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RPN

11.11.11

Le vendredi 11 novembre 2011 à 11 heures, 5000 élèves neuchâtelois répartis en 271 classes ont composé un message pour la postérité. Proposée par le Service de l’enseignement obligatoire, cette action commune à l’ensemble de la scolarité obligatoire donnait la parole aux élèves.

Les messages ont été répartis par cycle sous forme de trois nuages de mots. Ils ont été ensuite publiés sur le Réseau pédagogique neuchâtelois (RPN). Chacun exprime les idées, les craintes et les espoirs des élèves face à la complexité du monde dans lequel ils grandissent. Ces messages sont révélateurs des préoccupations et des sentiments des jeunes en fonction de leur âge.

Madame Farinaz Fassa Recrosio, Professeure assistante au Laboratoire des sciences de l’éducation à l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lausanne, a accepté de commenter le résultat de cette action.

Globalement, que vous inspirent ces trois nuages ?
Ces trois nuages sont intéressants en ce qu’ils montrent des préoccupations différentes, selon leur âge, de la part des élèves et une attitude souvent optimiste de la part de ces enfants et adolescent-e-s. Sachant qu’il s’agit de réfléchir sur le message qu’ils et elles veulent laisser à la postérité, il est intéressant de se focaliser sur les rapports au temps et aux autres tels qu’ils apparaissent dans ces nuages.

Dans les trois nuages, on remarque une forte présence du mot “vie”, qu’est ce que cela vous inspire ?
Le mot VIE est celui qui organise leurs pensées pour l’avenir, mais il les organise différemment selon qu’ils et elles ont pris conscience du monde qui les entoure,
selon que les obligations d’une future vie professionnelle sont lointaines ou proches, selon que le temps est devenu quelque chose que l’on ressent comme
une réalité tangible. D’ailleurs les plus âgé-e-s conjuguent aussi ce nom commun : leur message est la VIE mais aussi VIVRE.

Nuage de mots du cycle 1

Quel regard portez-vous sur le nuage des élèves du cycle 1 ?
Ce nuage est celui d’enfants rieurs et joueurs, mais qui sont loin de l’insouciance que l’on attribue d’ordinaire à l’enfance. Pour eux, le monde (la nature, la planète et les animaux) est en danger et leur nuage, loin de dessiner l’image d’enfants inquiets seulement de ce qui les touche de près, montre une sensibilité unanime au « vaste monde ». Les verbes les plus fréquemment employés font état de ce à quoi l’on a droit, mais ce droit est aussi un devoir : RESPECTER, AIMER, PROTÉGER, PRENDRE SOIN. Leur message à la postérité se conjugue avec la NATURE, L’ÉCOLE, le BONHEUR (dans cet ordre ou un autre), le SOIN que l’on donne, la GUERRE qui inquiète et qu’il faut éradiquer. Ce que ces enfants délivrent finalement comme message, c’est la demande de pouvoir rester des enfants et que ce droit soit celui de tous les enfants du monde et du futur.

Quelle est l’emprise du temps chez ces jeunes élèves ?
Pour eux, l’avenir c’est avant tout l’instant présent. C’est un message qui flotte sur le temps, qui devrait être vrai à toute époque et qui reste immuable : « protéger la nature », « prendre soin de soi et des autres », « Etre un arc-en-ciel pour faire plaisir aux autres ». Le temps n’a pas encore pris sa texture et la postérité est à l’image de ce qui existe aujourd’hui. Et cet aujourd’hui est celui d’un temps où il faut prendre conscience et agir pour protéger notre environnement.
L’environnement lui-même est perçu comme quelque chose de fixe et d’immuable qui ressemble beaucoup à une image d’Epinal : le monde rêvé de ces enfants est une nature vierge et peuplée d’animaux où l’humain n’y a de place que comme prédateur. La complexité du monde, la variabilité des situations et l’importance des interactions entre l’humain et son milieu est encore loin des pensées de ces plus jeunes.

Nuage de mots du cycle 2

Quelle évolution peut-on observer entre le nuage du cycle 1 et celui du cycle 2 ?
Le nuage du cycle 2 est marqué par les tensions, celles qui font que l’univers quotidien s’élargit et que les choses deviennent plus tangibles : la famille n’est plus l’évidence que l’on ne nomme même pas et le monde n’est pas seulement une image magique, celle d’une nature intouchée par l’humain. La complexité du monde apparaît, mais l’immédiateté de l’enfance n’a pas tout à fait disparu pour autant. L’adhésion au monde des tout petits fait toutefois place à une pensée sur le monde qui prend de la distance et qui peut même être envisagée avec humour.

Quels éléments deviennent plus perceptibles ?
Le temps et les autres commencent à devenir des éléments qui s’associent à des expériences. Ces enfants commencent à parler autant depuis leur propre position qu’en tentant d’imaginer celle des AUTRES. RESPECTER est le maître-mot de cette relation au monde; il prend autant de place que la VIE elle-même. Respecter la vie pour ces élèves, c’est PROFITER et VIVRE mais aussi AIMER et se situer dans une NATURE qu’il s’agit de PROTÉGER et de chérir.

Certains slogans préparés par les élèves du cycle 2 semblent plus normatifs, comment expliquez-vous cela ?
La force du discours extérieur et des idées reçues commence à se manifester à travers leur sensibilité au langage et à la formule. Les slogans de style publicitaire et les discours normatifs sont plus fréquents que chez les petits. La forme de leurs messages (« travailler bien, c’est gagné », « faire un effort un jour, faire un effort pour toujours », ou encore « recycler, c’est moins polluer ») montre la perméabilité de ces enfants aux discours médiatiques et aux injonctions simplistes. Elle montre toutefois aussi leur ouverture au monde des adultes et à leurs difficultés (« de l’eau, un toit, de l’amour pour tous », « une vie sans guerre sera un monde meilleur »). Si pour ces enfants, l’avenir, c’est avant tout encore l’instant présent, la complexité des choses émerge, mais les réponses ne peuvent encore être pensées individuellement par chacun et chacune.

Nuage de mots du cycle 3

Après avoir observé les nuages des cycles 1 et 2, quelle(s) évolution(s) peut-on observer dans le nuage du cycle 3 ?
La vie reste au centre mais elle se conjugue un peu différemment, le temps y est beaucoup plus présent : l’ESPOIR, le FUTUR, le PASSÉ, l’ANTICIPATION se répondent pour dire ce qu’est PROFITER de la VIE. L’attitude est moins hédoniste et parfois peut-être très (trop ?) réfléchie ou (trop ?) peu utopique : TRAVAILLER, ACCEPTER, RESPECTER. Dans ce nuage, on (se) CHERCHE, on (se) TROUVE, on (tente) D’ÊTRE SOI-MÊME, on s’essaie à VIVRE. Et vivre, c’est faire des expériences, s’user aux aspérités d’un monde extérieur qui s’est dangereusement (« ne jamais abandonner », « travailler c’est réussir », « rêver c’est garder l’espoir ») mais délicieusement rapproché (« mordre la vie à pleines dents », « arrêter de chercher le bonheur d’une vie pour chercher celui d’un instant »). Les autres disparaissent, mais c’est que l’urgence est là, celle du monde des adultes auquel on aimerait participer, mais qui impose des choix dont l’ampleur pèse. Il est intéressant aussi de constater qu’un plus petit nombre de mots émerge fréquemment, ce qui montre une plus grande hétérogénéité dans les slogans proposés. Cette dispersion indique des différences plus importantes au sein même du groupe d’âge. Peut-être, peut-on l’associer au fait qu’à cet âge les élèves sont déjà inscrit-e-s dans des filières qui dessinent des parcours scolaires et professionnels très rapidement dissemblables : pour certains et certaines, leur avenir immédiat est le monde du travail et pour d’autres celui des études prolongées.

Avec les années, les attitudes évoluent; comment cela se vérifie à travers la lecture des trois nuages ?
Si on regarde ces trois nuages dans l’ordre des âges, on a l’impression que les élèves passent progressivement d’une attitude qui allie vie, soin et nature à une attitude qui se complexifie et montre que pour les plus âgé-e-s, profiter de la vie ce peut être très différent. La période intermédiaire montre plutôt les questions, les tensions, la recherche de sa place dans un monde dont on commence à saisir les enjeux. Mais l’urgence n’est pas telle qu’elle passe par l’oubli des autres, bien au contraire. Pour les plus grand-e-s, le message à la postérité est celui de la tension vécue, celle qui pousse à se recentrer sur soi-même, et fait que le message délivré à la postérité par les élèves de cet âge est un message individualiste d’envie de jouir de la vie qui tente de faire taire leurs inquiétudes face à l’avenir immédiat.

Propos recueillis par Patrick Duvanel, chef de l’Office de l’informatique scolaire et de l’organisation (NE), janvier 2012.

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