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Les ados sur Facebook: la sentimentalité autoritaire

Les adolescents n’utilisent pas Facebook comme les adultes. Ils ne cessent de s’approprier les usages prévus par le site de réseau social pour les adapter aux logiques de la sociabilité juvénile. Sur un mode hyper hiérarchique. […]

Que font les adolescents [2] sur Facebook? Ils postent des photos sur lesquelles ils posent seuls, avec leurs amis ou en couple. Ces images les mettent en scène dans une attitude corporelle à la fois volontaire et soignée. Ils font la moue, froncent les sourcils, se tiennent par la taille, s’embrassent, dévoilent un décolleté avantageux, un torse nu. Bref, ils effectuent un travail de présentation de soi, au sens goffmanien, extrêmement stylisé. Ces photos, bien que porteuses de sens en soi, sont souvent accompagnées d’un contenu verbalisé: les auteurs y expriment leurs humeurs et leurs sentiments du moment, mais aussi et surtout témoignent de l’attachement qu’ils ont les uns pour les autres. […] L’objectif de toute publication en ligne est de récolter le maximum de réactions de la part du réseau des pairs, qu’elles passent par un simple clic sur le lien « j’aime » prévu par le site, ou, mieux encore, qu’elles prennent la forme de commentaires rédigés sur le mur. […]

En y regardant de plus près, on constate que ces formules sentimentales – qui font état d’un attachement fort, durable, sincère, fidèle voire exclusif – empruntent un vocabulaire standardisé. Il s’agit d’expressions types et de phrases types que l’on retrouve d’un statut à l’autre au sein d’un même profil Facebook, et d’un profil à l’autre. […]

Sur Facebook, la popularité d’un adolescent est immédiatement visible. Il faut savoir que sociabilité physique et sociabilité médiatisée fonctionnent comme des vases communicants: ce qui se passe la journée à l’école est discuté le soir en ligne et ce qui est discuté le soir en ligne est débattu le lendemain matin en classe. Il n’y a pas de sociabilité « virtuelle » et de sociabilité « réelle », mais une seule configuration sociale, construite et négociée sur deux scènes, continuellement connectées l’une à l’autre. […]

En conclusion, nous souhaitons insister sur la dualité de la sociabilité adolescente, à la fois hyper hiérarchique et hyper impliquée dans les relations entre pairs. En résulte un système relationnel aboutissant à une sorte d’injonction sentimentale : il faut être aimé, il faut aimer, il faut montrer que l’on aime et que l’on est aimé. Et pas par n’importe qui. (Source: Claire Balleys sur reiso.org)