Nos données personnelles valent de l’or !

Extrait de l’émission Cash Investigation, une enquête de Linda Bendali diffusée sur France 5 le 20 mai 2021

“Cash Investigation” montre pourquoi l’anonymisation des données personnelles est bien une illusion

19.05.2021 – 3 min 01

En surfant sur l’Internet ou en téléchargeant des applis, tout utilisateur transmet ses données personnelles, sans vraiment s’en rendre compte. Et ces données seraient anonymisées… L’un des experts les plus réputés au monde sur l’anonymisation explique comment il peut retrouver n’importe qui dans une base de données… à partir de six informations faciles à dénicher.

Les courtiers en données personnelles, ou data brokers, ont un discours tout trouvé pour rassurer un utilisateur de l’Internet qui craindrait pour ses données personnelles : elles sont anonymisées, donc pas de nom ni de prénom. Il serait donc impossible de l’identifier et il pourrait ainsi surfer sur le Net incognito. Mais cette promesse, c’est du bidon ! A l’Imperial College de Londres, depuis plusieurs années, une équipe de chercheurs alerte sur les risques que représentent les bases de données pour la vie privée.

A sa tête, le Belge Yves-Alexandre de Montjoye, l’un des experts les plus réputés au monde de l’anonymisation des données. “Ceci est un outil qu’on a développé, avec beaucoup de pays dans le monde, pour essayer d’aider à expliquer comment on peut ‘ré-identifier’ une personne. Il permet de voir ce qui va être nécessaire pour retrouver une personne dans le pays en question”, explique-t-il au magazine “Cash Investigation”. Il dispose ainsi d’une base de données anonymes qui contient les profils de 66 millions de Français.

Une véritable menace pour la vie privée

“Cash” lui demande de retrouver celui de Gérard, un individu bien réel qui habite Nantes. Pour l’identifier, le chercheur ne dispose que de six informations basiques, mais pas de son nom ni de son prénom : “Je cherche une personne qui habite dans le Pays de la Loire, et qui est née le 1er février 1996. Je me retrouve déjà avec 127 personnes qui matchent les informations en ma possession.” Et puis il indique que Gérard est un homme marié, qu’il a été à l’université et n’est pas au chômage.

“Et on arrive à une seule personne en France qui matche ces informations. Et ce sont vraiment six informations relativement simples à acquérir”, estime Yves-Alexandre de Montjoye. Ces quelques renseignements ont permis de retrouver Gérard dans une base de données pourtant anonymisées. Une fois le profil identifié, il est possible de consulter les milliers d’informations que la base contient sur lui. Ces bases de données géantes sont donc de véritables menaces pour la vie privée.