certains de ses élèves, âgés de 9 à 10 ans, ont déjà un profil sur Facebook. Elle l’avoue, elle n’a jamais fait attention aux paramètres de confidentialité. «Je n’ai pas pensé aux problèmes que cela pouvait poser dans mon métier, en fait. Je ne pense pas être la seule enseignante dans ce cas…»

Vie privée ou vie publique?

Comme l’indique Paul Oberson, directeur adjoint du SEM, les limites entre vie privée et vie publique sont floues sur Internet: «Un enseignant a évidemment les mêmes droits que tout le monde. Mais s’il publie quelque chose de compromettant et que les élèves peuvent y avoir accès, cela pourrait avoir un impact sur la relation pédagogique. Il y a une évolution de l’intimité avec les réseaux sociaux. Les attitudes qui relevaient à l’époque clairement du domaine privé peuvent aujourd’hui devenir publiques. L’enseignant doit donc être exemplaire sur Facebook.»

Comme Sarah, de nombreux professeurs ont un profil Facebook, conversent sur la messagerie Whats­App ou partagent des photos sur Instagram. Mais leur utilisation pose certaines questions. Un professeur peut-il accepter la demande d’ami d’un élève? Peut-il parler avec lui?

Pour y répondre, le SEM a ainsi publié treize conseils destinés aux enseignants. Les maîtres mots: comportement en ligne exemplaire, «amitiés sélectives» et sensibilisation. Paul Oberson explique cette initiative: «Dans nos formations, on sensibilise les enseignants au caractère indélébile de ce qui est mis en ligne. Mais on ne veut pas peindre le diable sur la muraille: on les incite aussi à utiliser les réseaux sociaux, qui peuvent avoir une plus-value pédagogique.»

Distance professionnelle

Chaque instituteur utilise les réseaux sociaux à sa manière. «Je n’accepte pas mes élèves sur Facebook, tant que je suis leur professeure, explique Salima Moyard, présidente du syndicat des enseignants du Cycle d’orientation. Par contre, il arrive que je les accepte quand ils quittent l’école.» Marzia Fiastri, enseignante au Collège André-Chavanne et membre de l’Union du corps enseignant secondaire genevois, parle exceptionnellement avec ses élèves sur Whats­App. «Je le fais si je suis leur maître de travail de maturité, par exemple. Des collègues ont accepté d’intégrer des groupes d’élèves sur WhatsApp, mais ils l’ont regretté, recevant des messages à 1 heure du matin, par exemple.»

Pour Sébastien, enseignant spécialisé, c’est avec les parents qu’il a parfois un contact rapproché: «Il m’arrive de leur parler sur Whats­App. Ça donne parfois des situations cocasses parce qu’on voit leurs photos et leurs statuts avec des petits smileys et des cœurs. On a l’impression d’entrer dans leur intimité, mais ça ne me dérange pas. Etant enseignant spécialisé, j’ai de toute façon un contact plus étroit.» Il n’a toutefois pas su quoi faire lorsqu’une maman d’élève l’a demandé en ami sur Facebook. «Est-ce que je refuse en expliquant que j’utilise mon compte à titre privé?» Dix jours plus tard, Sébastien n’a toujours pas répondu à sa demande.

Echanges et innovation

Si les réseaux sociaux peuvent être problématiques, ils sont aussi des lieux d’échanges utiles. Sur Facebook, un groupe rassemble par exemple plus d’un millier d’enseignants romands. On y échange des conseils, des idées de bricolage, des fiches scolaires. Plus de 300 documents ont été partagés sur ce groupe depuis le début de l’année.

Les nouvelles technologies donnent également lieu à des méthodes pédagogiques innovantes. Un professeur a par exemple demandé à ses élèves de créer la page Facebook de Charlemagne. D’autres utilisent Twitter pour des jeux de rôle ou des débats, afin d’exercer la capacité de synthèse. Des pratiques intéressantes, mais de loin pas généralisées. «On ne peut pas encore dire que les réseaux sociaux ont changé le métier d’enseignant, estime Paul Oberson. Par contre, Internet dans son ensemble, c’est certain.»

* Prénom d’emprunt (TDG)

(Source: Tribune de Genève)

Promotion des compétences médiatiques et réglementation – Aménagement futur de la protection des enfants et des jeunes face aux médias en Suisse

3E FORUM NATIONAL PROFESSIONNEL POUR LA PROTECTION DE LA JEUNESSE FACE AUX MÉDIAS

Lundi 7 septembre 2015 | 9h00 – 17h00 Centre Paul Klee, Berne

Le mode d’utilisation des médias a encore changé fondamentalement avec la propagation fulgurante des smartphones observée ces dernières années. Nous sommes non seulement joignables par téléphone en tout temps et en tout lieu, mais nous avons aussi accès à n’importe quel moment à des contenus Internet, aux réseaux sociaux et à d’autres services de communication. Toujours et partout en ligne: ce n’est pas seulement valable pour les adultes, mais aussi pour les enfants et adolescents, qui possèdent aujourd’hui de plus en plus tôt un smartphone.

Le 3e forum national professionnel sera consacré aux changements sociétaux découlant de cette évolution et aux défis qui se posent pour la protection des enfants et des jeunes: que savons-nous du comportement des enfants et des adolescents face aux médias? Comment évaluer les opportunités et les risques liés aux médias numériques? Les efforts déployés pour développer les compétences médiatiques en famille, à l’école, durant les loisirs et dans les structures d’accueil portent-ils leurs fruits? Comment repérer précocement les comportements à risque? Quelles sont les perspectives et les limites de la réglementation?

Le 3e forum national professionnel qui clôture le programme national Jeunes et médias offre la possibilité de discuter de ces questions, des expériences faites ces cinq dernières années, des défis à venir, mais aussi de la collaboration et de la répartition des tâches entre les divers acteurs. La Confédération continuera de jouer un rôle actif dans la protection de la jeunesse face aux médias, de soutenir les cantons et les organisations privées dans l’accomplissement de leurs tâches et d’assurer la coordination dans le domaine de la réglementation.

(Source: Jeunes et médias)

Cinq tendances en discussion

CLASHISATION

Phénomène décrivant un désaccord violent entre deux individus pouvant aller jusqu’à l’altercation.

Très télégénique, le clash s’illustre sur les plateaux des émissions On n’est pas couché, le Grand Journal, Ce soir ou jamais ou C à vous, où des chroniqueurs titillent jusqu’au conflit leurs invités. Exemple : le clash Aymeric Caron-Caroline Fourest chez Laurent Ruquier, où cette dernière avait lancé : «Ça me fait chier de parler avec quelqu’un d’aussi con que vous !» Sur YouTube, des compils de ces moments sous haute tension font des millions de vue. Le tweet-clash, duel en 140 signes hashtagués, très pratiqué notamment par les politiques, alimente aussi la machine à buzz.

Dans la culture numérique, le troll vise à générer des polémiques, il cherche à déstabiliser la discussion.

Pour le sociologue Dominique Cardon, il n’est pas forcément néfaste : «Le troll élargit le nombre de locuteurs, il transforme le format de discussion et en montre les limites.»

Et l’agitateur peut parfois avoir une utilité. Quand Valérie Trierweiler publieMerci pour ce moment, dévoilant sa vie privée avec François Hollande, elle force à interroger la frontière, si problématique en France, entre intime et politique. […]

HOMOGÉNÉISATION

Phénomène décrivant l’uniformisation des idées et la standardisation des débats.

La ritournelle n’est pas neuve : Bourdieu dénonçait une «circulation circulaire de l’information» produite par des médias traitant des sujets identiques sous le poids de la concurrence. Le 29 mai, dix ans après le non au référendum européen, Natacha Polony crée son Comité Orwell, un«collectif de journalistes pour la défense de la souveraineté populaire et des idées alternatives dans les médias». Elle justifie son initiative : «Nous sommes dans une époque de manipulation des mots, de transformation des vérités, où l’on ne débat pas avec celui qui pense différemment mais où on l’ostracise.» Dans sa lutte contre la pensée «unique», «préfabriquée» et même «sacralisée», elle accuse un unanimisme ambiant, au risque de frôler le complotisme. […]

HYSTÉRISATION

Phénomène décrivant l’accélération d’échanges souvent frénétiques et nerveux.

Sexiste pour certains, le terme renvoie à cette maladie liée à l’utérus dans l’Antiquité, entraînant des excès émotionnels incontrôlables. Si l’emballement est le propre des réseaux sociaux – il semble plus facile de déraper en 140 signes que lorsqu’on discute par le biais de tribunes sur deux pages -, «l’effet BFM», que décrit le journaliste Hubert Huertas, imprègne l’ensemble des médias et de la société. Dans un contexte d’anxiété sociale, l’urgence prend une tournure obsessionnelle, au risque de perdre en sens et en exigence. «Notre passion mortifère pour l’immédiateté réduit le débat public à une expertise de comptoir. Exposer un sujet complexe à une heure de grande écoute est devenu quasi impossible», affirme le politologue Gaël Brustier, préoccupé par l’anti-intellectualisme grandissant.

Malgré la pression du ton et du temps sans mémoire, les sites web progressent sur la question de la modération des débats sur les forums. Un enjeu vraiment pris au sérieux par les plateformes : elles chassent l’internaute qui, sous couvert d’anonymat, insulte et dérape. En dehors du virtuel, le débat est historiquement hystérique. Déjà, en 1937, la droite se déchaîne «contre l’école unique totalitaire» du ministre Jean Zay.

DÉMOCRATISATION

Phénomène décrivant la prolifération des prises de parole et de positions, partout, tout le temps.

Ce qui n’apparaissait qu’à des moments clés devient permanent : jadis, les médias racontaient le monde à des instants précis. Désormais, tout le monde parle avec tout le monde sans arrêt. «Les réseaux sociaux ont tendance à dissoudre la couche d’hypocrisie nécessaire à toute vie en société», déclare le philosophe François de Smet. Si l’on a reproché à Internet d’enfermer les gens dans leur bulle et leurs convictions, il offre au contraire un panorama beaucoup plus large des moyens d’expression. L’ouverture des registres rend alors possible des énonciations qui n’existaient pas ailleurs, les réseaux ayant permis toutes formes d’interaction. «On aimerait que les gens sur Facebook argumentent comme de parfaits rhétoriciens et soient informés de mille sujets. Il y a là-dedans un réel mépris de classe !» dénonce Dominique Cardon. François de Smet se veut optimiste : «Nous n’avons pas encore trouvé la bonne grammaire car nous sommes encore aux balbutiements de ce phénomène. Mais je pense que cela va s’autoréguler avec le temps.» (Source: liberation.fr)

 

Pourquoi Facebook et Instagram font-ils de nous des « losers »?

Sur Facebook et Instagram, on ne montre que les bons côtés de la vie, des morceaux choisis par nos soins. À quel point cette mise en scène peut-elle impacter négativement ceux qui en sont à la fois les spectateurs et les acteurs?

Plages paradisiaques, hamburgers alléchants et soirées déjantées, voilà que ce l’on voit passer en quasi-permanence sur nos timelines Facebook et Instagram. Et pour cause, sur les réseaux sociaux, armes fatales du personal branding, on ne dévoile que ce l’on veut bien et en particulier ce qui est susceptible de faire saliver nos voisins virtuels. Ces mises en scène incessantes, celles des autres mais aussi les nôtres, peuvent-elles nous impacter négativement et nous rendre, au final, malheureux?

Depuis l’arrivée de Facebook et d’Instagram, j’ai compris que tout le monde ne montre de sa vie que ce qu’il veut bien”, écrit Nathanaël Rouas, dans son livre Le bomeur, paru en 2014, qui raconte le parcours du combattant d’un jeune chômeur bobo qui essaie de rester cool. “Sur Instagram, (…) tu n’as que des moments de vie joués. Il faut montrer au plus grand nombre que ta vie est plus cool que celle des autres. (…) En fait, t’as même plus le droit de ne rien faire tranquillement chez toi tellement les autres se chargent de te montrer qu’ils sont en train de vivre un moment génial… et pas toi.” Autrement dit, depuis quelques années, la tyrannie du cool nous laisse peu de répit.

Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social alors même qu’il était satisfaisant.

Sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram en tête, c’est à coup de photos de piscines à débordement, de paysages somptueux, de vacances idylliques et d’intérieurs parfaits que se joue la guerre psychologique virtuelle, la surenchère du bonheur affiché. Loin de nous l’idée de diaboliser ces nouveaux moyens de communication, fantastiques canaux de socialisation, sources de connaissances et excellents outils de partage. Cependant, au fur et à mesure de leur existence et de l’utilisation que l’on en fait, ils pourraient bien se retourner contre nous.

Le psychologue Sébastien Dupont, qui travaille notamment sur le sentiment de solitude des jeunes, estime qu’il peut y avoir “une impression de grossissement de l’effet de solitude face à la mise en scène de la sociabilité des autres”. La sensation d’être seul est “très subjective et très dépendante de ce que l’on voit autour de soi, continue-t-il, c’est comme le sentiment de pauvreté, on se sent davantage pauvre au milieu de gens riches et ça fonctionne de la même façon sur la richesse émotionnelle”. Résultat? “Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social alors même qu’il était satisfaisant”, conclut Sébastien Dupont.

“Comme dans les films, on ne voit jamais le héros se brosser les dents, on le voit au top, à 19 heures, sur la plage, avec une lumière de crépuscule, en train de siroter un cocktail.

 

[…] Marine Normand, 28 ans, journaliste chez Retard Magazine, s’est inscrite sur Instagram il y a trois mois. Ce qu’elle y a vu lui a inspiré un billet bien senti, intitulé Hashtagueule. Elle écrit: “Instagram, c’est l’une des pires choses qui soit arrivée à notre société. C’est la culpabilisation à coups d’intérieurs nickels et de daronnes parfaites qui jouent du ukulélé, c’est les filles mégabonnes qui prennent des photos au Club Med Gym alors que t’as repris trois fois de la brioche au petit-déjeuner, c’est les gens qui font la fête avec Kathleen Hanna, Tavi Gevinson et Tina Fey alors que tu bois un Monaco toute seule en terrasse d’un PMU qui donne à la fois sur le boulevard et sur le métro aérien.

 “Instagram demande un certain don de mise en scène, d’être au bon endroit au bon moment. Tout le monde se bat pour être plus cool que son voisin.

En permanence susceptible d’être le spectateur du bonheur des autres -du moins celui qu’ils donnent à voir-, notre réalité peut nous sembler bien fade. Ce sentiment est accentué, selon Marine Normand, par notre position passive face à ce flot d’images: “Quand on est sur Instagram, on est dans une position de touriste, soit dans les transports, soit sur son lit, on a la mèche qui colle, on ne fait rien et on voit tous ces gens qui font plein de choses géniales, on ne peut que se sentir en décalage.” D’ailleurs, si la jeune femme considérait qu’elle avait “une vie cool” quand elle la racontait, ce n’est plus le cas depuis qu’elle est sur Instagram: “Quand je la photographiais, ce n’était pas la même chose. Facebook est un outil que j’arrive mieux à maîtriser car j’écris mieux que je ne prends des photos. Instagram demande un certain don de mise en scène, d’être au bon endroit au bon moment. Tout le monde se bat pour être plus cool que son voisin.” […]

Ça n’a pas toujours été comme ça, rappelle Titiou Lecoq, auteure, blogueuse, et journaliste spécialiste des réseaux sociaux: “Au tout début, on ne maîtrisait pas du tout les règles, on pouvait mettre des photos qui n’étaient pas valorisantes. Aujourd’hui, il y a des codes esthétiques, on ne voit passer que de très jolies photos. Le côté brut, avec Instagram et ses filtres notamment, a disparu.” Pour elle, cette évolution a “le même effet pervers que la publicité: on a l’impression qu’il existe une vie parfaite, une bouffe parfaite, une maison parfaite, une déco parfaite, un mec parfait et des enfants parfaits”. Résultat, “ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus”. […]

 

Si cette scénographie virtuelle peut devenir “galvanisante de puissance car on maîtrise sa propre image et on l’embellit”, elle peut aussi nous amener à penser que “notre vie est fausse”, estime Sébastien Dupont. En somme, la photo est belle mais on sait qu’elle n’est pas l’exact reflet de ce que l’on vit. Le psychologue se souvient d’ailleurs d’une scène qu’il a vécue un jour dans un restaurant à Prague. Ce dernier dîne à côté d’un couple qui semble passablement se faire chier. À un moment, les deux amoureux décident de faire un selfie, la séance photo est assez longue, ils sourient, ils ont l’air heureux. “Si jamais ils ont publié cette photo sur Facebook ou ailleurs, leurs amis ont dû avoir l’impression qu’ils avaient passé une super soirée, alors que moi, qui ai vu les coulisses, je sais qu’ils se sont emmerdés comme des rats morts, raconte Sébastien Dupont. Cette photo outrageusement heureuse n’accentue-t-elle pas l’amertume de leur vraie vie? Sans elle, l’ennui paraîtrait peut-être moins dur.” Ce n’est donc plus tant le bonheur qui compte que la démonstration de ce dernier. “C’est exactement ce que décrit Guy Debord dans La société du spectacle, continue le psychologue, les gens jouent un rôle dans la vie sociale et ils s’identifient à des désirs qui ne sont plus les leurs.

La quête de reconnaissance dans le regard de l’autre, voilà ce qui nous pousserait à photographier notre quotidien sous toutes ses plus belles coutures. “Quand les réseaux sociaux sont apparus, quelques années après la téléréalité, je me suis dit que ça disait la même chose de la société, c’est le processus de starification, analyse Titiou Lecoq, on peut devenir star à partir de rien, c’est le phénomène Kim Kardashian.” Objectif? Se créer une audience. D’ailleurs, “il y a quelque chose de fascinant dans l’idée de poster une photo de soi et de récolter des likes, continue la journaliste. Sur Internet, on te dit beaucoup plus souvent que tu es jolie que dans la vraie vie.

Autrement dit, peu importe ce qu’on fait du moment qu’on le fait avec style et qu’on récolte du “j’aime” à gogo.

[..] Ces réseaux sociaux vont-ils définitivement plomber le moral de la génération Y? Non, pas forcément. Pour commencer, tout le monde ne montre pas qu’une vie idéalisée. “Je montre aussi ma vie lambda, mon quotidien, assure Marieke, 23 ans, je ne mens pas sur mes photos, je suis bien dans mes pompes, je n’ai pas besoin de mise en scène.” De son côté, Titiou Lecoq tempère car si elle arrive à prendre de la distance d’un point de vue intellectuel, parfois l’émotionnel la rattrape: “Ça nous atteint forcément car on est tellement conditionnés qu’on vit tous avec le fantasme de ce que pourrait être notre vie.

Derrière le jeu social, la majorité d’entre nous sait “que ce n’est qu’une partie de la vie”.

Heureusement, avec les années, vient le recul. C’est du moins ce qu’assure le psychologue Sébastien Dupont: “Une grande partie de cette génération voit tout ça avec beaucoup de distance, ils montrent leur bonheur, ils se prêtent au jeu mais avec une espèce de conscience suraigüe que ce n’est pas là que ça se joue”. Lui compare ça aux “mondanités, à l’époque où il fallait faire des manières et inviter son voisin”. Derrière le jeu social, la majorité d’entre nous sait “que ce n’est qu’une partie de la vie”. Ça va quand même toujours mieux en le disant.

(Source: Julia Tissier, CHEEk)

Les jeunes Américains suivent avant tout l’actualité sur les réseaux sociaux

Selon une étude, une majorité des jeunes Américains s’intéresse quotidiennement à l’actualité. Ces jeunes privilégient cependant les réseaux sociaux, et particulièrement Facebook, pour s’informer.

Des jeunes adultes peu intéressés par ce qui se passe autour d’eux, voire totalement insensibles à l’actualité? Une étude américaine vient de démontrer que cette idée reçue était fausse. Au contraire: selon l’American Press Institute et l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs, 85% des Américains de 18-34 ans déclarent que se tenir informé de l’actualité est quelque chose d’important à leurs yeux. Concrètement, 69% d’entre eux consultent les nouvelles au moins une fois par jour.

Toutefois, ces jeunes sont nombreux à «tomber» sur des informations sans forcément l’avoir voulu, notamment en consultant les réseaux sociaux, Facebook en premier lieu. Ainsi, pas moins de 88% des jeunes interrogés trouvent de l’information sur Facebook. A l’inverse, une infime minorité des jeunes Américains achète encore des journaux papier. […]

«Les médias sociaux me tiennent plus informés que d’autres sources d’information», explique Elese, 25 ans, citée dans l’étude. «En parcourant rapidement mon fil d’actualités, je peux voir passer les infos majeures. Si j’ai besoin d’approfondir un sujet, je peux aller sur un site web spécialisé en actualité». S’informer ne résulte donc pas forcément d’une démarche proactive de la part des 18-34 ans.

L’étude affirme que 40% de ces 18-34 ans paient pour obtenir de l’information, notamment sous forme d’applications payantes. Mais beaucoup de jeunes déclarent souhaiter que l’accès à l’information soit gratuit. «Je ne voudrais vraiment pas payer, pour quelque type d’informations que ce soit», estime Sam, 19 ans, «parce qu’en tant que citoyen c’est mon droit de connaître l’actualité».

(Source: etudiant.lefigaro.fr)

Les réseaux sociaux ont beaucoup moins d’impact que les grands médias

Si les réseaux sociaux pèsent lourd dans l’information en nombre de messages, ils ont bien moins d’impact que les grands médias (radios, télés, presse, sites d’info) en nombre de personnes exposées à l’information, selon une étude présentée mardi par Kantar Media.

Les milliers de messages sur les réseaux sociaux, Twitter en tête, représentent désormais l’écrasante majorité du nombre des retombées, souligne Kantar, qui a passé en revue 110 grands médias français et réseaux sociaux sur plusieurs sujets d’actualité.

Mais en terme d’impact médiatique (nombre de personnes touchées, parfois plusieurs fois), le résultat est très différent, souligne le cabinet, qui a analysé en détail la couverture du virus Ebola en octobre.

Pour ce sujet, la radio et la télévision ont eu de loin le plus fort impact médiatique (48%), suivies de la presse écrite (17%) et des médias en ligne (20%), contre seulement 13% pour Twitter et 2% pour les autres réseaux sociaux. De plus, les messages sur Twitter émanent très souvent des grands médias eux-mêmes. […]

Malgré un impact médiatique finalement limité, les réseaux sociaux ont une capacité de mobilisation qui pousse parfois les entreprises à prendre des mesures radicales dès que naît un « bad buzz« , a relevé Kantar.

Un cas type, celui de Danette, qui a vu sa campagne publicitaire de septembre accusée de racisme sur Twitter, à cause d’un visuel montrant une famille noire déguisée en animaux, alors que les familles blanches étaient représentées en vacances à la montagne ou à la mer.

Le 3 septembre, Danette lance sa campagne. Le jour même et le lendemain, des messages indignés fleurissent sur Twitter. Le 5 septembre, Danette annonce sur Twitter le retrait de sa campagne, poussant les grands médias, jusqu’ici muets sur le sujet ou presque, à s’emparer de l’affaire. (Source: L’Expansion)

L’école face à la fureur des écrans

Ce n’est pas un scoop, les écrans, tactiles ou non, colonisent notre quotidien Celui des jeunes en particulier. La quasi-totalité des adolescents suisses possèdent un smartphone. D’après la dernière étude James, publiée tout récemment, ces appareils sont avant tout utilisés comme portes d’accès à internet et aux réseaux sociaux. Impossible d’ignorer cette réalité, qui comporte des risques de dérives. Pour ne pas rester les bras croisés, une journée cantonale de prévention intitulée « Les jeunes et les écrans » a attiré mercredi 150 professionnels de l’éducation à Neuchâtel.

« Les médias sociaux ont envahi nos vies, il ne serait pas raisonnable de lutter contre », a souligné la conseillère d’Etat en charge de l’Education, Monika Maire-Hefti. « Mais nous sommes responsables de prévenir les risques. »

Inscrite dans un programme d’action qui se met en place dans les écoles neuchâteloises […], cette journée avait pour objectif de réfléchir à l’influence des technologies d’information et de communication sur la vie et le développement des jeunes, ainsi que sur l’impact de ces processus sur l’école. Des usages irraisonnés, non cadrés, de ces technologies peuvent entraîner des lacunes de sommeil, des difficultés relationnelles. Ils peuvent aussi attiser la violence, verbale et non verbale.

Aussi, pour les adultes, il s’agit de s’informer et de comprendre comment fonctionnent ces nouveaux médias, pour accompagner les jeunes usagers. Lorsqu’on leur explique les enjeux, « les jeunes sont capables de comprendre » , souligne, pour dédramatiser, Sébastien Gendre, responsable de la prévention et de la formation pour l’ONG Action Innocence. La preuve? « 84% des jeunes membres des réseaux sociaux utilisent les paramètres de protection de la sphère privée et limitent l’accès à leur profil » , signale le travailleur social, constatant qu’il y a eu une énorme évolution.

Il s’agit d’entrer dans une ère d’éducation numérique, plutôt que de résister, remarque Sébastien Gendre. Pour le sociologue Olivier Glassey, il s’agit de remettre chacun à sa place: « On parle de ce que font les jeunes en ligne, mais ce sont les adultes qui ont créé ces outils. » A eux d’endosser leur rôle de référents et de montrer l’exemple.

Pour commencer, les adultes seraient bien inspirés d’appliquer eux-mêmes les règles qu’ils imposent aux jeunes. Il est par exemple absurde d’interdire aux adolescents d’employer leur portable à table si on bondit soi-même sur son téléphone lorsqu’il sonne en plein repas.

Par ailleurs, pour les parents et les professionnels de l’éducation, il est indispensable de comprendre pourquoi la plupart des adolescents passent des heures sur les réseaux sociaux. De tout temps, les jeunes ont cherché « des terrains éducatifs désertés par les adultes » , note Sébastien Gendre. Des espaces de liberté nécessaires à leur développement. A ce propos, il est intéressant de constater que « seuls » 59% des 12-13 ans ont un compte Facebook, alors qu’ils sont 82% sur Instagram. Cette migration, explique Sébastien Gendre, est due au fait que les parents et grands-parents sont désormais eux aussi actifs sur Facebook, qui n’est plus réservé aux jeunes.

Les réseaux sociaux semblent aujourd’hui répondre à un réel besoin. L’identité numérique joue un rôle dans la réalisation de soi, l’estime, l’appartenance à un groupe, constate Sébastien Gendre. On se construit une identité en ligne. De là, naît une peur d’être déconnecté, de rater quelque chose. Au lieu d’interdire, il s’agit d’expliquer les enjeux, la nécessité de se protéger, de rappeler que les règles de la vie réelle s’appliquent aussi sur la Toile et que chacun de nos actes laisse des traces en ligne. (Source: Arcinfo)

Réseaux sociaux: du hoax à la chasse aux clowns…

Les réseaux sociaux bruissent des rumeurs les plus folles sur une invasion de clowns violents dans certaines villes françaises. Depuis une semaine, ce qui n’était qu’un « hoax » chez nos voisins est devenu réel avec les interpellations, par la police, de plusieurs individus grimés, qualifiés de menaçants. La Suisse n’échappe pas aux phénomène avec la création de plusieurs pages Facebook qui prétendent indiquer la localisation de ces clowns. Des pages et des groupes qui cartonnent auprès des ados, dont certains se déclarent prêts à aller taper du clown « pour de vrai ». (Source: Sonar-RTS)